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Ukraine: l'armée lance un assaut à Slaviansk contre les séparatistes

Slaviansk (Ukraine) (AFP) Jeudi 24 Avril 2014

Des soldats ukrainiens prennent position à Slavyansk le 24 avril 2014 (AFP-Kirill Kudryavtsev)

De vifs affrontements opposaient jeudi les forces loyalistes et les séparatistes à Slaviansk, bastion pro-russe dans l'Est de l'Ukraine, Kiev ayant décidé de passer à l'offensive face à l'échec de l'accord de Genève dont Barack Obama a jugé la Russie responsable.

Des journalistes de l'AFP ont entendu des échanges de tirs à un barrage des insurgés à une entrée nord de Slaviansk, puis vu plusieurs blindés, dont l'un arborant le drapeau ukrainien, passer le poste de contrôle, enflammé par les pro-russes.

Le leader séparatiste local de la ville de plus de 100.000 habitants, Viatcheslav Ponomarev, a ordonné aux civils de quitter la mairie, selon sa porte-parole.

Slaviansk est depuis plusieurs jours entièrement contrôlée par les insurgés pro-russes. Des hommes armés de fusil d'assaut, en treillis sans insigne et cagoulés, y occupent plusieurs bâtiments publics et M. Ponomarev avait demandé dimanche à la Russie d'intervenir pour protéger la population.

Un soldat ukrainien prend position à Slavyansk le 24 avril 2014 (AFP-Kirill Kudryavtsev)

Kiev a également annoncé la libération de la mairie de Marioupol, un port de près de 500.000 habitants dans le Sud-Est après une bagarre qui a fait cinq blessés. Plus au nord, un soldat a été blessé lors d'un assaut des séparatistes contre une base militaire à Artemivsk.

La tension ne cesse de monter et Moscou, après avoir évoqué la possibilité d'une intervention militaire si ses "intérêts légitimes" étaient menacés dans l'ex-république soviétique, a lancé une charge contre les Occidentaux qui utilisent l'Ukraine comme un "pion dans le jeu géopolitique".

A Tokyo, Barack Obama a fait porter sur la Russie la responsabilité de l'échec du compromis international signé il y a une semaine à Genève et qui était censé amorcer une désescalade des deux côtés.

"Jusqu'à présent, nous ne les avons pas vu respecter ni l'esprit ni la lettre de l'accord de Genève", a déploré M. Obama, lors d'une conférence de presse.

Les premières troupes américaines arrivent en Pologne le 23 avril 2014 (AFP-Janek Skarzynski)

"Nous continuons de voir des hommes armés malveillants prendre des bâtiments, harceler les gens qui ne sont pas d'accord avec eux, déstabiliser la région et nous n'avons pas vu la Russie intervenir pour les décourager", a-t-il souligné.

Il a ajouté que si la Russie continuait d'ignorer l'accord de Genève et n'agissait pas de façon "plus réfléchie", il y aurait "des conséquences et de nouvelles sanctions" américaines à son encontre, rappelant que les mesures répressives déjà en place avaient "un impact sur l'économie russe". Il n'a toutefois pas fixé de date butoir pour ces nouvelles sanctions.

Il a répété qu'il n'y aurait "pas de solution militaire au problème en Ukraine".

- Rhétorique "enflammée"-

La veille, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait averti que son pays était prêt à intervenir si ses intérêts étaient menacés dans l'Est de l'Ukraine, faisant le parallèle avec l'Ossétie du Sud.

Un activiste pro-Russe garde une barricade devant un bâtiment administratif pris par les pro-Russes, dans la ville de Marioupol le 23 avril 2014 (AFP-Anatolii Stepanov)

En août 2008, l'armée russe était entrée en Géorgie en dénonçant des attaques géorgiennes contre ce territoire séparatiste pro-russe, où Moscou maintient des troupes jusqu'à présent après en avoir reconnu l'indépendance ainsi que celle de l'Abkhazie, une autre région géorgienne jouxtant son territoire.

L'Otan a fustigé la "rhétorique enflammée de Moscou".

Jeudi, M. Lavrov a mis en cause les Occidentaux qui utilisent selon lui l'Ukraine comme "un pion dans le jeu géopolitique". "En Ukraine, les Etats-Unis et l'Union européenne (...) ont tenté de mener une nouvelle +révolution de couleur+, une opération de changement de régime contraire à la Constitution", a-t-il déclaré.

Des manifestants pro-autorités ukrainiennes manifestent à Marioupol le 23 avril 2014 (AFP-Anatolii Stepanov)

Les autorités russes ne cessent de dire que les populations ukrainiennes d'origine russe sont menacées par les nationalistes qui soutiennent le pouvoir pro-occidental en place à Kiev depuis la destitution de Viktor Ianoukovitch.

Washington et Kiev reprochent de leurs côtés à Moscou d'avoir massé des soldats à la frontière et de soutenir les insurgés de l'Est de l'Ukraine en ayant envoyé des agents armés.

Les Etats-Unis ont décidé de renforcer leurs troupes en envoyant 600 soldats en Pologne et dans les pays baltes.

- Kiev veut "éliminer" les insurgés -

A Kiev, le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov a promis "une réponse sévère, jusqu'à l'élimination, aux terroristes".

Outre les affrontements en cours jeudi à la mi-journée à Slaviansk, près de 100 assaillants ont attaqué pendant la nuit une base militaire à Artemivsk "avec des armes automatiques, mitrailleuses et grenades", selon le ministère de la Défense. Un soldat a été blessé.

Carte localisant les forces mobilisées par les membres de l'OTAN (AFP-JM.Cornu/M.Heuclin)

"Les assaillants ont été repoussés et ont subi d'importantes pertes", a déclaré de son côté le président par intérim Olexandre Tourtchinov. M. Avakov a affirmé que l'assaut, destiné à s'emparer d'armes, avait été mené "par un militaire russe".

A Marioupol, l'une des grandes villes industrielles de la région, les forces de l'ordre ont repris le contrôle de la mairie, occupée par les pro-russes depuis le 13 avril.

La police de Marioupol a expliqué dans un communiqué être intervenue vers 3 heures du matin après avoir repéré un groupe d'une trentaine d'hommes armés de battes de baseball qui tentaient de s'introduire dans le bâtiment pour exiger sa libération.

"Des heurts ont éclaté" et les forces de l'ordre sont alors intervenues, a expliqué la police, précisant que cinq personnes avaient été blessées.

Dans ce contexte tendu, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a annoncé que le président français François Hollande se rendrait "dans quelques jours" en Géorgie, ex-république soviétique du Caucase qui ambitionne de rejoindre l'Otan et l'UE.

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