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Non à l'indépendance écossaise, oui à la décentralisation du Royaume-Uni

Édimbourg (AFP) Vendredi 19 Septembre 2014

Des partisans du maintien de l'Ecosse au sein du Royaume-Unis fêtent la victoire du non au référendum d'indépendance, le 19 septembre 2014 à Glasgow (AFP-Andy Buchanan)

Les Ecossais ont clairement dit non à l'indépendance, lors d'un référendum historique, mais le gouvernement central de David Cameron, déstabilisé, s'est empressé vendredi de promettre des pouvoirs accrus aux quatre nations constitutives du Royaume-Uni.

Après des semaines d'intense suspense et de débat parfois acrimonieux, le camp du non l'a emporté par 55,3% devant le oui à 44,7%. L'écart est important, et la participation record de 84,6% amplifie le verdict.

Ce résultat constitue une amère déception pour le Premier ministre de l'Ecosse Alex Salmond -- même s'il hérite d'une autonomie accrue en lot de consolation -- et un immense soulagement pour le chef du gouvernement central David Cameron, mis en grande difficulté, et qui jouait dans la partie de poker référendaire son avenir politique.

Le ouf était aussi perceptible chez nombre de dirigeants européens inquiets d'une contagion nationaliste, à Bruxelles, Paris, Madrid et, au-delà, à Washington ou Pékin. Il était manifeste à la bourse de Londres, qui a ouvert en hausse de 0,75%, avec une livre sterling à son plus haut niveau face à l'euro depuis deux ans. Il était largement partagé à la City, tandis que la Scotch Whisky Association (SWA) levait son verre à la santé de "la stabilité".

- Après le séisme, de multiples répliques -

L'ampleur du séisme politique qui a ébranlé "l'establishment de Westminster" et la précipitation mise à organiser les secours laissait augurer de multiples répliques dans les mois à venir.

Résultats du référendum sur l'indépendance de l'Ecosse (AFP-K. Tian, abm)

David Cameron est apparu dès 7 heures du matin devant les caméras des chaînes d'information en continu, pour délivrer un triple message: le résultat sans appel règle la question de l'indépendance "pour une génération"; l'heure est au rassemblement "pour aller de l'avant"; les promesses de prérogatives supplémentaires faites aux Ecossais seront honorées, et même étendues aux Anglais, Gallois et Nord-Irlandais.

A Edimbourg, Alex Salmond en embuscade a fait valoir qu'il veillerait à la bonne réception des nouvelles prérogatives en matière de politique fiscale et de dépenses de santé. Mais surtout, il a pris acte du fait que "l’Ecosse n'avait pas tranché en faveur de l'indépendance pour le moment", laissant la porte entr'ouverte à une autre consultation ultérieure, suivant en cela l'exemple des souverainistes québecois.

- Après le non, les cadeaux -

Dans l'immédiat, David Cameron a évité le scénario cauchemar d'une désintégration du Royaume-Uni qui le "hantait".

Déception des partisans du "oui" au référendum sur l'indépendance de l'Ecosse après la victoire du "non", le 19 septembre 2014 à Edimbourg (AFP-Lesley Martin)

Mais dans les rangs de son parti conservateur, des députés lui reprochent sa gestion calamiteuse du référendum écossais, et l'ampleur des cadeaux post-électoraux.

Ils seront détaillés dans un document de travail à l'horizon novembre, afin d'être soumis au parlement en janvier, dans le meilleur des cas.

"Le référendum n'est pas parvenu à détruire l'Union, mais ses répercussions pourraient encore la déstabiliser jusque dans ses fondements", a mis en garde Michael Chandlers, du RUSI Institute.

"Nous nous dirigeons vers un modèle plus fédéral du Royaume-Uni", a quant à lui prédit Tony Travers, de la prestigieuse London school of Economics.

Le parcours d'obstacles est aggravé par le calendrier politique. Les trois partis traditionnels britanniques -- conservateur, libéral-démocrate et travailliste d'opposition -- ont constitué une union sacrée exceptionnelle pour faire rempart à l'indépendance.

Comparatifs entre l'Ecosse et le Royaume-Uni et repères historiques (AFP-L. Saubadu / J. Storey)

Leur solidarité risque de s'évaporer à l'approche des élections générales de mai prochain.

- La détresse des partisans du oui -

A mille lieux des combinaisons politiques, les partisans du oui étaient vendredi effondrés, parfois en larmes.

"C'est terrible (...) Je pense que les gens n'ont pas réalisé à quel point c'était important", se lamentait Charlotte Darroch, une écolière en uniforme bardé de pins +yes+", au pied du château d'Edimbourg, sous un ciel plombé.

Danny Trench imaginait mal une seconde chance. "On ne sait pas ce qui va se passer dans vingt ans mais, là, je ne vois pas", déclare le jeune homme de 23 ans, en route pour son travail.

"L’Ecosse a pris une bonne décision", se réjouissait quant à elle Louise Fleming, 21 ans, supportrice du non, alors qu'à proximité, d'autres partisans du camp du "better together" se tombaient dans les bras.

Le Premier ministre britannique David Cameron fait une déclaration après la victoire du non au référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, le 19 septembre 2014 devant le 10 Downing Street, à Londres (AFP-Carl Court)

Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidant en Ecosse étaient habilités à voter. Le reste du Royaume-Uni, majoritairement unioniste, avait suivi avec fascination et inquiétude le débat sur l'avenir de cette région, qui a changé de statut une dizaine de fois en 1.400 ans d'histoire mouvementée.

Son attachement à ses voisins du sud remonte à l'acte d'Union de 1707.

L'intérêt a également été vif dans le monde. Le président américain Barack Obama a exprimé son soutien à un Royaume-Uni "fort, robuste, et uni". Le président français François Hollande a mis en garde contre les "égoïsmes", les "populismes" et les "séparatismes".

A Bruxelles, les dirigeants européens n'ont pas caché leur appréhension face à la perspective d'une contagion nationaliste, de la Catalogne au pays Basque.

"J'avoue: le résultat me soulage", a confié le président du Parlement européen, Martin Schulz.

L'Espagne est "très heureuse", a concédé sans surprise le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

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