Vous êtes ici : Accueil / Info en Continu / Média / Birmanie: des journalistes racontent avoir été cagoulés et privés de sommeil

Birmanie: des journalistes racontent avoir été cagoulés et privés de sommeil

Yangon (Birmanie) (AFP) Mardi 17 Juillet 2018

Diminuer le texte Taille par défaut Augmenter le texte
Imprimer Ajouter aux favoris
Partager sur Facebook

Le journaliste birman Wa Lone, arrive au tribunal de Yangon pour son procès, le 17 juillet 2018 (AFP-Ye Aung THU)

Deux journalistes de l'agence Reuters en Birmanie ont été cagoulés et privés de sommeil après leur arrestation alors qu'ils enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane rohingya, a raconté mardi l'un d'entre eux devant un tribunal.

Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, des Birmans travaillant pour cette agence de presse, sont accusés par la police de détention de documents classés secrets relatifs aux opérations des forces de sécurité en Etat Rakhine, une région de l'ouest théâtre du drame rohingya, qui relèvent, selon l'ONU, de "l'épuration ethnique". En détention préventive depuis décembre 2017, ils encourent jusqu'à 14 ans de prison.

"Des policiers nous ont emmenés dans un endroit mais ont couvert nos têtes avec des cagoules", a déclaré Wa Lone devant le tribunal, ajoutant qu'il avait réalisé plus tard qu'il s'agissait d'un bâtiment connu pour ses pratiques de torture à l'égard des suspects.

"Ils nous interrogeaient toutes les deux heures et nous n'avons pas pu dormir pendant trois jours", a-t-il expliqué. Selon l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, le recours à la privation pour obtenir des informations de sommeil est interdit par le droit international.

Les deux reporters enquêtaient sur le massacre de dix Rohingyas dans le village d'Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l'armée avait reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs de cette communauté le 2 septembre 2017. Sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour cette tuerie.

Les policiers ont essayé de les persuader de ne pas publier leur article sur le massacre en leur proposant de négocier leur détention, a affirmé Wa Lone, ajoutant qu'on leur avait demandé pourquoi ils écrivaient sur la mort de musulmans alors qu'eux-mêmes étaient bouddhistes.

"Ils nous ont dit que nous ne devrions pas écrire cet article alors que les gens qui ont été tués étaient Kalar", a-t-il raconté, en référence à un terme péjoratif désignant les musulmans et les habitants d'Asie du Sud en Birmanie.

Les opérations de l'armée et de milices bouddhistes contre les Rohingyas ont poussé à s'exiler au Bangladesh plus de 700.000 membres de cette minorité.

Les militaires, au pouvoir en Birmanie pendant des décennies, continuent à y tirer de nombreuses ficelles malgré la mise en place en 2016 du gouvernement civil de la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2018 Agence France-Presse.
Toutes les informations (texte, photo, vidéo, infographie fixe ou animée, contenu sonore ou multimédia) reproduites dans cette rubrique (ou sur cette page selon le cas) sont protégées par la législation en vigueur sur les droits de propriété intellectuelle. Par conséquent, toute reproduction, représentation, modification, traduction, exploitation commerciale ou réutilisation de quelque manière que ce soit est interdite sans l’accord préalable écrit de l’AFP, à l’exception de l’usage non commercial personnel. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des retards, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus dans le domaine des informations de presse, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations. AFP et son logo sont des marques déposées.