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Blue Note: quatre visionnaires et un label de jazz "presque parfait"

Paris (AFP) Vendredi 21 Novembre 2014

Un disque vinyle produit par le label Blue Note, photographié le 19 novembre 2014 (AFP-Joël Saget)

Les disques Blue Note, pour qui tout amateur de jazz a les yeux de Chimène 75 ans après la sortie du premier d'entre eux, sont entrés dans l'Histoire grâce à l'alliance visionnaire d'un producteur, d'un ingénieur du son, d'un photographe et d'un graphiste, bâtisseurs d'un label "presque parfait".

Si Blue Note, qui fait jouer ses artistes ces jours-ci à Paris dans le cadre de son festival, compte encore aujourd'hui nombre de vedettes du jazz dans son écurie (Gregory Porter, Robert Glasper, Joe Lovano...) et affole les collectionneurs, c'est que l'âge d'or du label, entre 1947 et 1967, exerce une fascination sans égale.

"Si on prend les 400 albums Blue Note de cette époque, tout est très bon", souligne Arnaud Boubet, patron de "Paris Jazz Corner", boutique spécialisée forte de plus de 50.000 vinyles et CD. "Je ne connais pas un label où, sur une telle quantité de disques, autant sont devenus incontournables. Il y a très peu de faux pas, c'est presque parfait!".

La boutique Paris Jazz Corner à Paris, spécialisée dans le jazz, le 19 novembre 2014 (AFP-Joël Saget)

Créé en 1939 à New York par Alfred Lion, juif berlinois ayant fui le nazisme, le label prend son envol après la guerre, porté par les premiers albums de Thelonious Monk, Art Blakey ou Bud Powell. Musiciens "be bop", ils sont jeunes et l'avant-garde du jazz de l'époque.

En faisant le choix de la modernité et de la jeunesse, Blue Note pose les fondations de son succès. Vite rejoint par Francis Wolff, autre juif ayant fui l'Allemagne, le producteur Alfred Lion va permettre à nombre de musiciens de se faire connaître et de s'épanouir, qu'ils se nomment Horace Silver, Jimmy Smith, Lee Morgan ou, plus tard, Wayne Shorter et Herbie Hancock.

- 'Facile à vendre' -

Pour autant, au-delà de ces grands noms souvent associés au style "hard bop", le duo Lion-Wolff aura également l'audace de produire des artistes aux intentions plus complexes comme Andrew Hill ou Ornette Coleman.

Mais le choix de la musique n'explique pas tout. Coproducteur mais photographe de formation, Wolff passe de longues heures avec les musiciens en studio. Ses clichés noirs et blancs - qui ont depuis fait l'objet de nombreux recueils - servent ensuite de matière première au graphiste Reid Miles.

Ce dernier réalise des centaines de pochettes pour le label. Ses choix de couleurs, l'utilisation des polices et ses audaces de mise en scène paraissent encore aujourd'hui formidablement modernes.

"Des personnes sont tellement fascinées qu'elles achètent des Blue Note rien que pour les pochettes", assure Maxime Hubert, cogérant de "Paris Jazz Corner".

Arnaud Boubet, co-fondateur de Paris Jazz Corner, magasin spécialisé dans le jazz à Paris, le 19 novembre 2014 (AFP-Joël Saget)

Enfin, pour que le succès soit complet, les enregistrement sont associés à un ingénieur du son méticuleux et patient, Rudy Van Gelder. "C'est le premier label de jazz à porter une attention particulière à l'enregistrement", dit Arnaud Boubet.

Lion-Wolff-Miles-Van Gelder: la collaboration de ces visionnaires jusqu'au milieu des années 1960 correspond aux plus belles heures du label.

Avec le départ de Lion en 1967 (le label ayant été racheté deux ans plus tôt), Blue Note entamera un déclin progressif jusqu'à sa disparition à la fin des années 70. La major EMI le relancera ensuite avec succès en 1985, rééditant à l'envi les productions passées.

Aujourd'hui, le pouvoir d'attraction de Blue Note demeure intact. "C'est le label le plus facile à vendre, note Arnaud Boubet. C'est aussi le plus recherché pour les éditions originales. Un album des années 50 peut se vendre de 150 à plusieurs milliers d'euros".

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