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Les quatre journalistes ex-otages en Syrie retrouvent leurs familles

Vélizy-Villacoublay (France) (AFP) Dimanche 20 Avril 2014

Le président François Hollande est entouré des quatre ex-otages et de Laurent Fabius (droite) à l'aéroport de Villacoublay le 20 avril 2014 (AFP-Thomas Samson)

Après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste, dans des conditions "parfois violentes" et enfermés dans des sous-sols, les quatre journalistes français ont enfin pu embrasser leur famille dimanche matin à l'aéroport de Villacoublay, où les attendait aussi le président François Hollande.

Amaigris mais souriants et les visages débarrassés de leurs barbes, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torrès, libérés samedi, sont arrivés en hélicoptère en provenance de la base normande d'Evreux où leur avion venu de Turquie s'était posé plus tôt dans la matinée.

Faisant fi du protocole prévu à l'aéroport, les quatre hommes ont embrassé sur le tarmac le président, accompagné du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, avant de se jeter dans les bras de leurs familles. Nicolas Hénin a serré contre lui ses deux petites filles et sa femme.

Le président François Hollande accueille le journaliste Didier François à son arrivée à Villacoublay le 20 avril 2014 (AFP-Kenzo Tribouillard)

C'est "un jour de joie pour la France", a lancé le président. "La France est fière d'avoir pu obtenir qu'ils soient aujourd'hui libres", mais "il y a encore des otages en Syrie, retenus parce qu'ils sont journalistes".

"Ca a été long, mais on n'a jamais douté", a déclaré le grand reporter d'Europe 1 Didier François, seul ex-otage à s'exprimer devant le micro.

"De temps en temps, on avait des bribes, on savait que tout le monde était mobilisé... On a vraiment cette chance d'être Français", a-t-il ajouté, lors d'une brève déclaration, interrompue par un sanglot.

Nicolas Hénin (gauche) est accueilli par sa famille à son arrivée à Villacoublay le 20 avril 2014 (AFP-Kenzo Tribouillard)

Les quatre hommes et leurs proches ont ensuite gagné le salon d'honneur, avant de se rendre à l'hôpital militaire du Val de Grâce pour y subir des examens médicaux.

Didier François et le photographe Edouard Elias, 23 ans, avaient été enlevés au nord d'Alep le 6 juin 2013. Le 22 juin, c'était au tour de Nicolas Hénin, 37 ans, reporter à l'hebdomadaire Le Point, et Pierre Torrès, 29 ans, photographe indépendant, à Raqqa.

Sur Europe 1, Didier François a évoqué des conditions de détention "rudes", et "parfois violentes".

"Sur les dix mois et demi", les quatre otages sont "restés dix mois complets dans des sous-sols sans voir le jour, un mois et demi entièrement enchaînés les uns aux autres", a-t-il dit.

Le reporter aguerri, doyen du groupe à 53 ans, a précisé : "Dans un pays en guerre, ce n'est pas toujours simple, que ce soit la nourriture, l'eau, l'électricité, parfois c'était un petit peu bousculé, les combats étaient proches, il est arrivé qu'on soit déplacés très rapidement dans des conditions un peu abracadabrantes".

- 'Dix lieux de captivité' -

Très ému, Nicolas Hénin a expliqué que les otages avaient été "plongés dans le chaos syrien avec tout ce que ça veut dire".

A-t-il été bien traité? "Pas toujours", répond-il d'une voix étranglée. "Ca n'a pas toujours été facile".

Il avait évoqué samedi sa tentative d'évasion, courant toute une nuit dans la campagne syrienne avant d'être repris par ses ravisseurs.

Les journalistes Didier François (gauche), Edouard Elias (centre) et Nicolas Hénin (droite) à Villacoublay le 20 avril 2014 (AFP-Thomas Samson)

"En tout, a-t-il dit, je suis passé par une dizaine de lieux de captivité (...). La plupart du temps, avec d’autres personnes, notamment Pierre Torrès qui m'a rejoint assez vite. Cela a été une longue errance de lieux de détention en lieux de détention".

Certains des geôliers parlaient français, a indiqué Laurent Fabius. François Hollande a évoqué de son côté ces "jeunes qui se font embrigader par des moyens totalitaires pour aller combattre en Syrie". "Nous ne laisserons pas faire. Pour cela, on fait en sorte que nul ne puisse sortir du territoire pour mener une action quelconque par les armes, où que ce soit".

Peu de détails ont filtré sur les conditions de la libération des quatre hommes, détenus par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), le plus radical des groupes jihadistes en Syrie.

"L'Etat ne paie pas de rançon. C'est un principe très important pour que les preneurs d'otages ne puissent être tentés d'en ravir d'autres", a seulement réaffirmé François Hollande sur Europe 1.

"Tout est fait par des négociations, des discussions. Je ne veux pas être plus précis", a-t-il dit, "car nous avons encore deux otages" au Sahel. Laurent Fabius a nié toute livraison d'armes.

Depuis l'enlèvement des journalistes, les services de renseignement français "ont été en capacité permanente de repérer la localisation des otages", a déclaré à l'AFP une source proche du dossier. "Depuis le début, on les a suivis à la trace".

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'est lui rendu en Turquie "il y a plusieurs semaines", un déplacement "discret" au cours duquel il a rencontré les autorités politiques turques et les services "pour permettre de réaliser ce qui est arrivé hier", a poursuivi cette source.

Selon cette source, EILL, présenté comme un groupe jihadiste lié à al-Qaida, a également "des liens particuliers avec le régime syrien" qui le soutient contre les rebelles de l'Armée syrienne libre et d'autres factions islamistes.

Il reste désormais deux otages français dans le monde: Serge Lazarevic et Gilberto Rodriguez Leal, enlevés respectivement en novembre 2011 et novembre 2012 au Mali.

M. Fabius s'est déclaré "très inquiet" concernant le sort de ce dernier, âgé de 61 ans. "Cela fait longtemps que nous n'avons pas eu de nouvelles".

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