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Bataille navale tendue entre Paris et Rome sur STX France

Paris (AFP) Mercredi 26 Juillet 2017

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Le navire MSC Meraviglia quitte le chantier STX de Saint-Nazaire, le 1er juin 2017 (AFP/Archives-LOIC VENANCE)

Paris a fait monter la pression sur les autorités italiennes mercredi en évoquant une nationalisation des chantiers navals de STX France, faute d'accord avec Fincantieri, mais Rome a répliqué sur le même ton, exigeant une position majoritaire dans le groupe.

"Nous souhaitons pouvoir maintenir un contrôle à 50-50 avec nos amis italiens sur l'avenir" des chantiers de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), "sur l'emploi, sur le développement du territoire", a déclaré sur franceinfo le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Mais "si jamais nos amis italiens refusent la proposition honnête qui leur est faite, l’État exercera son droit de préemption", en rachetant "les parts" que Fincantieri devait acquérir, a-t-il ajouté, alors que ce droit de préemption expire samedi.

La construction du navire Oasis 4 au chantier naval de Saint Nazaire, le 25 juin 2017 (AFP/Archives-LOIC VENANCE)

Une prise de contrôle provisoire donnerait "du temps pour renégocier un nouveau pacte d'actionnaires", a-t-il expliqué, ajoutant que "les Italiens avaient jusqu'à jeudi pour se décider".

Rome a vivement réagi à cet ultimatum. "Le précédent gouvernement français a demandé à Fincantieri de s'intéresser" au dossier "et le groupe l'a fait avec un projet industriel solide qui a des conditions fondamentales", a affirmé le ministre du Développement économique, Carlo Calenda.

"L'Italie n'a aucune intention d'aller de l'avant si ces conditions ne sont pas là", a-t-il poursuivi, ajoutant, dans une allusion au président Emmanuel Macron, que ce dossier était "un bon test pour comprendre si celui qui parle d'+européisme+ et de valeurs libérales les applique".

"Il n'y a aucune raison pour que Fincantieri renonce à la majorité et au contrôle" de STX, a renchéri son collègue des Finances, Pier Carlo Padoan.

Une source proche de ce ministère avait auparavant indiqué que Rome exigeait "la majorité du capital, même de peu, comme par exemple 51%, et le contrôle du conseil d'administration afin d'assurer une gouvernance adéquate".

Tout en se disant "confiant" sur un accord, le patron de Fincantieri, Giuseppe Bono, a souligné que son groupe n'avait "pas besoin de STX à tout prix". "Nous sommes Italiens et Européens et on ne peut pas être traités moins bien que les Coréens" qui détenaient auparavant la majorité dans STX, a-t-il lancé.

- 'Période d'incertitudes' -

Selon l'accord initial, le constructeur italien devait reprendre d'abord 48% du capital des chantiers et rester minoritaire pendant au moins huit ans, épaulé par l'investisseur italien Fondazione CR Trieste à hauteur d'environ 7%.

Côté français, l’État devait conserver un tiers du capital et un droit de veto, mais les syndicats et élus locaux, estimant que Fincantieri serait de facto majoritaire en raison de ses liens avec l'autre actionnaire italien, redoutaient de le voir privilégier ses propres chantiers.

Le secrétaire d'Etat italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi, ici le 20 mai 2014 à Rome, a déclaré mercredi à l'AFP qu'il n'y avait "aucun risque de déplacer des filières de production ou de l'emploi de Saint-Nazaire à Trieste" (AFP/Archives-GABRIEL BOUYS)

Le 31 mai, le président Macron avait demandé que cet accord "soit revu". Cet équilibre "ne nous satisfaisait pas parce qu'il ne maintient pas la possibilité pour les actionnaires français de garder la main sur l'emploi, les compétences et le développement du territoire", a justifié M. Le Maire.

Le secrétaire d’État italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi, a toutefois assuré à l'AFP qu'il n'y avait "aucun risque de déplacer des filières de production ou de l'emploi de Saint-Nazaire à Trieste" (Italie), et donc de suppression d'emplois en France.

M. Le Maire a indiqué que la mise en œuvre du droit de préemption, synonyme de nationalisation, impliquerait un engagement financier "limité" pour l’État, de l'ordre de "plusieurs dizaines de millions d'euros".

Selon la proposition française transmise en fin de semaine dernière, Fincantieri obtiendrait 50% du capital de la nouvelle structure, les 50% restants étant répartis entre l’État français (via BpiFrance), Naval Group (ex-DCNS) et les salariés.

Cette proposition a suscité de vives critiques dans la presse et chez les syndicats italiens, alors que Fincantieri était le seul candidat à avoir déposé une offre pour reprendre STX France, filiale florissante du groupe sud-coréen en difficulté STX.

Du côté des syndicats français, Christophe Morel (CFDT) a estimé que "cela n'aurait d'intérêt pour personne" de ne pas parvenir à un accord: "On va repartir dans une période d'incertitudes qui pourrait peser sur de futures commandes potentielles et sans certitude de retrouver un industriel derrière."

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