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Référendum grec : Tsipras essaie de galvaniser ses troupes alors que le oui monte

Athènes (AFP) Vendredi 03 Juillet 2015

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras salue la foule de ses partisans, le 3 juillet 2015 à Athènes, venus manifester pour le non au référendum (AFP-ARIS MESSINIS)

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a tenté vendredi de galvaniser une dernière fois ses compatriotes, les appelant à dire non pour "vivre avec dignité en Europe" alors que le oui progresse à l'avant-veille d'un référendum crucial pour la Grèce.

Le Premier ministre a rejoint le rassemblement des partisans du non en début de soirée, fendant la foule de plus de 25.000 personnes amassée place Syntagma, devant le Parlement à Athènes." Nous fêtons la victoire de la démocratie, la Grèce envoie un message de dignité, personne n'a le droit de menacer de diviser l'Europe", a-t-il lancé sous les acclamations.

"Nous avons le droit de décider pour nous-mêmes", soutenait une manifestante, Katerina, 51 ans, interrogée par l'AFP. "Les mesures d'austérité qu'on nous a imposées nous ont menées à une situation encore pire".

Au même moment, plus de 22.000 partisans du oui se rassemblaient devant le stade où ont eu lieu les premiers jeux Olympiques modernes, en 1896, reprenant des slogans en faveur de l'Europe dans une mer de drapeaux grecs. "Le oui va donner un meilleur avenir à nos enfants", a assuré de la tribune, ému, le présentateur vedette Nikos Aliagas.

Des milliers de manifestants pro-non au référendum, le 3 juillet 2015 à Athènes (AFP-LOUISA GOULIAMAKI)

Et d'autres rassemblements avaient lieu en Allemagne, Italie, Pologne et Belgique, avec notamment 3.000 personnes à Bruxelles.

Pour la première fois, un sondage (de l'institut Alco) donnait vendredi l'avantage au oui, crédité de 44,8% des voix, le non recueillant 43,4%.

Mais les jeux ne sont pas faits : un autre sondage, réalisé cette fois pour Bloomberg par l'Université de Macédoine, montre que l'écart est serré avec 43% pour le non, contre 42,5% pour le oui.

"Ce référendum a coupé la société grecque en deux groupes qui ont une compréhension différente de la question posée", remarque le responsable de ce sondage, Nikos Marantzidis, professeur de sciences politiques à l'Université de Macédoine, cité par Bloomberg.

Le référendum grec du 5 juillet (AFP-L.Saubadu/T.Saint-Cricq, tsq/fh)

Avec une victoire du non, Alexis Tsipras se voyait "mieux armé" pour repartir à la table des négociations avec les créanciers (UE, BCE, FMI), qui d'ailleurs, selon le ministre des Finances Yanis Varoufakis, ont continué en coulisses cette semaine, avec "un accord plus ou moins scellé".

- Deux lectures -

Mais l'instauration forcée d'un contrôle du crédit pour parer à un début de panique bancaire, et les discours de plus en plus anxiogènes des créanciers ont convaincu les Grecs que l'enjeu était bien, comme les créanciers le disent, la sortie de l'euro auquel, selon Alco, 74% d'entre eux sont attachés.

"Si les Grecs votent non, la position grecque sera considérablement affaiblie", a de nouveau mis en garde vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Une manifestante pour le oui au référendum, le 3 juillet 2015 à Athènes (AFP-LOUISA GOULIAMAKI)

Le président du Conseil européen, Donald Tusk a, quant à lui, relativisé, conseillant d'éviter les "messages dramatiques".

Dans l'après-midi, Alexis Tsipras a réclamé une baisse de 30% du montant de la dette grecque, et "un délai de grâce" de 20 ans pour son remboursement.

M. Tsipras s'appuie sur un allié de poids, le FMI, qui a jeudi publié un rapport explosif appelant les Européens à de gros efforts sur la dette grecque (176% du PIB), dont ceux-ci ne veulent pour l'instant pas entendre parler.

Le Premier ministre a aussi de nouveau appelé le peuple à ne pas céder "aux ultimatums, au chantage et à la campagne de la peur".

- 'Mon argent est mieux chez-moi' -

Pendant ce temps, les Grecs continuaient à faire la queue devant les distributeurs pour prendre leurs 60 euros quotidiens - souvent réduits à 50 car il y a de moins en moins de billets de 20 euros en circulation.

Et les retraités dépourvus de carte de crédit devaient patienter pendant des heures devant certaines succursales ouvertes afin de retirer 120 euros pour la semaine.

Un homme en pleurs à l'entrée d'une agence bancaire le 3 juillet 2015 à Thessalonique (AFP-SAKIS MITROLIDIS)

A Thessalonique, vendredi, l'un d'eux, Giorgos Chatzifotiadi, 77 ans, abattu de n'avoir pas pu percevoir ses 120 euros pour un problème administratif, pleurait d'épuisement, assis sur le trottoir, ses papiers en vrac près de lui.

Sa photo a fait le tour du monde. Quelques heures plus tard, rasséréné, il confiait à l'AFP : "Je ne peux pas supporter de voir mon pays dans cette misère. C'est pour ça que j'étais abattu, plutôt que par mon problème personnel".

Dans les commerces, l'activité était réduite, les Grecs préférant apparemment épargner tel Kostas, un retraité du quartier athénien populaire de Pangrati : "Mon argent est mieux chez moi".

Au risque d'entraîner une paralysie de la circulation de la monnaie, et d'assécher plus vite que souhaité les liquidités des banques.

Plusieurs responsables ont fait vendredi des déclarations se voulant rassurantes, mais qui, en creux, sèment le doute.

Ainsi, Louka Katseli, directrice de l'Union des banques grecques et dirigeante de la Banque nationale grecque (BNG), a assuré que les banques grecques avaient "des liquidités suffisantes jusqu'à la réouverture des banques prévue pour mardi".

Comme s'il n'y en avait guère pour au-delà, et comme si la réouverture de mardi n'était pas une certitude.

Yanis Varoufakis de son côté a déclaré que la réouverture des banques serait "immédiate" en cas d'accord. Oui, mais, sans accord ? Car le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a assuré que même en cas de victoire du oui, la reprise des négociations "prendrait un moment".

Dans ce contexte, plusieurs banques ont proposé jeudi d'ouvrir des succursales pour les clients qui souhaiteraient rapporter du liquide, signe peut-être qu'elles commencent à en manquer.

Pour les touristes, il est toujours prévu qu'ils puissent effectuer à leur guise des retraits.

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