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Ukraine: l'Otan appelle la Russie à cesser des "actions militaires illégales"

Bruxelles (AFP) Vendredi 29 Août 2014

Des lances-grenades et le drapeau ukrainien dans un camp militaire de la région de Donetsk, le 29 août 2014 (AFP-Oleksandr Ratushniak)

L'Otan a appelé vendredi la Russie à cesser ses "actions militaires illégales" en Ukraine, des actions niées par Moscou, tandis que Vladimir Poutine déclarait qu'il fallait "contraindre" Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine.

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique Anders Fogh Rassmussen a condamné ce qu'il a appelé le "mépris permanent de la Russie pour ses obligations internationales", exigeant une désescalade dans le conflit qui ravage l'est de l'Ukraine.

En un peu plus de quatre mois, ce conflit entre les forces armées de Kiev et les insurgés prorusses a fait près de 2.600 morts selon l'ONU, ainsi que des milliers de blessés et des centaines de milliers de déplacés et de réfugiés.

Jeudi, l'Otan a affirmé que plus de 1.000 soldats russes combattaient en Ukraine et que 20.000 étaient massés le long de la frontière.

Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Otan, le 15 aout 2014 à Copenhague (Scanpix Denmark/AFP/Archives-Niels Ahlmann Olesen)

Le ministère russe de la Défense a démenti le même jour toute présence de troupes russes dans l'est de l'Ukraine. Les accusations de Kiev et des responsables occidentaux "n'ont aucun rapport avec la réalité", il s'agit de "fausses informations", a déclaré le ministère à l'agence de presse russe Interfax.

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a demandé vendredi que "cessent les bruits de bottes russes" en Ukraine, et Berlin a dénoncé une "intervention militaire".

Les dirigeants de l'Union européenne se réunissent samedi pour décider d'éventuelles nouvelles sanctions contre la Russie. Le président ukrainien Petro Porochenko sera présent à Bruxelles, où il sera reçu par le président sortant du Conseil, Herman Van Rompuy.

Manifestation à Marioupol dans la région de Donetsk le 28 aout 2014 demandant une Ukraine unie et le retrait des troupes russes (AFP-Alexander Khudoteply)

Le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a averti vendredi au téléphone M. Poutine que toute nouvelle "déstabilisation" de l'Ukraine aurait un "coût élevé" pour la Russie. Il a condamné "des opérations sur le sol ukrainien (menées) par des unités militaires russes".

- Les insurgés contrôlent Novoazovsk -

Sur le terrain, Novoazovsk, petite cité balnéaire ouvrière située à une quinzaine de kilomètres de la frontière russe, était solidement contrôlée vendredi par les rebelles, deux jours après le repli précipité de l'armée ukrainienne à la suite d'une contre-offensive des insurgés.

Des rebelles en armes quadrillaient la ville en pick-up kaki, drapeau au vent, fond rouge frappé d'une croix bleue, des couleurs omniprésentes, a constaté l'AFP. Y compris sur les chars positionnés aux entrées de la ville.

Vladimir Poutine au lac Seliger, dans le nord-ouest de la Russie, le 29 août 2014 (Pool/AFP-Mikhail Klimentyev)

Tous les regards sont désormais tournés vers Marioupol (460.000 habitants), port stratégique ukrainien sur la mer d'Azov, dont la Russie et la Crimée sont aussi riveraines, qui se préparait dans le calme à subir des combats.

Face à cette aggravation de la situation, Kiev a annoncé vendredi son intention de relancer le processus d'adhésion à l'Otan, l'Alliance atlantique soulignant de son côté qu'elle ne fermerait pas la porte à l'Ukraine, qui avait renoncé à son projet d'en faire partie en 2010 sous le gouvernement prorusse de l'époque.

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk a annoncé que son "gouvernement soumettrait au Parlement un projet de loi visant à annuler le statut faisant que l'Ukraine ne souhaitait appartenir à aucun bloc et à revenir sur la voie de l'adhésion à l'Otan".

- Poutine loue la 'Nouvelle Russie' -

M. Poutine a pour sa part déclaré qu'il fallait "contraindre" Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses pour "entamer des négociations sur le fond". Dans un communiqué, il a vanté les "succès considérables" de la rébellion, qui a repris l'initiative sur l'armée ukrainienne après plusieurs semaines de recul.

M. Poutine s'est adressé dans son communiqué aux "insurgés de la Novorossia" ("Nouvelle Russie"), mot qu'il utilise depuis avril pour désigner plusieurs régions de l'est et du sud de l'Ukraine.

Des habitants de Marioupol organisent la défense de leur ville à l'approche des troupes prorusses, le 29 août 2014 (AFP-Anatolii Boiko)

Ce concept de "Nouvelle Russie" datant de l'époque tsariste renvoie à l'idée d'un territoire sous contrôle indirect de Moscou, qui pourrait se contenter d'incursions militaires destinées à soutenir la rébellion prorusse, déstabilisant durablement Kiev et freinant le processus de son rapprochement avec l'Ouest.

"Le peuple russe et le peuple ukrainien étaient quasiment un seul et même peuple", a lancé M. Poutine, déclarant aussi que la Crimée ne retournerait jamais dans le giron ukrainien.

M. Poutine a demandé aux rebelles d'ouvrir un "couloir humanitaire" pour les soldats ukrainiens encerclés depuis plus d'une semaine dans la ville d'Ilovaïsk, à 40 kilomètres au sud-est du bastion séparatiste de Donetsk.

Par ailleurs, M. Poutine a tenu des propos positifs sur M. Porochenko et a annoncé qu'il avait conclu avec lui un accord sur l'aide humanitaire en Ukraine, dans une interview dont des extraits ont été diffusés dans la soirée par la télévision officielle russe.

La rencontre entre les deux hommes mardi à Minsk a été "très bonne, c'est mon impression, elle a été très franche", a déclaré M. Poutine. M. Porochenko "est à mon avis le genre de partenaire avec qui on peut avoir un dialogue", a assuré le président russe dans cette interview qui doit être diffusée dimanche dans son intégralité.

Il a indiqué avoir accepté une proposition du président ukrainien que la Russie livre de l'aide humanitaire par rail. "Nous avons décidé que nous allons exécuter un plan suggéré par le président Porochenko pour fournir de l'aide (...) aux personnes qui en ont besoin à Lougansk et à Donetsk", principaux bastions des insurgés, a déclaré M. Poutine.

La Russie avait envoyé la semaine dernière un convoi humanitaire routier à Lougansk, sans le feu vert de Kiev.

"Nous livrerons des vivres et (d'autres) biens dont les populations ont besoin par voie ferrée. C'était sa suggestion, je suis tombé d'accord avec cela", a déclaré M. Poutine, parlant toujours de M. Porochenko.

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