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Barrage: le chantier suspendu, la piste de la grenade confirmée

Albi (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Photo de Rémi Fraisse sur le site du barrage controversé de Sivens, le 29 octobre 2014 (AFP-Rémy Gabalda)

Le conseil général du Tarn a suspendu vendredi pour une période indéfinie le chantier du barrage de Sivens, cinq jours après le décès du jeune manifestant Rémi Fraisse, mort des suites de l'explosion d'une grenade offensive lancée par les gendarmes selon les derniers résultats de l'enquête.

Des analyses du sac à dos que portait Rémi Fraisse, 21 ans, au moment de sa mort dimanche sur le site confirment la thèse d'un décès causé par une grenade offensive des gendarmes, puisqu'elles n'ont mis en évidence que la présence de TNT, a appris l'AFP vendredi soir.

"Les examens réalisés sur le sac à dos de Rémi Fraisse ne mettent en évidence aucune substance, sinon le TNT présent dans la grenade utilisée par la gendarmerie", a rapporté à l'AFP une source proche du dossier.

"C'est donc bien l'explosion de la grenade qui a causé la mort de Rémi Fraisse", a affirmé cette source.

Ces analyses ont été menées sur les restes du sac à dos - notamment le dos du sac et les bretelles - que portait Rémi Fraisse la nuit du drame.

Les conseillers généraux du Tarn réunis le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

Une autre source, proche de l'enquête, a confirmé que ces analyses n'avaient pas fait apparaître d’éléments chimiques entrant dans la composition des engins pyrotechniques artisanaux fabriqués par une partie des adversaires du barrage sur le site et utilisés contre les forces de l'ordre.

Objet d'une contestation juridique et pacifique depuis plusieurs années, puis d'une occupation des lieux depuis près d'un an, le projet de barrage de Sivens est devenu une affaire nationale depuis la mort de Rémi Fraisse.

Au point que le Conseil général, réuni en assemblée vendredi, a décidé de suspendre sine die le chantier de cette retenue d'eau de taille modeste destinée à assurer l'approvisionnement des exploitations agricoles environnantes. L'assemblée départementale n'a toutefois pas parlé d'abandon et a demandé à l’État d'assumer ses responsabilités.

-'Ce n'est pas un abandon'-

"Le drame intervenu dans la nuit de samedi à dimanche conduit l'assemblée départementale à prendre acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier", a déclaré devant le conseil général son président socialiste, Thierry Carcenac.

Le président du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, au siège du département le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

Les élus ont observé une minute de silence en mémoire du manifestant à l'ouverture de la session. Le conseil général a ensuite entériné la suspension du chantier, sans vote et sans débattre publiquement d'un possible abandon du projet, réclamé par de nombreux opposants locaux et des leaders écologistes nationaux.

"On a décidé de suspendre les travaux (...) Sans définir de délai. Mais ce n'est pas un abandon", a résumé pour la presse Didier Houlès, vice-président divers-gauche du conseil général, renvoyant la balle vers l’État.

"On demande à l’État de prendre aussi ses responsabilités. La gestion de l'eau lui incombe! C'est un débat qui nous dépasse, qui est devenu une affaire nationale", a-t-il lancé.

Le président Carcenac, qui n'a eu de cesse de rejeter un abandon du projet, a en revanche appelé à "mettre en œuvre les préconisations des experts" mandatés par la ministre de l’Écologie Ségolène Royal et a "demandé à l’État (...) d'en assumer toutes les conséquences".

Les deux ingénieurs recommandent de poursuivre le projet, car les travaux sont trop avancés, mais de réduire le volume d'eau destiné à l'irrigation afin d'en minimiser l'impact environnemental.

- 'Grande frustration' -

Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe de nombreux opposants au barrage, a exprimé sa "grande frustration".

Des opposants au barrage controversé de Sivens rassemblés devant le Conseil général du Tarn, le 31 octobre 2014 à Albi (AFP-Eric Cabanis)

Il a jugé que le conseil général avait laissé le dossier "dans le flou le plus total", en ne disant pas pour combien de temps était suspendu le chantier, toujours occupé par des centaines d'opposants.

"On n'a pas lutté des années contre ce barrage inutile et Rémi n'est pas mort le weekend dernier pour que l'on se contente de promesses", a-t-il ajouté devant le siège du conseil général, où 200 opposants environ ont manifesté dans le calme.

Quelque 150 à 200 manifestants ont défilé vendredi soir à Marseille, scandant des slogans hostiles à la police.

Une marche silencieuse a été annoncée pour dimanche après-midi à l'endroit où est mort Rémi. L'ONG France Nature Environnement (FNE) a appelé à un sit-in samedi à Paris, réitérant son souhait de voir abandonné le projet.

L'ONG a par ailleurs critiqué l'absence des associations écologistes et du monde agricole à la réunion convoquée mardi à Paris par Ségolène Royal pour "trouver une solution".

La secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), Emmanuelle Cosse, a de nouveau appelé à l'abandon du projet, "pas à cause de la violence" mais "parce qu'il est inutile."

Quant aux Jeunes agriculteurs du Tarn, ils ont "dénoncé" le blocage d'un projet "légal" du fait "d'individus violents".

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