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Une fois par an, Obama rit de tout (ou presque)

Washington (AFP) Samedi 25 Avril 2015

Le président américain Barack Obama à McLean en Virginie le 24 avril 2015 (AFP/Archives-JIM WATSON)

Rire. De la presse, de ses adversaires politiques, et de soi-même. Une fois par an, c'est le rôle assigné au président des Etats-Unis. Pour la septième fois, Barack Obama s'apprête à se plier à l'exercice, samedi soir.

Rituel immuable dans la capitale fédérale américaine: l'Association des correspondants de la Maison Blanche (WHCA) organise un grand dîner au printemps, rendez-vous du tout-Washington au cours duquel le président monte à la tribune pour décocher ses flèches avant de se faire épingler à son tour par un humoriste.

Le teint étonnement orange du chef de la Chambre des représentants, la frange éphémère de Michelle Obama, les obsessions de CNN: devant plus de 2.000 journalistes, politiques et célébrités d'Hollywood rassemblés dans l'immense salle de bal du Washington Hilton, le commandant en chef des forces armées américaines égrène les bons mots.

L'exercice consiste, d'abord, à faire rire à ses dépens.

"En 2008, mon slogan était Yes We Can! En 2013, mon slogan était Ctrl+Alt+Sup !", a lancé l'an dernier M. Obama, en référence au démarrage calamiteux du site internet dédié à la mise en place du nouveau système d'assurance-santé, réforme phare de sa présidence.

En 1993, au plus bas dans les sondages après ses 100 premiers jours au pouvoir, Bill Clinton s'attarde longuement sur son démarrage difficile: "Je ne suis pas en si mauvaise posture que cela. Après ses 100 premiers jours en fonction, Henry Harrison (9e président des Etats-Unis) était déjà mort depuis 68 jours".

Le jeu consiste à trouver le ton juste: être incisif, sortir autant que possible des blagues répétées tout au long de l'année, tout en évitant la dérapage.

"Ce n'est pas une science exacte", raconte Jeff Shesol, ancien "speechwriter" de Bill Clinton, qui a participé à la rédaction de ces discours avec Mark Katz, humoriste qui venait en aide au 42e président des Etats-Unis à ce moment précis de l'année.

"Quand un comédien fait une blague méchante, c'est une chose, quand c'est le président des Etats-Unis qui se moque de quelqu'un, devant plus de 2.000 personnes et en direct à la télévision, c'est autre chose...".

En 2011, M. Obama avait longuement égratigné le fantasque magnat de l'immobilier Donald Trump, présent dans la salle, ironisant sur son obsession consistant à mettre en doute, contre tout évidence, le fait qu'il était né aux Etats-Unis.

- Exercice périlleux -

Depuis les brèves remarques de John F. Kennedy qui, en 1962, plaisantait sur la hausse du prix des places pour le dîner qui risquait de mettre en péril l'économie locale, l'humour a évolué.

Mais l'exercice peut parfois être périlleux. En 1998, au plus fort de l'affaire Monica Lewinsky, comment Bill Clinton pouvait-il prendre la parole sans évoquer d'une manière ou d'une autre le scandale dont toute la ville parlait ?

Il multiplie à l'époque les déplacements à l'étranger et certains lui reprochent d'organiser opportunément ses voyages pour éviter d'avoir à répondre à des difficiles questions chez lui. Jeff Shesol et Mark Katz décident d'exploiter ce filon pour évoquer l'affaire en filigrane.

"Comme vous le savez, j'ai voyagé dans d'autres contrées et c'est un plaisir pour Hillary et moi-même d'être ici, dans votre pays", lance le président, très à l'aise, en ouverture de son discours. "J'ai été frappé par la beauté de vos paysages (...) nous n'oublierons jamais notre visite ici".

Le dîner des correspondants de la Maison Blanche vit aussi au rythme de... l'actualité américaine.

En 1981, Ronald Reagan est en convalescence à Camp David après la tentative d'assassinat dont il avait été victime quelques semaines plus tôt devant ce même Washington Hilton. Il délivre son discours par téléphone: "Je n'ai qu'un conseil à vous donner, lorsque quelqu'un vous dit de monter dans une voiture rapidement, obéissez !".

En 2007, le dîner a lieu quelques jours après la fusillade meurtrière sur le campus de Virginia Tech. "Je ne vais pas essayer d'être le type drôle", dit sobrement George W. Bush lors de très brèves remarques avant de céder la place.

Le plus difficile pour la petite équipe chargée de rédiger ce discours présidentiel au ton singulier, est peut-être de rappeler - au sein même de l'exécutif américain - l'exigence d'un exercice en apparence facile.

"Beaucoup de gens veulent participer", se souvient Jeff Shesol. "Le vrai danger, ce sont les gens qui pensent être drôles et qui ne le sont pas. Il ont leurs idées de blagues qu'ils veulent à tout prix glisser dans le discours".

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