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RDC: le directeur du parc des Virunga toujours en soins intensifs après une attaque

Goma (RD Congo) (AFP) Mercredi 16 Avril 2014

Le Belge Emmanuel de Mérode (c), directeur du parc national des Virunga, dans l'est de la République démocratique du Congo, et des rangers le 6 août 2012 (AFP/Archives-Michele Sibiloni)

Le Belge Emmanuel de Mérode, directeur du parc national des Virunga, dans l'est de la République démocratique du Congo, était toujours en soins intensifs mercredi après avoir été grièvement blessé la veille, une attaque sans précédent qui a suscité de vives condamnations.

"Il a pris une balle à l'abdomen et une au thorax. Il a été opéré et se trouve toujours en soins intensifs, et selon notre spécialiste en chirurgie, jusque-là, l'espoir est permis", a déclaré à l'AFP Ferdinand Mugisho, chargé de communication à l'hôpital Heal Africa de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu.

"Je lui ai rendu visite ce matin", a indiqué le gouverneur provincial Julien Paluku. "Il est lucide, il parle."

Mardi après-midi, M. de Mérode, âgé de 43 ans et nommé en 2008 directeur du parc, a été attaqué par des hommes armés non identifiés dans une forêt à une trentaine de kilomètres au nord de Goma.

D'après M. Paluku, il était seul au volant de sa jeep et n'avait pas d'escorte.

Les assaillants "n'ont rien pris (...), ils ont tiré et fui dans la forêt", a expliqué mercredi à l'AFP le porte-parole militaire provincial, le lieutenant-colonel Olivier Amuli, précisant que l'armée avait emmené M. de Mérode à Goma des soins.

Le Belge Emmanuel de Mérode, directeur du parc national des Virunga, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 6 août 2012 (AFP/Archives-Michele Sibiloni)

"C'est la première fois que le directeur de Mérode est directement attaqué. Nous ne savons pas encore le mobile de cette attaque", a déclaré Norbert Mushenzi, adjoint de M. de Mérode.

- Frein au tourisme vert-

Cependant, "M. de Mérode venait de déposer auprès du Procureur de la République à Goma un dossier compromettant, résultant de mois - voire d'années - d'enquête sur SOCO International", a affirmé le député belge François-Xavier de Donnea au quotidien "La Libre Belgique".

"Il est très curieux que cette embuscade survienne justement au moment où Emmanuel de Mérode dépose ce dossier. C'est une coïncidence extrêmement troublante", a-t-il ajouté.

SOCO International est une petite société britannique déterminée à mener, avec l'appui du gouvernement congolais, des activités d'exploration pétrolière au sein du parc national des Virunga, ce qui suscite notamment l'inquiétude du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Dans un communiqué transmis mercredi soir à l'AFP, SOCO "condamne" l'attaque contre M. de Mérode, explique qu'elle "ne cautionne aucun type de violence" et souligne que "toute suggestion liant SOCO à ce crime est totalement infondée, diffamatoire et très déplacée".

En octobre, un journaliste congolais travaillant pour des médias internationaux avait été attaqué et son matériel volé par des hommes armés en tenue militaire alors qu'il revenait d'un reportage sur l'exploration pétrolière dans le parc de Virunga.

Créé en 1925 sous la colonisation belge, le parc des Virunga, l'un des plus vieux parcs nationaux d'Afrique, s'étend sur près de 800.000 hectares à la frontière avec l'Ouganda et le Rwanda. Il abrite des gorilles de montagnes et une petite population de gorilles des plaines - menacée d'extinction.

Le Réseau des communicateurs pour l'environnement a dénoncé l'attaque de M. de Mérode comme décourageant "les initiatives de développement et de conservation communautaires", et freinant "le retour progressif du tourisme vert" dans la région, instable depuis près de 20 ans.

- 140 gardes tués depuis 1996 -

Le directeur exécutif du WWF, Lasse Gustavsson, a salué le travail du "conservateur dévoué", mettant "sa vie en jeu chaque jour pour protéger le parc national des Virunga, ses gardes, ses espèces en danger et les personnes qui dépendent du parc pour leur survie".

"Il a commencé à ouvrir la porte aux touristes qui doivent nous apporter de l'argent (...) Même s'il nous interdisait la coupe de bois pour le makala (charbon), il est en train de développer le parc", a confié à l'AFP Valentin, 35 ans, habitant de Goma.

"Emmanuel De Mérode a compris que le parc doit être bénéfique aux populations riveraines. Pourquoi le tuer?", s'est quant à lui interrogé Jacques, 28 ans. "Ce sont les ennemis de la paix qui voulaient le tuer", a rétorqué Suzanne, 27 ans.

Depuis 1996, date de la première guerre du Congo, plus de 140 gardes du parc des Virunga ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions, entre autres par des rebelles locaux ou étrangers, selon la direction du parc, classé au patrimoine mondial de l'Unesco en 1979.

En 1994, l'Unesco a inscrit le parc sur sa liste du patrimoine mondial "en péril". Plus que la déforestation ou encore le braconnage, ce sont les dommages irréparables que causerait une éventuelle exploitation pétrolière qui inquiètent les défenseurs de la nature.

Le lieutenant-colonel Amuli a assuré mercredi qu'une enquête était en cours sur l'attaque.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a invité mercredi "les autorités congolaises à mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires pour faire la lumière sur cette attaque", assurant que la Belgique suivrait "de près la progression de l'enquête".

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