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En Syrie, la ville d'Alep reprend goût à la vie nocturne malgré la guerre

Alep (Syrie) (AFP) Dimanche 23 Novembre 2014

Des Syriens jouent aux cartes dans un café du quartier chic de Mogambo, en secteur gouvernemental, le 15 novembre 2014 à Alep (AFP-Joseph Eid)

Après avoir sombré dans une profonde neurasthénie, la métropole syrienne d'Alep a retrouvé sa fameuse vie nocturne, ses cafés et ses chanteurs, dans les zones pro-régime et même dans la partie rebelle bombardée au quotidien.

Au Fayrouz, dans le quartier chic de Mogambo, en secteur gouvernemental, Jalaa et ses trois amies dégustent des glaces tout en échangeant des potins entrecoupés de rires sonores.

"Bien sûr, on se plaint du rationnement d'électricité, du manque d'eau, mais la majeure partie du temps, on parle surtout de nos vies, de nos collègues de travail, de ce qu'on a vu à la télévision", explique cette avocate.

Pomponnées et élégantes avec leurs coiffes multicolores, elles s'amusent à échanger des messages et des photos sur leurs téléphones portables tandis qu'un violoniste essaie de se faire entendre.

"Paradoxalement, nous restons moins à la maison qu'avant la guerre pour nous retrouver souvent dans un café du coin", assure Mays, également avocate.

Des Syriennes dînent au restaurant Fairuz, en secteur gouvernemental, le 15 novembre 2014 à Alep (AFP-Joseph Eid)

La guerre a atteint la capitale économique de la Syrie en juillet 2012, lorsque les rebelles se sont emparés de la moitié de la ville septentrionale.

"Au début, nous étions tétanisées, nous n'osions pas sortir, nous avions peur de tout: des tireurs embusqués, du bruit des bombes... Puis cela s'est estompé. Vous avez entendu cette détonation? Et bien, personne n'a sursauté", commente Dibeh, employée à la compagnie d'électricité.

Quand le front s'est stabilisé, une quinzaine de cafés ont ouvert ou rouvert à Mogambo et Aziziyé, aux mains du régime.

"Malgré la guerre nous devons travailler et vivre", résume le gérant du Fayrouz, Jihad Moghrabi, qui s'est installé il y a six mois. "De l'autre côté, ils ont ouvert des restaurants mais ce n'est pas comme ici. Le seul point commun, c'est le café et le narguilé", ajoute cet homme de 30 ans.

- 'Cela va beaucoup mieux' -

Du côté rebelle, à Boustane al-Qasr (est), le patron du restaurant al-Antik ("L'ancien") se félicite de l'amélioration de la situation. "Grâce à Dieu, la sécurité est meilleure et les jeunes gens restent parfois jusqu'à 01H00 du matin", assure Abou Sami.

Des musiciens jouent dans un café-restaurant, en secteur gouvernemental, le 17 novembre 2014 à Alep (AFP-Joseph Eid)

"Notre établissement attire des combattants et est très populaire", dit-il, se disant rassuré par la proximité d'un point de contrôle rebelle.

La plupart des restaurants ont fermé en zone rebelle en raison de la campagne de largage de barils d'explosifs menée par le régime depuis fin 2013 qui a fait des milliers de morts.

Comparé aux zones pro-régime, de tout temps plus riches, la dizaine d'établissements qui survivent ici sont plus traditionnels et populaires: les femmes y viennent toujours accompagnées de leurs maris et on y diffuse des "qoudoud halabiyé" et des Mouachahat (genres de poésie chantée).

"Il y a cinq ou six restaurants ici. J'y vais souvent avec mes amis et parfois en famille. Il y a une partie réservée aux hommes et une autre aux familles", confie Riad al-Hassan.

Mais ce client regrette le bon vieux temps. "Quand la ville était unifiée, on avait beaucoup plus de choix. Les rues ne sont plus aussi sûres car chaque soir il y a des bombardements et des combats".

- 'Oublier la guerre' -

Des Syriens dansent dans une discothèque dans le secteur gouvernemental, le 15 novembre 2014 à Alep (AFP-Joseph Eid)

La vie nocturne est plus trépidante à l'ouest. A Shahba al-Cham, discothèque ouverte tous les soirs à l'ex-hôtel Méridien, une vingtaine de personnes se trémoussent sur une musique assourdissante au milieu d'une piste criblée de laser. Le week-end, leur nombre peut atteindre une centaine.

"Tous mes amis viennent ici", confie Houssam Chaabane, marchand de voitures de 29 ans, accompagné de sa copine Sally, mince et ultra-maquillée.

"Avant, nous avions peur mais on s'est habitué. Il y a deux jours, une bonbonne remplie d'explosifs est tombée près de chez moi et je suis venu ici pour oublier la guerre", assure ce jeune bien bâti, vêtu d'un T-shirt noir.

Dans le quartier des Syriaques, Firas Jeilati, 25 ans, au look intello et à la barbiche noire, dirige Athar al-Farasha ("La touche du papillon"), un café où les artistes viennent chanter ou réciter des poèmes anciens et contemporains.

"Le local appartenait à deux frères qui étaient mes amis. Comme par prémonition, ils m'ont dit que s'il leur arrivait quelque chose je devrais m'en occuper. Une demi-heure plus tard, ils étaient tués chez eux par un obus".

"Je perds de l'argent mais je continuerai jusqu'à bout pour tenir ma promesse", proclame Firas Jeilati.

"Alep est une fontaine de douleurs qui coule dans mon pays", égrène-t-on dans le café, un "qoudoud" d'une résonance particulière aujourd'hui.

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