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France Télévisions: le CSA les doigts dans la crise

Paris (AFP) Vendredi 22 Mai 2015

Delphine Ernotte, alors directrice exécutive d'Orange, à Paris le 17 mars 2015 (AFP/Archives-ERIC PIERMONT)

Ce devait être la décision emblématique du pouvoir retrouvé du CSA, mais la nomination de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions a plongé l'institution dans une crise qui prend une tournure politique, avant l'audition parlementaire mardi de son président Olivier Schrameck.

Quelques semaines avant l'élection de la future présidente du groupe audiovisuel public, les critiques s'étaient concentrées sur un mode de désignation jugé tour à tour "opaque", "mystérieux" ou "anti-démocratique".

La nomination le 23 avril de Delphine Ernotte, après l'éviction dès le premier tour de poids lourds de l'audiovisuel, n'a fait que nourrir ces critiques et alimenter les soupçons.

Des sages du Conseil supérieur de l'audiovisuel - dont son président - ont-ils manqué à leur devoir d'équité en "bricolant" pour que la directrice exécutive d'Orange France soit élue, comme l'affirme Mediapart dans une récente enquête et ainsi que l'assure à l'AFP un candidat malheureux ?

Olivier Schrameck, président du CSA, avant une audition à l'Assemblée nationale, le 7 avril 2015 (AFP/Archives-STEPHANE DE SAKUTIN)

"Si on arrive à savoir si l'un des sages a fait campagne pour un candidat, si les dés ont été pipés, ce sera utile pour tout le monde", confie à l'AFP une source interne au CSA.

"Pourquoi y a-t-il eu tant de secret ? Pour mieux préparer l'émergence d'un candidat en particulier ?" s'interroge cette même source, qui estime que les membres du CSA "ont des comptes à rendre".

Selon Mediapart, Olivier Schrameck et Sylvie Pierre-Brossolette, ainsi que Nathalie Sonnac et Nicolas Curien, tout deux nommés parmi les huit conseillers en janvier, ont fait "cause commune" pour Delphine Ernotte. Sylvie Pierre-Brossolette aurait notamment organisé un rendez-vous entre la candidate et l'homme d'affaires François Pinault, proche de François Hollande. Contactée par l'AFP, la conseillère n'a pas souhaité réagir.

L'entourage de Delphine Ernotte nie toute "campagne interne" au CSA en sa faveur. "Elle a rencontré François Pinault, comme elle a vu une cinquantaine de personnes entre janvier et avril (...) et ce n'est pas sur le conseil de Sylvie Pierre-Brossolette", insiste-t-on.

Le jour du premier tour, ces quatre sages auraient réussi à évincer plusieurs postulants sérieux, les candidats devant recueillir au moins cinq voix sur huit pour se hisser au second tour.

L'élimination de Marie-Christine Saragosse, présidente de France Média Monde, de Didier Quillot, ex-patron de Lagardère Active et d'Orange France, et d'Emmanuel Hoog, PDG de l'Agence France-Presse (AFP) - bien que ce dernier n'ait jamais rien dit de ses intentions - avait fortement surpris.

- 'Règlement de comptes' -

"Pourquoi n'y a-t-il pas eu une session de repêchage quand on a vu que des poids lourds n'étaient pas dans la sélection?" s'interroge une source au CSA, précisant que cela avait pourtant été prévu oralement.

M. Schrameck, qui sera auditionné mardi par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale, devra répondre à des questions sur la procédure de désignation mais dans la limite du secret des délibérations, prévu par la loi.

Cette audition ne devrait toutefois pas déboucher sur l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire, réclamée par le président du groupe UMP de l'Assemblée, Christian Jacob.

"On fait une audition parce qu'il n'y a pas, de mon point de vue et avant l'audition de Olivier Schrameck, d'éléments constitutifs d'une commission d'enquête parlementaire. C'est-à-dire une irrégularité ou une illégalité caractérisée traduisant un dysfonctionnement majeur", déclare à l'AFP Patrick Bloche, le président PS de la commission.

"L'opposition, et tout particulièrement le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, sont à la manoeuvre dans cette affaire. Nous ne sommes pas dupes", ajoute-il à propos de ce qu'il qualifie "d'opération politique".

"Il est un peu surprenant qu'on s'étonne que le CSA exerce un pouvoir qu'on lui a confié" de nouveau sous la présidence Hollande, abonde le député UMP Franck Riester, opposé à une commission d'enquête.

Après la grève à Radio France, défiant le jeune patron Mathieu Gallet nommé par le CSA, le dossier France TV a fini de plomber l'ambiance. "On rase les murs, on n'ose plus parler, on a peur d'être accusé. (...) Il y a une atmosphère de règlement de comptes autour de la table", glisse-t-on en interne.

Selon plusieurs sources, confirmant une information du Monde, Olivier Schrameck aurait menacé les sages du CSA de poursuites judiciaires en cas de fuites sur les conditions de désignation de Delphine Ernotte. Des menaces formellement démenties par le CSA.

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