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Aquilino Morelle contraint à la démission pour conflit d'intérêt présumé

Paris (AFP) Vendredi 18 Avril 2014

Aquilino Morelle quittant le siège de campagne de François Hollande, le 9 mai 2012 (AFP/Archives-Fred Dufour)

Aquilino Morelle, conseiller politique de François Hollande, a été contraint vendredi de démissionner au lendemain des accusations de Mediapart de conflit d'intérêt, très embarrassantes pour l'exécutif au moment où il lance un plan drastique de 50 milliards d'économies.

François Hollande a affirmé qu'Aquilino Morelle avait pris "la seule décision qui convenait", en démissionnant de ses fonctions de conseiller de l'Elysée.

"Je ne suis pas juge de ce qu'il a fait avant" d'être à l'Elysée, "ce qu'il a fait avant, il a à en répondre, ça revient à lui et à lui seul, c'est ce qu'il a compris en présentant sa démission, que j'ai acceptée immédiatement", a affirmé le chef de l'Etat à la presse, en marge d'un déplacement chez Michelin après de Clermont-Ferrand.

Dans un communiqué à l'AFP, Aquilino Morelle a fait part vendredi de sa décision "de mettre fin à ses fonctions de conseiller à la présidence de la République", démentant toutefois les accusations de conflit d'intérêt et assurant n'avoir commis "aucune faute".

Le conseiller élyséen affirme avoir pris cette décision à la fois pour "être entièrement libre de répondre (aux) attaques" le visant et "ne pas gêner l'action du président de la République".

Selon l'entourage du Premier ministre, Manuel Valls a reçu dans la matinée M. Morelle, dont il est très proche, et lui a conseillé de démissionner pour "répondre librement aux questions de la presse".

Jeudi, dans une enquête au vitriol, le site d'information Médiapart avait accusé le conseiller élyséen d'avoir touché en 2007 12.500 euros d'un laboratoire danois, Lundbeck, alors qu'il était en poste à l'Igas (Inspection générale des Affaires sociales).

Des accusations corroborées vendredi matin par cet organisme qui a assuré ne pas avoir délivré d'autorisation à Aquilino Morelle pour travailler dans l'industrie pharmaceutique.

Par ailleurs, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique a indiqué qu'elle entamait "une étude plus approfondie des déclarations d'intérêts et de patrimoine" du conseiller élyséen.

Le président François Hollande visite le site Michelin de Cabezat, près de Clermont-Ferrand, le 18 avril 2014 (Pool/AFP-Philippe Wojazer)

Le porte-parole du Parti socialiste Olivier Faure a aussitôt salué la réactivité du président de la Répulique. François Hollande "n'a pas traîné" ni "hésité" pour se séparer de ce conseiller devenu embarrassant.

Depuis les révélations de Mediapart mettant également en cause le comportement de M. Morelle à l'Elysée, la pression montait pour que le chef d'Etat tranche.

"Il faut que les choses aillent vite, ça ne peut pas devenir un feuilleton. Je n'imagine pas que le président laisse traîner ça très longtemps", affirmait ainsi vendredi matin un important responsable de la majorité, tandis que le nouveau premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, tirait ouvertement la première salve en déclarant à la télévision: "Si ce qui se dit est vérifié, je ne vois pas comment il (Morelle) peut rester".

Au même moment, François Hollande, en visite à Clermont-Ferrand sur le site du géant des pneumatiques Michelin, ignorait lui soigneusement les questions sur son conseiller politique, préférant insister sur la nécessité du plan d'économies détaillé mercredi par son nouveau Premier ministre.

Cette nouvelle affaire intervient au mauvais moment pour François Hollande, qui a choisi de renouveler quasi-intégralement le dispositif de sa majorité après la déroute de la gauche lors des élections municipales.

A l'Elysée, M. Morelle avait été épargné par cette grande lessiveuse qui a en revanche coûté sa place au secrétaire général, Pierre-René Lemas.

- Chaussures de luxe -

Le départ d'Aquilino Morelle met à mal la nouvelle organisation entre les deux têtes de l'exécutif souhaité par le chef de l'Etat. M. Morelle, propulsé récemment chef de la communication de l'Elysée en plus de ses fonctions de conseiller, devait notamment assurer un lien plus étroit entre l'Elysée et Matignon, après le remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls.

Un an après la démission du ministre du Budget Jérôme Cahuzac (19 mars 2013) après la révélation qu'il détenait des comptes bancaires à l'étranger, cette affaire sème de nouveau le trouble dans la majorité.

"Je me demande si on a appris de l'affaire Cahuzac", s'est lamentée Emmanuelle Cosse, la patronne d'EELV. "Quand on travaille à l'Igas, même si on respecte les règles, aller faire des ménages dans l'industrie pharmaceutique, c'est pas bien", a appuyé la secrétaire nationale du parti.

Le journaliste Edwy Plenel, co-fondateur de Mediapart, le 30 avril 2012 à Paris (AFP/Archives-Martin Bureau)

Plus symbolique mais tout aussi embarrassante est la scène, rapportée par Mediapart, d'un M. Morelle se faisant cirer ses nombreuses et luxueuses chaussures dans un salon de l'hôtel Marigny, tout proche de l'Elysée.

Une image assassine pour celui qui inspira très largement le fameux discours du Bourget de janvier 2012 dans lequel François Hollande clamait que son "principal adversaire" était "le monde de la finance" et promettait de ramener l'argent au rang de "serviteur et non d'un maître."

"Des conseillers comme ça, c'est une plaie", fulminait un ministre proche du président.

L'affaire intervient surtout alors que le Premier ministre a engagé le fer avec une partie de sa majorité, peu désireuse d'endosser les 50 milliards d'euros d'économies et notamment le gel jusqu'en octobre 2015 d'une partie des prestations sociales. "Les députés PS sont déjà assez remontés, ils n'ont pas envie de la moindre concession" face à ce type de comportement, selon un parlementaire socialiste.

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