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Sivens: les élus du Tarn décident de l'avenir du barrage, les opposants manifestent

Albi (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Des opposants au barrage de Sivens manifestent le 27 octobre 2014 à Albi (AFP/Archives-Remy Gabalda)

Les élus du Tarn décident, vendredi, de l'avenir du chantier de barrage contesté de Sivens, cinq jours après la mort d'un jeune opposant au projet pendant des affrontements avec les gendarmes, qui a suscité un émoi national.

De leur côté, les opposants ont appelé à se rassembler dès 08H00, dans la ville habituellement tranquille d'Albi, devant le Conseil général où les élus doivent siéger à partir de 09H30.

Au début de la séance, une minute de silence devrait être observée, en mémoire de Rémi Fraisse, Toulousain de 21 ans, mort dimanche à Lisle-sur-Tarn, sur le site du chantier de la future retenue d'eau.

Le département du Tarn, dirigé depuis 23 ans par le socialiste Thierry Carcenac, est maître d'ouvrage de ce barrage-réservoir. Jusqu'à présent, un seul des 46 conseillers généraux s'est opposé au projet.

La photo de Rémi Fraisse sur le lieu où son corps a été retrouvé, le 29 octobre 2014 sur le site de Sivens près de Gaillac (AFP/Archives-Remy Gabalda)

Mais les élus tarnais se retrouvent aujourd'hui sous pression, au coeur d'une polémique nationale particulièrement vive. Car la mort de Rémi Fraisse a tout bouleversé. L'enquête privilégie désormais la thèse d'un décès dû à l'explosion d'une grenade offensive lancée par un gendarme. Et dans différentes villes, des manifestants crient: "Carcenac, y'a du sang sur ton barrage".

La France s'interroge sur la légitimité même du projet, contesté localement depuis 2011, et qui avait été qualifié de "non sens" et de "stupidité" avant même le drame, par les élus écologistes José Bové et Noël Mamère.

Poursuivre le chantier, l'arrêter provisoirement ou l'abandonner définitivement? Thierry Carcenac a déjà annoncé qu'il envisageait de "suspendre les travaux" mais "en aucun cas +sine die+" (de manière indéfinie).

- Des mois de contestation -

Il va falloir tout remettre "à plat", a-t-il dit, dans l'idée d'"améliorer" le projet en suivant les préconisations des experts mandatés par la ministre de l'Écologie Ségolène Royal. Dans un rapport sévère, ces ingénieurs ont jugé le projet surdimensionné et coûteux.

Travaux de déboisement le 9 septembre 2014 sur le site de Sivens près de Gaillac (AFP/Archives-Remy Gabalda)

"L'ensemble des conseillers généraux est prêt à optimiser ce projet pour réduire au maximum son impact environnemental", a assuré le député socialiste Jacques Valax, conseiller général du Tarn depuis 19 ans. Pour lui, le projet doit bien être mis en œuvre, en dépit de la contestation: "il en va de la pérennité de nos institutions", dit-il.

Plus de huit millions d'euros doivent être dépensés pour la construction de ce barrage-réservoir, destiné à sécuriser l'irrigation des cultures.

Avec son plan d'eau de 34 hectares, l'ouvrage permettrait de stocker 1,5 millions de mètres cubes d'eau. Si elle correspond au volume de 400 piscines olympiques, cette retenue apparaît "modeste", comparée à d'autres grands barrages-réservoirs déjà construits.

Dans une "lettre aux habitants", en septembre, M. Carcenac invoquait "la raréfaction de l'eau" qui oblige à "constituer des réserves". Et l'élu rappelait que les travaux, encadrés par de nombreux gendarmes, avaient "démarré en toute légalité" et que la justice n'avait encore jamais donné raison aux opposants.

Jacques Pagès (divers gauche) - seul conseiller général du Tarn ayant voté "contre" le projet de barrage - se dit "très pessimiste" sur l'issue des débats. Car dans leur rapport publié lundi, "les experts mandatés par le ministère de l’Écologie expliquent pourquoi il n'aurait pas fallu faire ce barrage", dit M. Pagès. "Mais les mêmes experts concluent que maintenant, il va falloir le faire quand même, parce qu'il est déjà trop avancé... C'est affligeant!"

Manifestants face aux forces de l'ordre le 26 octobre 2014 sur le site de Sivens près de Gaillac (AFP/Archives-Pascal Pavani)

Pendant des mois, avant que la confrontation ne dégénère en affrontements, des opposants avaient multiplié les actions en justice, grèves de la faim, manifestations, occupations des lieux, quitte à vivre perchés dans les arbres. Ils tentaient, en vain, d'empêcher la destruction de 13 hectares de "zones humides" qui abritait 94 espèces protégées, selon eux.

Aujourd'hui, plusieurs centaines d'opposants - parmi les plus radicaux - occupent le terrain défriché.

Le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe de nombreux opposants au barrage, demande directement au chef du gouvernement Manuel Valls de prononcer "l'abandon immédiat du projet". Et il réclame "un dialogue", pour que ses "propositions alternatives" soient prises en compte.

Le syndicat des Jeunes agriculteurs du Tarn exige, lui, des "actions fortes" des autorités. Il veut absolument voir "réaliser" ce projet qu'il juge "nécessaire et urgent" pour "assurer la vie économique d'un territoire rural pauvre".

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