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Ski, loisirs à gogo et vue sur Paris: le rêve d'Auchan indigne les écolos

Gonesse (France) (AFP) Vendredi 19 Septembre 2014

La banderole d'opposants au projet EuropaCity à Gonesse (AFP-)

Cinq cents boutiques, des salles de spectacle, un parc aquatique... et même une piste de ski : l'immense complexe EuropaCity, que le groupe Auchan rêve d'ouvrir d'ici 2025 aux portes de Paris, cristallise les passions, sur fond d'interrogations sur la viabilité économique du projet.

"Ambitieux", "utopique", "démesuré"... Le programme d'Immochan, filiale immobilière du groupe nordiste, prévoit l'urbanisation de quelque 80 hectares de terres agricoles situées dans le "triangle de Gonesse" (Val-d'Oise) -- où les opposants se mobilisent ce week-end.

Coût estimé de cette opération, qui doit renforcer l'attractivité de l'une des zones les plus déshéritées de la région parisienne : près de deux milliards d'euros. Soit le plus gros projet d'un investisseur privé en France depuis la construction de Disneyland Paris en 1992.

"L'objectif, c'est de constituer un morceau de ville, avec un ensemble de parcs, de rues", ni un centre commercial classique ni un parc d'attraction +à proprement parler+", explique Christophe Dalstein, directeur du projet chez Immochan. Le site, "librement accessible", "s'adressera à tous les Franciliens, mais aussi aux touristes", précise-t-il.

- 'Prévisionnel flamboyant' -

Confié à l'architecte danois Bjarke Ingels, le complexe, situé à moins de 20 km au nord de Paris, sera desservi par une station du futur métro automatique en rocade, la ligne 17, une condition sine qua non posée par le promoteur. Articulé autour d'une place centrale, EuropaCity sera recouvert d'un toit végétalisé, formant collines et vallons.

Le maire PS de Gonesse Jean-Pierre Blazy regarde un plan, à la mairie (AFP-)

Il y aura "2.700 chambres d'hôtels, 20.000 m² de restaurants, deux salles de spectacles et une salle dédiée au cirque contemporain", détaillent les promoteurs.

Mais aussi un parc d'attraction, un centre aquatique, une ferme avec cueillette, un marché aux puces et un "parc des neiges" de 30.000 m², avec pistes de ski et remontées mécaniques.

Folie des grandeurs ? Pari sur l'avenir ? "Le gigantisme peut faire peur, mais ce ne sera pas un frein à la performance du lieu", estime Rodolphe Bonnasse, expert consommation pour le cabinet de conseil de conseil CA com, qui qualifie le projet de "stratégique" pour le groupe Auchan, troisième distributeur français.

La famille Mulliez, propriétaire de la marque et de ses satellites, est "réputée pour avoir la tête sur les épaules", acquiesce Didier Arino, directeur de Protourisme. "Mais il faut toujours se méfier du prévisionnel flamboyant des promoteurs. D'autant que les projets hybrides, comme c'est le cas ici, sont compliqués à mettre en oeuvre", met-il en garde.

- 30 millions de visiteurs -

Et les interrogations ne manquent pas. "C'est le modèle du projet sous cloche, une bulle parfaite où le citadin est censé trouver son bonheur de tous les instants", critique le géographe Michel Lussault, qui y voit "la signature architecturale de la puissance financière."

Sur place, les opposants sont vent debout. "EuropaCity va avoir un impact désastreux. C'est un projet caricatural", tonne Alain Lennuyeux, président du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), qui fédère une vingtaine d'associations hostiles au projet.

Au coeur des préoccupations, la disparition de terres dédiées à l'agriculture. "Ce sont les espaces agricoles les plus proches de Paris, des terres d'une excellente qualité. On en a besoin pour l'autosuffisance alimentaire de l'Ile-de-France", assure Bernard Loup, président de Val-d'Oise environnement.

Grief supplémentaire : EuropaCity, qui ambitionne d'accueillir 30 millions de visiteurs par an, arrive dans une zone déjà saturée de centres commerciaux, avec O'Parinor (220 boutiques) à Aulnay-sous-Bois et Aéroville (200 boutiques), inauguré en 2013 près de l'aéroport de Roissy. "Les gens n'ont pas 50 porte-monnaies", s'agace Alain Lennuyeux.

Des arguments balayés par le député-maire de Gonesse Jean-Pierre Blazy (PS). "On n'est pas sur un projet de centre commercial, c'est différent. Et puis le triangle de Gonesse ne va pas être entièrement urbanisé: plusieurs centaines d'hectares resteront à vocation agricole", insiste l'élu.

Certes "on va bouffer de la terre à blé, mais ça ne va pas changer fondamentalement les choses" pour la production agricole, reconnaît Jean-Michel Roux, urbaniste, pourtant très critique vis-à-vis du projet. "Ca fait très longtemps que le triangle de Gonesse est dans le collimateur des aménageurs".

- 'On n'est pas au Qatar' -

Chômage élevé, manque d'attractivité, enclavement... Pour la municipalité, le projet du groupe Auchan fait figure de planche de salut, dans un contexte socio-économique compliqué. "EuropaCity ne suffira pas à régler tous les problèmes, mais c'est une chance qu'il faut saisir", estime M. Blazy.

Selon Immochan, le complexe va créer 17.500 emplois pérennes, dont 11.500 emplois directs. Des chiffres à relativiser, selon Alain Lennuyeux: "on parle des emplois créés, pas de ceux qui seront détruits, notamment dans les commerces de centre-ville", assure le président du CPTG.

Pour donner de la voix, le collectif, soutenu par les écologistes d'EELV, organise ce week-end un rassemblement, avec concerts et stands associatifs, à quelques mètres du futur site. Ses militants rêvent de voir se constituer une opposition digne d'un "nouveau Notre-Dame-des-Landes".

De quoi contrecarrer les ambitions d'Immochan ? "Les opposants sont une minorité", minimise le maire de Gonesse, qui dénonce une posture "intégriste". "Le débat doit avoir lieu dans le cadre du débat public", qui débutera au cours de l'hiver. "C'est aux habitants du territoire de décider", ajoute l'élu.

Ce bras de fer, Dominique Plet, agriculteur de 70 ans, dit s'y préparer avec résignation. "Si EuropaCity voit le jour, mon exploitation perdra 30 hectares, elle ne sera plus viable", déplore ce céréalier dont le fils de 20 ans souhaite reprendre l'activité. "Ces terres, on les cultive depuis cinq générations, on n'a pas envie de les quitter".

Devant lui, un champ de maïs arrivé à maturité s'en va mourir à l'horizon, le long de l'autoroute A1. Au loin se distinguent les silhouettes du Sacré-Coeur et de la Tour Eiffel. "Vous imaginez, là, une piste de ski ? On n'est pas au Qatar !", ricane l'agriculteur.

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