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Burkina: Compaoré chassé par la rue, le patron de l'armée se proclame chef de l'Etat

Ouagadougou (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Le président burkinabè démissionnaire Blaise Compaoré avec son épouse lors du sommet des leaders africain à Washington le 5 août 2014 (AFP/Archives-Bredan Smialowski)

Chassé par la rue, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a quitté le pouvoir vendredi après 27 ans de règne, et le chef d'état-major s'est aussitôt proclamé chef de l'Etat.

"Révolution" populaire ou "coup d'Etat" militaire? La chute de M. Compaoré plonge ce petit pays pauvre du Sahel dans une période d'incertitudes. Elle est aussi un énorme coup de semonce pour les présidents africains qui seraient tentés, comme lui, de retoucher la Constitution pour rester indéfiniment dans leur palais.

Arrivé en 1987 au pouvoir par un putsch qui s'était soldé par la mort de Thomas Sankara, icône du panafricanisme, M. Compaoré, qui fut longtemps l'un des hommes forts d'Afrique de l'Ouest, a été contraint de tirer piteusement sa révérence.

"Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (...), je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place d'une transition", a déclaré M. Compaoré dans un communiqué lu à la mi-journée par une journaliste à la télévision privée BF1.

Cette transition devra "aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours", a-t-il ajouté.

- 'Le grand baobab est tombé' -

"Nous avons accompli notre mission: le grand baobab est tombé, terrassé par la population", exultait Jacques Zongo, fonctionnaire de 33 ans, coiffé d'un chapeau aux couleurs du Bukina.

Selon la diplomatie française, celui qui n'est désormais plus qu'ex-président du "pays des hommes intègres" est parti "vers le sud" du Burkina, en direction de Pô, une ville proche de la frontière avec le Ghana.

De la fumée s'élève du siège du parti du Congrès pour la Démocratie et le Progrès du président démissionnaire Blaise Compaoré le 30 octobre 2014 à Ouagadougou (AFP/Archives-Issouf Sanogo)

Dans la foulée de la démission de M. Compaoré, le chef d'état-major de l'armée, le général Nabéré Honoré Traoré, a annoncé qu'il assumerait les "responsabilités de chef de l'Etat".

Assurant "agir conformément" à la Constitution, il s'est engagé à "procéder sans délai à des consultations avec toutes les forces vives de la Nation" en vue du "retour à une vie constitutionnelle normale".

Cette annonce va à l'encontre de la volonté de dizaines de milliers de manifestants qui, massés vendredi matin sur la place de la Nation, devant l'état-major, pour réclamer l'aide de l'armée, s'étaient formellement prononcés contre le général Traoré. Pour eux, il est en effet trop proche de l'ancien président.

Le slogan "Honoré Traoré démission" alternait ainsi avec celui de "Blaise dégage" et surtout "Kouamé Lougué au pouvoir", du nom d'un général en retraite, ancien ministre de la Défense et ex-chef d'état-major, qui jouit d'une bonne image au sein de la population.

"Traoré est l'homme de main de Blaise Compaoré", accusait Monou Tapsoaba, un militant d'opposition.

L'opposition avait d'ailleurs fait savoir dans la matinée que, pour elle, "toute transition politique à venir doit être conçue, organisée (...) autour des forces de la société civile, et intégrer toutes les composantes de la nation (...), y compris l'armée".

Elle avait appelé "à maintenir la pression en occupant l'espace public", pour obtenir "le départ pur et simple" de M. Compaoré, qui s'accrochait encore au pouvoir.

Du côté de la France, ex-puissance coloniale et partenaire-clé du Burkina, on a immédiatement souligné le problème de la légitimité du nouvel homme fort du pays.

Si l'annonce du général Traoré devait être confirmée par le Conseil constitutionnel, il s'agirait d'un "coup d'Etat" qui entraînerait une "mécanique de sanctions", selon une source diplomatique française.

Des manifestants portent un membre de l'opposition du Parlement burkinabè alors que de la fumée s'élève du bâtiment le 30 octobre 2014 à Ouagadougou (AFP/Archives-Issouf Sanogo)

La Constitution prévoit en cas de démission du président un intérim par le président de l'Assemblée nationale. Or le Parlement a été dissous par l'armée jeudi après avoir été incendié lors de violentes émeutes, et le sort du chef des députés reste inconnu.

Paris espère que la médiation tripartite ONU-Union africaine-Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) permettra "aux différents acteurs de se parler".

- 'Printemps' burkinabè -

C'est l'annonce d'un projet de révision constitutionnelle, qui aurait permis à M. Compaoré - élu pour deux septennats puis deux quinquennats - de se représenter à la présidentielle en 2015, qui a jeté dans les rues des centaines de milliers de personnes, refusant un "président à vie".

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province, appels à la démission du président: le Burkina s'est enflammé jeudi. Cette crise a provoqué l'intervention des militaires, puis du président Compaoré dans la nuit, semant la confusion.

Le général Traoré avait d'abord annoncé la création d'un "organe de transition", en vue d'un retour à l'ordre constitutionnel dans les "douze mois".

M. Compaoré s'était ensuite exprimé sur une télévision privée dans la nuit, assurant avoir "compris" le message de la population mais excluant toute démission.

Il se disait simplement prêt à "ouvrir des pourparlers" pour "une période de transition", à l'issue de laquelle il céderait la place "au président démocratiquement élu".

Burkina Faso (AFP-K. Tian/D. Mayer/F. Hugon)

Le bilan des troubles reste pour le moment incertain. Deux opposants ont fait état d'une trentaine de morts et plus de 100 blessés. L'AFP n'a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables dans la région sahélienne, secouée par les menées de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Un "printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", promettait mercredi un opposant.

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