Vous êtes ici : Accueil / Info en Continu / A la Une / Barrage de Sivens: les élus du Tarn suspendent le chantier

Diminuer le texte Taille par défaut Augmenter le texte
Imprimer Ajouter aux favoris Parler de cet article à un ami
Partager sur Facebook

Barrage de Sivens: les élus du Tarn suspendent le chantier

Albi (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Les conseillers généraux du Tarn réunis le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

Le conseil général du Tarn a suspendu vendredi le chantier du barrage de Sivens, sans fixer de date butoir, cinq jours après la mort d'un manifestant lors d'affrontements avec les forces de l'ordre.

"Le drame intervenu dans la nuit de samedi à dimanche conduit l'assemblée départementale à prendre acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens", a déclaré le président socialiste du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, lors d'un discours au conseil général du Tarn à Albi.

Contrairement à ce qui avait été prévu, aucun débat ni vote n'ont eu lieu au conseil général, la suspension ayant visiblement été entérinée lors de deux réunions préparatoires jeudi soir et vendredi matin.

Le président du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, au siège du département le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

M. Carcenac a appelé à "mettre en œuvre les préconisations des experts mandatés par le ministère de l’Écologie".

Ces ingénieurs recommandent de poursuivre le projet mais de réduire le volume d'eau destiné à l'irrigation afin d'en minimiser l'impact environnemental.

Faisant référence à ces recommandations, M. Carcenac a "demandé à l’État de les étudier et d'en assumer toutes les conséquences", appelant "solennellement à l'apaisement, à la modération et au respect des Tarnaises et Tarnais qui vivent sur le site et à proximité".

"On a décidé de suspendre les travaux (...) Sans définir de délai. Mais ce n'est pas un abandon", a expliqué Didier Houlès, vice-président divers-gauche du conseil général.

A l'extérieur du siège du conseil général à Albi, 200 opposants environ manifestaient dans le calme, brandissant une pancarte "Non au barrage de Sivens, oui au moratoire, oui au débat public", a constaté une journaliste de l'AFP.

"Je suis impliquée depuis trois mois pour défendre la forêt qui a été dévastée par les machines. Maintenant, je ne lâche pas", déclare Charlotte, 29 ans.

Des opposants au barrage controversé de Sivens rassemblés devant le Conseil général du Tarn, le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

Dans la ville, un dispositif policier important mais extrêmement discret avait été mis en place. Lundi à Albi, une protestation similaire avait mené à de violents heurts.

Les élus ont ouvert leur session peu avant 10h00 avec une minute de silence en mémoire de Rémi Fraisse, 21 ans, mort dimanche sur le site du chantier de la retenue d'eau. "Ce qui s'est passé est effroyable et ne doit jamais recommencer", a dit M. Carcenac.

Le projet de barrage-réservoir avait été approuvé en mai 2013 par le conseil général à une écrasante majorité, un seul des 46 conseillers généraux se prononçant contre.

Mais la mort de Rémi Fraisse a tout bouleversé. L'enquête privilégie désormais la thèse d'un décès dû à l'explosion d'une grenade offensive lancée par un gendarme. Et dans différentes villes, des manifestants ont crié: "Carcenac, y'a du sang sur ton barrage".

Le projet, contesté localement depuis 2011, avait été qualifié de "non sens" et de "stupidité" avant même le drame, par les élus écologistes José Bové et Noël Mamère.

- Des mois de contestation -

Plus de huit millions d'euros doivent être dépensés pour la construction de ce barrage-réservoir, destiné à sécuriser l'irrigation des cultures.

La photo de Rémi Fraisse sur le lieu où son corps a été retrouvé, le 29 octobre 2014 sur le site de Sivens près de Gaillac (AFP/Archives-Remy Gabalda)

Dans un communiqué commun, de nombreux acteurs de Midi-Pyrénées et d'Aquitaine, notamment les chambres d'agriculture, de commerce et d'industrie ont appelé au maintien du projet, déclaré d'utilité publique.

"La violence ne doit pas s'opposer aux règles démocratiques et aboutir au blocage des projets de développement, nécessaires à l'économie", selon le texte, également signé des Fédérations des syndicats d'exploitants agricoles et Jeunes agriculteurs.

Face à eux, plusieurs centaines d'opposants occupent toujours le chantier de la retenue d'eau.

Les élus "ne peuvent pas faire autrement" que suspendre le chantier, a déclaré devant le conseil général Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe de nombreux opposants.

"Nous demandons la garantie que rien ne va se passer sur le terrain au moins jusqu'en 2015, pour faire baisser la pression et éviter que la violence reprenne".

Jacques Pagès (divers gauche) - seul conseiller général du Tarn ayant voté "contre" le projet de barrage - se dit "très pessimiste" sur l'issue des débats. Car "les experts mandatés par le ministère de l’Écologie expliquent pourquoi il n'aurait pas fallu faire ce barrage", dit M. Pagès. "Mais les mêmes experts concluent que maintenant, il va falloir le faire quand même, parce qu'il est déjà trop avancé... C'est affligeant!"

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2014 AFP Agence France-Presse.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.