
Le ton est monté samedi entre le gouvernement et l'UMP, qui se sont accusés mutuellement d'attiser les tensions samedi, à la veille de la manifestation à Paris des opposants au mariage homosexuel qui fait craindre des débordements et met la police sur les dents.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, visant clairement Jean-François Copé, a reproché aux responsables UMP qui appellent à manifester de prendre "une lourde responsabilité en provoquant la crispation et la radicalisation". Il a appelé les organisateurs à "une très grande vigilance".
En réponse, le président de l'UMP, qui sera aux côtés des opposants dans la rue, comme les 13 janvier et 24 mars, a considéré que M. Ayrault et le ministre de l'Intérieur Manuel Valls étaient "saisis de panique".
"Ils se livrent donc à des tentatives inacceptables de pression et d'intimidation pour tenter de décourager les centaines de milliers de Français qui s'apprêtent à exprimer pacifiquement leur mécontentement dans la rue", a affirmé M. Copé, qui a aussi condamné par avance toute violence.
Sur le thème "la gauche et Harlem Désir n'ont pas le monopole de la rue", plusieurs responsables UMP s'en sont également pris au premier secrétaire du PS, qui a appelé "solennellement" M. Copé à renoncer à accompagner "La Manif pour tous" une dernière fois, alors que la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels a été promulguée par François Hollande le 18 mai.
La préfecture de police, très critiquée après les violences qui ont gâché le 13 mai la fête du PSG, va mobiliser 4.500 policiers et gendarmes pour encadrer les quatre cortèges prévus dans la capitale.
Les organisateurs annoncent une mobilisation "massive", avec trains et cars venus de province, et escomptent une participation semblable à celle de leur manifestation du 24 mars, lorsqu'ils avaient mis "plus d'un million de personnes dans la rue".
La police s'attend à environ 200.000 manifestants et chiffre à quelques centaines les "ultras" qui pourraient vouloir en découdre pour ce "baroud d'honneur".
Le ministre de l'Intérieur a fait part ces derniers jours de son inquiétude face "aux menaces" que font peser sur la manifestation des "groupes radicaux d'extrême droite", soupçonnés de vouloir "créer l'affrontement et le désordre". Samedi Manuel Valls a réitéré ses craintes et "déconseillé" aux familles avec enfants de participer à la manifestation.
Jean-François Copé, avec plusieurs ténors de l'UMP (Henri Guaino, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez) est de ceux qui prendront part à la manifestation pour témoigner de leur opposition à la loi et "plus globalement à la politique familiale du gouvernement".
Depuis plusieurs semaines, le patron du premier parti d'opposition ne cache pas qu'il compte attirer vers l'UMP cette nouvelle "génération" politique descendue dans la rue contre le mariage homosexuel. "L'étape suivante" de l'engagement sera dans les urnes "aux élections municipales de 2014", a-t-il encore souhaité samedi.
"Manif de la colère"
De son côté, le Front national n'a donné aucune consigne mais aura aussi une délégation dans la manifestation, en présence notamment de la députée Marion Maréchal-Le Pen.
Le collectif "la Manif pour tous", fer de lance depuis l'automne de la contestation, a prévu trois cortèges, qui vont traverser Paris à partir de 14H00, avec les Invalides comme point de ralliement. Deux défilés partiront de l'ouest (Porte Dauphine et Porte de Saint-Cloud), un de l'est, près de la gare d'Austerlitz.
Dans le même temps, l'institut Civitas, proche des catholiques intégristes, organise une manifestation, à partir de 14H30, de la place du général Catroux, dans le nord-ouest de la capitale, jusqu'à l'Opéra. Le président de Civitas, Alain Escada, qui veut aussi mobiliser l'extrême droite nationaliste, a donné le ton: ce sera "la manif de la colère", pas "la manif en chantant ou en dansant", allusion au style de "La manif pour tous" dont l'égérie, Frigide Barjot, est désormais débordée par sa droite.
Cette dernière a d'ailleurs fait état de menaces, de craintes qui l'ont amenée à envisager d'être absente de la manifestation de dimanche.
Parmi les opposants au mariage homosexuel, une tendance plus radicale est représentée par le "Printemps français", nébuleuse que Manuel Valls a menacée vendredi de dissolution en raison de ses excès et de sa "phraséologie factieuse".
La manifestation de dimanche devrait être le dernier rassemblement de grande ampleur.
MM. Ayrault et Valls ont rappelé que la loi, votée définitivement par le Parlement le 23 avril, avait été promulguée dans la foulée du feu vert du Conseil constitutionnel. "C'est la loi de la République", a dit samedi le Premier ministre. La première union d'homosexuels est prévue mercredi prochain à Montpellier.
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