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Une Grèce divisée à la veille d'un vote crucial pour son avenir et pour l'Europe

Athènes (AFP) Samedi 04 Juillet 2015

Une femme marche près de deux panneaux appelant à voter oui (Nai) ou non (Oxi) au référendum de dimanche à Athènes le 4 juillet 2015 (AFP-ANDREAS SOLARO)

Après cinq ans d'austérité, les Grecs tiraillés entre lassitude de la rigueur et attachement à l'Europe sont à la veille d'un référendum incertain dimanche, qui va sceller le sort de leur gouvernement et peser sur les relations avec la zone euro.

Les bureaux de vote ouvriront à 07h00 locale (04h00 GMT), lançant le scrutin après une campagne aussi brève qu'exaltée qui a laissé les partisans du oui et du non au coude à coude dans les sondages.

Tout s'est figé samedi pour cette journée de relâche politique, quelques heures après des mobilisations massives de chaque camp dans le centre d'Athènes.

L'économie, exsangue après cinq ans de récession en dépit d'une légère reprise fin 2014, tourne au ralenti depuis la fermeture des banques lundi, et l'imposition d'un strict contrôle des capitaux, prévu jusqu'au surlendemain du référendum.

Le gouvernement de gauche radicale du Premier ministre Alexis Tsipras tente de couvrir les voix qui s'inquiètent du risque de prolongement de ces dispositions inédites, ou d'une escalade des restrictions.

Pavlos, un retraité 72 ans, interrogé devant une banque d'Athènes, voyait les choses en "noir, très noir": "Là il y a de l'argent mais la semaine prochaine il est probable qu'il n'y en aura pas. Comment feront les gens pour la vie quotidienne? On ne sait pas".

Dans un supermarché de Glyfada, la banlieue aisée d'Athènes, certains riverains semblent avoir paniqué, se ruant sur les produits de première nécessité: papier-toilette, pâtes, légumes secs, lait concentré, dont les rayons sont vides, a constaté un photographe de l'AFP.

Dans la nuit de vendredi à samedi, le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, s'est fendu d'un tweet, appuyé par un communiqué du ministère, pour dénoncer la "rumeur malveillante" d'un article du Financial Times, selon lequel les épargnants grecs riches de plus de 8.000 euros en banque pourraient se voir prélever 30% de leurs dépôts afin de renflouer les banques du pays.

Peu porté sur l'euphémisme, le ministre, revenu sur le devant de la scène ces dernières semaines, a accusé samedi les créanciers de la Grèce (UE et FMI) de "terrorisme", d'avoir contraint le gouvernement grec à fermer les banques et de vouloir "humilier les Grecs", dans un entretien au quotidien espagnol El Mundo.

- Risques politique et économique -

Vendredi soir, Yanis Varoufakis était tout sourire parmi plus de 25.000 partisans du "Oxi" (non) au référendum massés devant le parlement pour écouter Alexis Tsipras, arrivé tel une rock-star fendant la foule, qui a tenté de de galvaniser une dernière fois ses compatriotes et les a appelé à rejeter les mesures d'austérité des créanciers pour "vivre avec dignité en Europe".

Les supporteurs du "Nai" (oui) étaient presque aussi nombreux, selon la police, rassemblés de l'autre côté du parlement, devant le stade de marbre des Jeux Olympiques de 1896, noyé sous les drapeaux grecs et les bannières bleues à étoiles de l'Union européenne.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'adresse à des manifestants hostiles à l'austérité à Athènes le 3 juillet 2015 (POOL/AFP-YANNIS BEHRAKIS)

Dans les intentions de vote, ces derniers sont donnés gagnants d'une courte tête: sur les quatre derniers sondages publiés, trois donnent l'avantage au oui avec une faible avance de 0,4 à 0,6 point; un sondage place le non en tête de 0,5 points.

Le pourcentage d'indécis reste élevé, à l'image des tiraillements de la société grecque face au choix qui porte autant sur l'avenir des relations du pays avec la zone euro que sur la stabilité du gouvernement.

Pour l'exécutif emmené par la gauche radicale Syriza, une victoire du oui serait un désaveu et pourrait ouvrir une période d'instabilité politique, que l'économie et le système bancaire du pays ne peuvent se permettre, même pour une courte durée. Et à moyen terme, une nouvelle cure d'austérité attendrait la Grèce, assure Syriza.

Une victoire du non dimanche provoquerait un "saut dans l'inconnu", selon la plupart des observateurs, même si le gouvernement Tsipras promet un accord pour les jours suivants, fort d'une légitimité renforcée. Tout dépendra notamment de l'attitude des partenaires européens, dont le front est loin d'être uni.

"Si les Grecs votent non, la position grecque sera considérablement affaiblie", a mis en garde vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Mais le président du Conseil européen, Donald Tusk, a appelé l'UE à ne pas dramatiser une telle éventualité.

Le référendum grec du 5 juillet (AFP-L.Saubadu/T.Saint-Cricq, tsq/fh)

Les dirigeants européens veulent croire que l'Union est suffisamment solide pour résister à d'éventuelles turbulences grecques. Le président du Conseil italien, Matteo Renzi, a répété samedi que son pays n'est plus, comme il y a trois ou quatre ans, le "compagnon d'infortune" de la Grèce et que les Italiens "ne doivent pas avoir peur" d'effets négatifs" de cette crise.

La peur d'être mis à l'écart étreignait Yannis, 25 ans, un des participants au rassemblement du oui vendredi: "Pour notre génération, si le non l'emporte on devra sortir de l'euro".

Des supporteurs européens de la gauche grecque ont manifesté leur solidarité lors de plusieurs rassemblements cette semaine. Samedi, ils étaient quelques centaines à Londres et à Dublin. Un rassemblement était aussi prévu à Bercelone.

"Misère et FMI dehors !", ont scandé environ 600 personnes à Lisbonne, devant la représentation de la Commission Européenne. "Espagne, Grèce et Portugal, notre route est internationale" scandaient aussi les manifestants.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a assuré que même en cas de victoire du oui, la reprise des négociations "prendrait un moment".

Yanis Varoufakis s'est dit au contraire convaincu qu'un accord interviendrait lundi "quel que soit le résultat du référendum".

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