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Le recyclage, une opportunité pour la filière textile

Paris (AFP) Dimanche 21 Décembre 2014

Des femmes travaillent, le 24 février 2010, à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, au centre de tri et de recyclage de vêtements de l'association Le Relais (AFP-Patrick Kovarik)

Faire rêver les fans de mode avec des vêtements recyclés: le pari est osé mais pourrait s'avérer payant pour l'industrie française du textile, qui tente de surfer sur l'intérêt des consommateurs pour une consommation plus écolo.

"Le marché est demandeur en France et en Europe", a souligné le président de l'Union des industries textiles (UIT), Yves Dubief, lors d'un colloque tenu cette semaine à Paris.

De surcroît, "le cadre législatif et réglementaire français est fortement incitatif". Quant aux "acteurs de la collecte, du tri, du recyclage, de la distribution et du luxe, ils sont prêts à s'engager dans des projets collaboratifs", a noté M. Dubief.

L'éco-organisme en charge de la collecte des textiles usagés, Eco-TLC (société privée à but non-lucratif), vient de voir son agrément renouvelé pour la période 2014-2019. Ses objectifs de collecte ont été doublés, de 150.000 tonnes aujourd'hui à 300.000 tonnes à l'horizon 2019 avec un taux de valorisation de 95%.

Eco-TLC collecte environ 2,5 millions de pièces (textile, linge, chaussures) par an, pour une valeur de 13,5 millions d'euros.

Le réemploi des vêtements usagés représente actuellement 60% de la collecte.

Si ce taux se maintient, cela laisserait 120.000 tonnes de textile à recycler en 2019.

Les principaux débouchés sont aujourd'hui la fabrication de chiffons d'essuyage et l'effilochage pour produire des nouveaux textiles, majoritairement en non-tissé et pour une moindre quantité sous la forme de nouvelles fibres.

"Du côté des consommateurs de mode, il y a une appétence certaine pour acheter des vêtements à partir de fibres recyclées", a indiqué Yves Dubief, chiffres à l'appui.

Environ 9% des consommateurs ont déjà acheté pour eux-mêmes des produits en fibres recyclées et 7% pour leurs enfants, selon l'Institut français de la mode (IFM).

"Beaucoup d'opportunités s'ouvrent. On est dans une nouvelle donne avec cette filière créée en 2007-2008 qui parvient peu à peu à maturité", a fait valoir Baptiste Legay, de la direction de la prévention des risques au ministère de l'Ecologie.

"Aujourd'hui, 150.000 tonnes sont collectés contre 800.000 tonnes en Allemagne. Il y a beaucoup de travail à faire en France", a relevé Mehdi Zerroug, de la société de recyclage Framimex.

- Séduire les consommateurs -

Eco-TLC présente le recyclage textile comme "une chance" et aussi "un défi", "créateur de valeur pour les entreprises".

Mais "les produits recyclés décolleront si la mode s'en empare (...) Il faut absolument que ces produits soient attractifs", relativise Jean-Luc Bartharès, d'Eco-TLC.

Un point de vue partagé par Christelle Merter, de l'enseigne Happy Chic: "Le produit doit d'abord être séduisant aux yeux du client" et "créer le coup de cœur". Le "geste pour l'environnement" vient après, ajoute-t-elle.

D'autres créatrices parient sur le recyclé, comme Arielle Levy pour L'Herbe rouge qui veut "concilier économique, écologique et éthique".

Du côté des fabricants de fibres recyclées, comme les Filatures du Parc, dans le Tarn, on insiste sur l'importance du tri qui "doit être très performant et adapté en fonction de l'aval", souligne Serge Crutel.

"Nous avons la volonté de lever les freins technologiques existants, par exemple la séparation des fibres, et de fabriquer de nouveaux supports textiles à partir d'une matière recyclée", a assuré Yves Dubief, le patron de l'UIT.

L'innovation textile est encouragée dans les plans de la Nouvelle France industrielle et pourra donner accès à des financements publics, a-t-il rappelé.

Cependant "il faut trouver des débouchés aux fibres qu'on est capables de produire", insiste Patrick Pollet, de l'entreprise Laroche, leader mondial des machines d'effilochage, en citant le bâtiment, l'ameublement, l'automobile.

Une préoccupation également mise en avant à Bercy où l'on se dit "vigilant à ce que soit systématiquement prise en compte la notion d'impact économique".

"Même s'il y a une dynamique pour recycler (...) il faudrait peut-être encore plus considérer, qu'on ne le fait, les débouchés effectifs", a souligné Marc Dufau, de la Direction générale des entreprises.

Pour l'Union des industries textiles, l'innovation et l'internationalisation sont traditionnellement les deux leviers du développement, mais "le recyclage textile est un troisième facteur clé de notre filière", a affirmé M. Dubief.

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