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Le littoral aquitain mangé par les tempêtes exceptionnelles de l'hiver 2013/2014

Paris (AFP) Vendredi 21 Novembre 2014

Des pelleteuses sur la plage de Lacanau (Gironde) réparent les dégâts des tempêtes avant le début de saison, le 20 mai 2014 (AFP/Archives-Jean-Pierre Muller)

Le littoral aquitain, surtout en Gironde, a été littéralement mangé par la répétition exceptionnelle de tempêtes entre décembre 2013 et mars 2014, au point que la limite entre la terre et la mer a, selon les endroits, reculé de 10 à 40 mètres.

"Il y a eu une succession de fortes tempêtes sur une courte période (...) Le cumul d'énergie généré par les vagues a été deux fois supérieur à la plupart des hivers des 50 dernières années", explique Cyril Mallet, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'un des auteurs d'un nouveau rapport de l'Observatoire de la côte aquitaine sur ces phénomènes.

Xynthia en février 2010, qui avait causé la mort de 47 personnes, était un épisode plus isolé et plus localisé que la déferlante de 2013-2014 sur l'ouest de la France.

"Ces évènements ont provoqué d'importants dégâts et ont fortement traumatisé le littoral", rappelle dans son rapport l'Observatoire (BRGM, Office national des forêts et collectivités), qui a mesuré les conséquences des huit tempêtes ayant frappé les 240 km de côtes en Aquitaine.

Principal enseignement: le "trait de côte", la limite entre la terre et la mer, a enregistré un recul inédit lors des 50 dernières années.

"L'ensemble de la côte a reculé de plus de 10 mètres, parfois 20 à 30 mètres sur certains secteurs et même plus à certains endroits", détaille Cyril Mallet. A Soulac-sur-mer (Gironde), la mer a avancé de 40 mètres et une barre d'immeuble se retrouve désormais au bord d'une falaise.

Autre mesure de cette érosion accélérée: l'épaisseur de sable des plages a diminué de deux mètres et même de 3 à 4 mètres parfois, ce qui fragilise des ouvrages de protection, qu'ils soient naturels comme les dunes ou artificiels (digues, etc..).

L'ampleur historique de cette érosion est-elle réversible ou va-t-elle encore s'accentuer dans les prochaines années, et à quelle vitesse?

Les scientifiques n'ont pas de réponse définitive.

- Déplacer des habitations? -

"Seul le suivi de l'évolution du littoral permettra d'évaluer si les impacts observés sont durables ou si le littoral aquitain offre une capacité de reconstruction naturelle qui gommera tout ou partie des effets des tempêtes", écrivent-ils.

Une pelleteuse renforce la berge devant une maison menaçant de s'effondrer suite à d'importantes vagues à Soulac-sur-Mer (Gironde) le 6 janvier 2014 (AFP/Archives-Jean Pierre Muller)

Chaque année, une partie du sable rendu à la mer par les tempêtes revient en effet l'été par le biais de courants sous-marins, ce qui permet à des plages de se reconstituer. "Cet été, le sable n'est pas revenu comme il aurait dû", tempère toutefois Cyril Mallet.

Autre interrogation: l'érosion du littoral, à l'oeuvre depuis des siècles, est-elle renforcée par le réchauffement climatique?

A ce stade, "nous ne sommes pas en mesure de dire s'il y a un changement de la fréquence et de l'intensité des tempêtes", rappelle Carlos Olivera, chargé des questions climatiques au BRGM. Par contre, "le niveau de la mer monte, de 15 à 20 cm depuis le début du 20e siècle", et selon le chercheur, cela va accentuer le phénomène d'avancée de la mer dans les terres.

Dans un tel contexte, la question de la stratégie à adopter se pose aux collectivités locales et aux gestionnaires des espaces côtiers.

Le sujet est d'autant plus aigu que les littoraux connaissent une croissance démographique plus forte que l'intérieur des terres. En France, la densité de population sur les côtes est 2,5 fois plus élevée que la moyenne nationale.

L'ONF, qui a en charge la gestion de 500 des 7.500 km de côtes françaises, dont 300 sur la façade atlantique, "a choisi une gestion souple", indique Francis Maugeard. "L'objectif n'est pas de fixer le niveau de la mer, mais de le ralentir parfois ou de laisser faire", explique-t-il.

Autrement dit: le temps n'est plus à la construction d'ouvrages en dur. Les techniques de l'ONF mêlent pose de branchages pour retenir le sable, plantation de végétaux et stratégies pour éviter le piétinement des dunes, en limitant l'accès du public.

A certains endroits, "on peut aussi décider de relocaliser des habitations", avance Cyril Mallet. Cinq sites pilotes, dont Lacanau (Gironde), étudient aujourd'hui cette solution.

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