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Enquête délicate aux Stup' sur la disparition de 50 kg de cocaïne

Paris (AFP) Vendredi 01 Août 2014

L'entrée du siège de la police judiciaire de Paris au 36 quai des Orfèvres, le 1er août 2014 (AFP-Kenzo Tribouillard)

Une énigme digne d'un polar: l'enquête se poursuivait vendredi au 36 Quai des Orfèvres, siège mythique de la police judiciaire parisienne, pour tenter d'éclaircir le mystère de la disparition de plus de 50 kg de cocaïne qui avaient été placés sous scellés.

Les hommes de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, la "police des polices"), communément appelés les "boeuf-carottes" pour leur célérité à asticoter leurs collègues "ripoux" , sont retournés vendredi matin à la brigade des stup'.

Ils avaient déjà passé une partie de la nuit au "36", où ils ont entendu plusieurs policiers et, aidés de chiens spécialisés dans la détection de stupéfiants, cherché en vain les quelque 51 kg de cocaïne envolés, estimés à la revente entre deux et trois millions d'euros, a-t-on appris de sources proches de l'enquête.

Ils ont même cherché dans les autres unités qui jouxtent les stups', comme la célèbre brigade criminelle, ont ajouté ces sources, sans plus de précision sur les suites de l'enquête, qui s'avère "très délicate" et "sous tension".

Tous les enquêteurs de la brigade des stupéfiants de la PJ, soit une centaine de personnes, devront être entendus par l'IGPN.

La cocaïne avait été saisie début juillet par cette brigade lors d'une enquête sur un réseau de ressortissants sénégalais soupçonnés d'alimenter le nord de Paris. Plusieurs personnes avaient été arrêtées.

La drogue avait été entreposée avec les scellés de l'affaire, comme il est d'usage, dans une pièce sécurisée mais où il n'y a pas de caméra de surveillance, a constaté l'IGPN, et dont seules trois personnes auraient la clé.

Elle était encore là le mercredi 23 juillet, selon les tout premiers éléments de l'enquête, mais n'y était plus jeudi 31, quand sa disparition a été constatée fortuitement.

- 'Electrochoc' -

L'affaire secoue le "36", ce lieu historique immortalisé par le commissaire Maigret, où ont défilé les plus grands criminels et qui a été le cadre de nombreux tournages télévisés et de cinéma. Il a célébré avec faste son centenaire en 2013 et est considéré dans la police comme une institution.

La plupart des policiers interrogés vendredi par l'AFP faisaient part de leur "incrédulité" et indiquaient pour la plupart ne pas croire à un vol.

"Ce serait un coup de tonnerre, un électrochoc si c'est avéré", ont dit des sources policières, d'autant que le "36" a été secoué par un scandale il y a quelques mois, inédit comme l'est cette nouvelle affaire. Deux policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), l'"antigang", installée non loin des Stups', ont été mis en examen en avril, soupçonnés d'avoir violé une Canadienne de 34 ans.

Il y a "plusieurs scénarios possibles", ont avancé ces sources policières.

Des journalistes le 31 juillet 2014 devant le 36 Quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire parisienne (AFP-Pierre Andrieu)

Une disparition, pendant un transport par exemple, et "cela poserait le problème des locaux vieillots et inadaptés" du "36". Il doit d'ailleurs déménager en 2016 dans le quartier des Batignolles, où s'installera également le Palais de justice qui lui est actuellement adossé dans l'Ile de la Cité.

Un "règlement de comptes" dans le service, où il y aurait des "tensions internes" depuis quelques mois, est aussi une hypothèse avancée par ces sources.

Un vol enfin et, dans ce cas, qui? et comment a-t-on pu "transporter une telle quantité sans éveiller l'attention" ?

La préfecture de police de Paris (PP), dont dépend la PJ, a elle aussi envisagé ces scénarios dans un communiqué diffusé jeudi soir. Et si l'enquête, a-t-elle écrit, démontre "que des manquements aux règles déontologiques ont été commis, des sanctions très fermes seront immédiatement prises".

Si vol il y a eu, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, interrogé par BFM-TV en marge d'un séminaire gouvernemental, a lui aussi promis qu'il serait "impitoyable".

Synergie, second syndicat d'officiers de police, s'est déclaré "abasourdi". Dans un communiqué, il prévient "qu’il ne laissera pas salir un service d’élite" de la PJ, qu'il dit soutenir, "à cause d’un imbroglio dont les tenants et les aboutissants restent à déterminer".

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