Vous êtes ici : Accueil / Info en Continu / A la Une / Secouée par une nuit d'émeutes, Ferguson craint de nouvelles violences

Diminuer le texte Taille par défaut Augmenter le texte
Imprimer Ajouter aux favoris Parler de cet article à un ami
Partager sur Facebook

Secouée par une nuit d'émeutes, Ferguson craint de nouvelles violences

Ferguson (Etats-Unis) (AFP) Mardi 25 Novembre 2014

Manifestation à Ferguson, le 24 novembre 2014 (AFP-Jewel Samad)

Plongée dans un silence étrange, la petite ville américaine de Ferguson redoutait mardi de nouvelles violences après les émeutes de la nuit provoquées par la décision d'un jury populaire de ne pas poursuivre un policier blanc ayant tué Michael Brown, un jeune Noir.

Mardi, la principale artère de cette banlieue de Saint Louis dans le Missouri, théâtre pendant la nuit de scènes de guérilla urbaine, était déserte, circonscrite par des cordons de police et plongée dans un silence surnaturel que seul le bruit des pales d'un hélicoptère des forces de l'ordre troublait.

"Nous devons gérer encore des pillages et des vols", explique un policier en barrant la route à une journaliste de l'AFP. "C'est trop dangereux d'entrer dans la zone d'émeutes".

Des habitants du voisinage se sont réveillés en état de choc: des personnes estomaquées prenaient en photo les restes encore fumants d'un magasin pillé la veille.

Manifestation devant la Maison Blanche, le 24 novembre 2014 à Washington (AFP-Mendel Ngan)

"C'était juste horrible. Je n'ai jamais vu une émeute pareille", confie Angie, une mère de famille noire qui travaille dans une épicerie. "Je prie pour pouvoir rentrer saine et sauve chez moi".

D'autres prédisent de nouvelles violences, "à moins que le gouvernement hausse le ton et propose une loi qui satisfera les gens", explique Morgan Abbott, un peintre blanc qui ne comprend pas pourquoi "les gens ont détruit leur propre ville".

Le gouverneur du Missouri Jay Nixon, qui avait décrété l'état d'urgence, a demandé de nouveaux renforts de la garde nationale dans la crainte de nouvelles violences.

Dès l'annonce du verdict lundi, les violences ont éclaté dans la petite ville du Missouri tandis que, de Seattle à New York, des milliers d'Américains descendaient dans les rues pour dénoncer "le racisme qui tue".

"Pas de justice, pas de paix", scandaient les manifestants en colère, sourds aux appels au calme lancés dans la soirée par le président Barack Obama et la famille Brown, qui devait s'exprimer mardi à 11H00 locales (17H00 GMT).

Leslie McSpadden (G), la mère de Michael Brown, le 24 novembre 2014 à Ferguson (AFP-Jewel Samad)

A Ferguson, les forces de l'ordre ont été la cible de nombreux tirs --150, selon leur propre décompte-- qui n'ont pas fait de victime. Un journaliste de l'AFP a reçu un parpaing en plein visage, mais son état n'est pas considéré comme inquiétant. Vingt-neuf personnes ont été arrêtées et à New York deux manifestants ont appréhendés.

Les policiers, qui avaient reçu des renforts de la Garde nationale et du FBI, ont riposté à coups de gaz lacrymogènes, matraques, et grenades aveuglantes .

- "décès tragique" -

Un bâtiment incendié, le 24 novembre 2014 à Ferguson (AFP-Jewel Samad)

Après trois mois de délibérations, le procureur du comté de Saint-Louis a annoncé lundi soir que l'agent de police, Darren Wilson, ne serait pas inculpé, le jury ayant considéré qu'il avait agi en état de légitime défense après une "altercation".

"Il n'y a pas de doute que l'agent Wilson a causé la mort" de Michael Brown, a déclaré à la presse le procureur Robert McCulloch, parlant de "décès tragique". Mais les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, qui ont mené une instruction "complète et approfondie", "ont déterminé qu'il n'y a pas de raison suffisante pour intenter des poursuites contre l'officier Wilson".

Les avocats du fonctionnaire ont salué la décision du jury expliquant que les policiers devaient prendre "des décisions difficiles et en un quart de seconde".

"C'est une mise en accusation de tout le système (judiciaire, ndrl)", s'est indigné pour sa part l'avocat de la famille de Michael Brown sur CNN, Benjamin Crump. "Les jurés font ce que leur demande le procureur".

Scènes de violence à Ferguson (AFP-)

Fait inhabituel: le procureur a rendu public tout le dossier de l'instruction -- de l'autopsie de la dépouille de Michael Brown à la déposition de Darren Wilson.

Pat Bailey, une habitante de Saint-Louis à la retraite, s'attendait à la décision du jury: "J'ai vécu suffisamment longtemps pour savoir que les Afro-Américains ne sont pas considérés comme des êtres humains".

- Justice à deux vitesses? -

Le ministre de la Justice Eric Holder a rappelé que l'enquête fédérale se poursuivait. "Elle est indépendante de l'enquête locale depuis le début et le restera", a-t-il assuré.

La mort de Michael Brown le 9 août a ravivé le débat sur l'attitude des forces de l'ordre et les relations raciales aux Etats-Unis, 22 ans après l'affaire Rodney King et les émeutes qui avaient embrasé Los Angeles après l'acquittement de quatre policiers blancs filmés en train de passer à tabac cet automobiliste noir.

Dans son message, le président Obama a d'ailleurs mis en garde contre la tentation de "dissimuler les problèmes" liés au racisme aux Etats-Unis. "Dans trop de régions du pays, il existe une profonde défiance entre les forces de l'ordre et les communautés de couleur", a-t-il souligné.

La mort de Michael Brown se fait ressentir jusqu'en France, où la ministre de la Justice Christiane Taubira s'est emportée dans un tweet.

"Quel âge avait #Mickael Brown? 18 ans. #Trayvon Martin? 17. #Tamir Rice? 12. Quel âge le prochain? 12 mois? +Tuez-les avant qu'ils ne grandissent+ Bob Marley", a écrit Mme Taubira, égrenant les noms de jeunes Noirs tués par la police aux Etats-Unis et reprenant des paroles de "I shot the sheriff", un des tubes phare du roi du reggae.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2014 AFP Agence France-Presse.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.