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"Bande de filles" de Céline Sciamma: intime, frondeur et politique

Paris (AFP) Mercredi 22 Octobre 2014

Photo des actrices dans le film "Bande de filles" de Céline Sciamma (Pyramide Distribution-)

"Bande de filles", en salles mercredi, est à la fois une fresque intime et bouleversante, dotée d'une énergie frondeuse, et un "geste politique", dit Céline Sciamma, allusion à ses héroïnes, uniquement des adolescentes noires de banlieue qui n'avaient jamais tourné.

Il s'agit du troisième opus de Céline Sciamma, dévoilé en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs en mai à Cannes, après les très remarqués "La naissance des pieuvres" en 2007 et "Tomboy" en 2011, histoire d'une petite fille de dix ans qui se fait passer pour un garçon, dont la récente diffusion sur Arte a plus qu'irrité des intégristes.

La banlieue de Sciamma ne ressemble pas à celle de "La haine" de Mathieu Kassovitz, pas plus que celle de "L'esquive" d'Abdellatif Kechiche, de "La désintégration" de Philippe Faucon ou encore plus récemment des "Kairas" de Franck Gastambide.

Son point de vue à elle, encore une fois radical, ce sont les filles. Comment vivre, grandir, aimer, s'épanouir dans un monde d'interdits, comment échapper à un destin tracé.

Le long métrage s'ouvre sur un match de football américain joué par des filles.

Après l'entraînement, la joyeuse troupe rentre chez elle, nombreuse et bruyante au départ, elle se fait de plus en plus silencieuse au fur et à mesure que chacune bifurque pour rentrer chez elle.

Les garçons qui les observent guettent le moindre faux pas.

- Casting dans la rue -

Parmi ces filles, il y a Marieme, 16 ans, dont le grand frère ne se prive pas de lui donner des coups, elle qui seconde au quotidien sa mère pour s'occuper des plus petits.

Sa rencontre avec trois filles qui refusent de vivre sous le joug va tout changer. Telle un papillon sortant de sa crysalide, Marieme va se transformer en Vic et apprendre à se battre, dans tous les sens du terme. Y compris pour pouvoir aimer le garçon qu'elle a choisi.

Le casting du film s'est fait dans la rue ou des centres commerciaux à Paris et en banlieue.

"Ce n'était pas délibéré mais je voulais qu'elles soient jeunes, qu'elles aient l'âge du rôle. Cette exigence de jeunesse a fait qu'on avait plus de chance de tomber sur des débutantes", racontait à l'AFP la cinéaste à Cannes où le film a été chaleureusement accueilli.

Au-delà de l'énergie que dégagent ces filles, la cinéaste parle de "la construction de l'identité féminine avec la pression, les assignations que vivent ces jeunes filles".

Outre un "parti pris esthétique", Céline Sciamma a saisi dit-elle une "opportunité de représenter des filles noires au cinéma en France" alors qu'elle en sont absentes. "Donc c'est un geste politique", dit-elle.

Mission réussie: Karidja Touré, qui campe Marieme/Vic est lumineuse en ado introvertie qui va pouvoir grandir grâce à la bande de filles émancipées composée de Assa Sylla ("Lady", puissante), Lindsay Karamoh et Marietou Touré, dont l'énergie collective est communicative.

Comme cette scène où les quatre filles se paient une chambre d'hôtel qui se transforme en parenthèse de liberté.

Là elles mangent de la pizza, boivent de l'alcool, dansent et chantent à tue-tête sur le tube de Rihanna "Diamonds".

Les filles sont à la fois d'une beauté saisissante et en même temps bouleversantes de naturel. Le spectateur se prend à envier ce moment de communion et de joie.

Céline Sciamma n'inscrit pas son film dans un combat féministe, même si les hommes ici n'ont pas le beau rôle. La réalisatrice préfère porter un regard bienveillant sur ces filles pas encore tout à fait adultes et sur leurs rêves.

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