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Les Tunisiens votent pour une présidentielle "historique"

Tunis (AFP) Dimanche 23 Novembre 2014

Une Tunisienne montre son doigt maculé d'encre après avoir voté à l'élection présidentielle, le 23 novembre 2014 à Tunis (AFP-Fadel Senna)

Les Tunisiens votaient dimanche pour élire leur président pour la première fois depuis la révolution de 2011, un scrutin auquel participent 27 candidats dont le chef de l'Etat sortant et le dirigeant du parti vainqueur des législatives.

L'engouement semblait cependant limité avec un taux de participation de 12% vers 11H00 (10H00 GMT). A Tunis, le défilé des électeurs était moins important, selon des journalistes de l'AFP, que lors des législatives d'octobre qui avaient attiré près de 70% des inscrits.

Selon la nouvelle Constitution, l'essentiel du pouvoir exécutif dépend du futur Premier ministre issu de la majorité parlementaire.

"C'est une journée historique, la première élection présidentielle en Tunisie avec des normes démocratiques avancées. Si Dieu le veut, ce sera une grande fête électorale", se félicite néanmoins le Premier ministre Mehdi Jomaa, un indépendant chargé en début d'année de sortir la Tunisie d'une profonde crise politique et d'organiser les échéances électorales.

Le leader du parti Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebsi, candidat à la présidentielle, dépose son bulletin de vote, le 23 novembre 2014 à Tunis (AFP-Fethi Belaïd)

Béji Caïd Essebsi, 87 ans et chef du parti anti-islamiste Nidaa Tounès, vainqueur des législatives du 26 octobre, est le favori de ce scrutin pour lequel des dizaines de milliers de policiers et de militaires ont été déployés de crainte d'attentats jihadistes.

Il a été parmi les premiers à voter dans une banlieue de Tunis, lançant "Vive la Tunisie!" peu après avoir glissé son bulletin dans l'urne.

Près de 5,3 millions d'électeurs sont appelés aux urnes jusqu'à 18H00 (17H00 GMT), après la tenue des législatives dont le caractère démocratique a été salué par la communauté internationale. Une exception dans la région, l'essentiel des pays du Printemps arabe ayant basculé dans la répression ou le chaos.

Des Tunisiens font la queue à l'extérieur d'un bureau de vote pour participer à l'élection présidentielle, le 23 novembre 2014 à Tunis (AFP-Fadel Senna)

Un deuxième tour aura lieu fin décembre si aucun des prétendants n'obtient de majorité absolue, et l'instance électorale (ISIE) doit annoncer au plus tard le 26 novembre les résultats. La publication de sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote a été interdite.

Le vainqueur sera appelé à présider la Tunisie pendant cinq ans, un mandat renouvelable une seule fois.

- 'Elections crédibles à 100%' -

Le principal concurrent de M. Essebsi est le président sortant, Moncef Marzouki, qui avait pris la tête de l'Etat fin 2011 à la suite d'un accord de coalition avec les islamistes d'Ennahda. Ces derniers, arrivés deuxièmes aux législatives, ont décidé de ne soutenir aucun candidat.

M. Marzouki a voté à la mi-journée dans une localité proche de Sousse, à 140 km au sud de Tunis. Une petite foule de protestataires a été maintenue à distance par la police, selon un journaliste de l'AFP.

Carte de la Tunisie et présentation des deux principaux candidats à l'élection présidentielle de dimanche (AFP-K.Tian/J.Jacobsen)

Vingt-cinq autres personnalités sont en lice, dont des ministres du régime déchu, la figure de proue de la gauche, Hamma Hammami, le richissime homme d'affaires Slim Riahi ainsi qu'une magistrate, Kalthoum Kannou, seule femme candidate.

C'est la première fois que les Tunisiens peuvent voter librement pour leur chef d'Etat depuis l'indépendance en 1956.

Habib Bourguiba se maintenait aux commandes du pays par des plébiscites avant de devenir "président à vie". Zine El Abidine Ben Ali, qui a renversé son prédécesseur en 1987, n'hésitait pas à falsifier les élections durant ses 23 ans à la tête de la Tunisie, avant sa fuite le 14 janvier 2011.

"J’ai voté et je suis heureux, vraiment heureux car c’est la première fois depuis les élections de 1981. Ce sont des élections crédibles à 100% et que Dieu nous fasse réussir", se réjouissait Hedi Ouledali, un retraité tunisois.

M. Marzouki s'est efforcé de se poser en candidat naturel de la révolution, par opposition à M. Caïd Essebsi qui a servi comme ministre sous Bourguiba et présidé brièvement le Parlement de Ben Ali.

Le chef de Nidaa Tounès a fait campagne sur la nécessité de renforcer l'Etat et son prestige, la Tunisie ayant vécu une transition mouvementée marquée par les assassinats de deux opposants à Ennahda, l'essor de groupes jihadistes et des problèmes socio-économiques structurels.

Afin d'éviter un retour à la dictature, la nouvelle Constitution donne des prérogatives assez limitées au président mais l'élection au suffrage universel lui confère un poids politique important.

M. Caïd Essebsi espère qu'une victoire lui permettra de former plus facilement une majorité de gouvernement, la victoire aux législatives de son parti étant insuffisante pour gouverner seul.

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