Vous êtes ici : Accueil / Info en Continu / Média / Minute jugé pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe

Diminuer le texte Taille par défaut Augmenter le texte
Imprimer Ajouter aux favoris Parler de cet article à un ami
Partager sur Facebook

Minute jugé pour avoir comparé Christiane Taubira à un singe

Paris (AFP) Lundi 22 Septembre 2014

Un homme lit la une de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute qui avait comparé Christiane Taubira à un singe en 2013, à l'Assemblée nationale le 12 novembre 2013 (AFP/Archives-Pierre Andrieu)

Sa Une avait suscité une vague d'indignation: l'hebdomadaire d'extrême droite Minute doit répondre mercredi du délit d'injure raciale devant la justice pour avoir comparé la ministre de la Justice Christiane Taubira à un singe.

En couverture de son édition du 13 novembre 2013, une photo de la garde des Sceaux titrée "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane". Et ce alors que Mme Taubira avait été la cible peu de temps auparavant d'injures racistes.

Le soir même au 20 heures de France 2, la ministre avait dénoncé des propos "d'une extrême violence", qui "dénient mon appartenance à l'espèce humaine". "J'encaisse le choc mais c'est violent pour mes enfants, pour mes proches et pour tous ceux qui ont une différence", avait-elle ajouté.

Au Parlement, à la sortie du Conseil des ministres, sur Twitter ou dans les médias, responsables politiques de tous bords, militants antiracistes et anonymes lui ont apporté leur soutien. Le journal a aussi essuyé les foudres de toute la classe politique, du PCF qui condamne une couverture "raciste, minable et stupide" au Front national qui la juge "inadmissible et extrêmement choquante".

Fidèle à sa ligne de conduite consistant à ne pas engager des poursuites contre les attaques racistes à son encontre, Christiane Taubira n'avait pas déposé plainte. Mais après signalement du Premier ministre de l'époque Jean-Marc Ayrault au procureur de Paris, le parquet avait ouvert une enquête et poursuit le directeur de la publication de Minute devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

"Une parution comme celle-là, ce n'est pas de l'information, c'est une infraction qui appelle une sanction", avait déclaré le locataire de Matignon.

"Nous ne sommes pas du tout racistes", s'était défendu Jean-Marie Molitor, reconnaissant un "jeu de mots horrible", "du mauvais goût à l'état pur". "C'est de la satire mais ce n'est pas un délit", avait-il estimé.

- Un dessin passé inaperçu -

Son avocat Frédéric Pichon invoque une volonté du journal de traiter par l'"outrance", la "provocation, une situation qui est grotesque" selon lui.

Peu de temps avant, Mme Taubira avait été visée par des injures lors d'une manifestation d'opposants au mariage homosexuel à Angers. "Les paroles d'une gamine de dix ans deviennent une affaire d'Etat, c'est quand-même délirant", estime Me Pichon, qui voit chez la garde des Sceaux "une volonté de victimisation" pour "attirer la compassion et détourner l'attention des Français par rapport aux vrais problèmes".

Le tribunal se penchera également sur un dessin, passé relativement inaperçu, paru dans Minute fin octobre 2013. Il représentait un singe, versant une larme, dont l'avocat déclarait: "mon client porte plainte pour avoir été odieusement caricaturé en Taubira".

Le dessinateur et le directeur de la publication sont poursuivis, également pour injure publique à caractère racial, délit puni d'une peine maximale de six mois de prison et 22.500 euros d'amende.

Mi-octobre 2013, Anne-Sophie Leclère, ex-tête de liste FN aux municipales à Rethel (Ardennes), avait elle aussi comparé Christiane Taubira à un primate. Elle a été condamnée le 15 juillet par le tribunal correctionnel de Cayenne (Guyane) à neuf mois de prison ferme, 5 ans d'inéligibilité et 50.000 euros d'amende et a fait appel.

Dans un reportage diffusé sur France 2, Anne-Sophie Leclère, assumait sans difficulté le photomontage publié sur sa page Facebook comparant un petit singe (avec la mention "à 18 mois") à la garde des Sceaux ("maintenant"). Niant tout "racisme", cette commerçante expliquait néanmoins préférer voir Mme Taubira "dans un arbre après les branches que comme ça, au gouvernement". Elle avait été exclue du FN à trois mois des municipales.

Au terme d'une enquête préliminaire, le parquet de Paris avait renvoyé Mme Leclère en correctionnelle pour injure raciale. Ce dossier doit également être appelé à l'audience de mercredi, mais ne devrait pas être jugé, en vertu du principe selon lequel on ne peut en effet être jugé deux fois pour les mêmes faits.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2014 AFP Agence France-Presse.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.