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Burkina: l'armée aux commandes, Compaoré promet une transition mais ne démissionne pas

Ouagadougou (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Des soldats face aux manifestants, le 30 octobre 2014 à Ouagadougou, au Burkina Faso (AFP-Issouf Sanogo)

Le président Blaise Compaoré a promis une transition au Burkina Faso mais refusé de démissionner, alors que l'armée dit avoir pris le pouvoir, au lendemain de violentes émeutes contre le régime.

Vendredi matin, la situation restait confuse, les responsables de l'opposition n'ayant pas clairement réagi à la prise de contrôle par les militaires, pas forcément appréciée par les manifestants, mais faisant du départ de M. Compaoré un "préalable non négociable".

"Nous nous réveillons aujourd'hui avec une situation de confusion totale", a jugé un député d'opposition, Ablassé Ouédraogo, interrogé par Radio France Internationale (RFI).

Le président burkinabè Blaise Compaoré au palais présidentiel, le 26 juillet 2014 à Ouagadougou (AFP/Archives-Sia Kambou)

Les troubles ont fait une trentaine de morts et plus de 100 blessés, a indiqué l'opposition, sans préciser si le bilan était national ou ne concernait que Ouagadougou. L'AFP n'a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des tirs ont résonné aux abords de la présidence, sans qu'il soit possible de s'en approcher, des soldats de la garde présidentielle très nerveux en interdisant l'accès, a constaté un journaliste de l'AFP.

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province, appels à la démission du président: le Burkina s'est enflammé jeudi, et cette crise a provoqué l'intervention des militaires.

Des manifestants devant l'Assemblée nationale incendiée, le 30 octobre 2014 à Ouagadougou, au Burkina Faso (AFP-Issouf Sanogo)

Le chef d'état-major des armées Nabéré Honoré Traoré, dans un communiqué lu par un officier, a annoncé la création d'un "organe de transition", chargé des pouvoirs exécutifs et législatifs, dont l'objectif est un retour à l'ordre constitutionnel "dans un délai de douze mois".

- 'Rouler dans la farine' -

Le président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1987, a déclaré au cours d'une allocution télévisée avoir "compris" le message de la population et pris "la juste mesure des fortes aspirations au changement".

Il n'a toutefois pas évoqué une éventuelle démission, se disant à l'inverse "disponible" pour "ouvrir des pourparlers" pour "une période de transition" à l'issue de laquelle il "(transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu".

Des militaires en patrouille dans Ouagadougou, le 30 octobre 2014 au Burkina Faso (AFP-Issouf Sanogo)

Les Etats-Unis ont salué jeudi soir dans un communiqué du Département d'Etat la "décision" de M. Compaoré de "former un gouvernement d'unité nationale pour préparer des élections nationales et de transférer le pouvoir à son successeur démocratiquement élu".

Washington "regrette" par ailleurs "la perte de vies humaines" et appelle les parties à éviter toute violence supplémentaire.

Les déclarations de M. Compaoré ont fait bondir Bénéwendé Sankara, un des principaux responsables de l'opposition, pour qui le départ du président est "un préalable non négociable". "Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple", a-t-il déploré.

M. Sankara a été le premier à qualifier jeudi soir la prise de pouvoir de l'armée de "coup d'Etat".

Un couvre-feu est désormais imposé "sur l'ensemble du territoire de 19h à 6h". Il est plus ou moins sérieusement respecté à Ouagadougou, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Carte de Ouagadougou localisant les violences (AFP-K.Tian/S.Ramis/M. Brunengo)

A l'inverse, le président burkinabè a levé jeudi soir l'état de siège qu'il avait lui-même décrété dans l'après-midi.

La prise de pouvoir de l'armée est pour l'instant assez mal acceptée par les manifestants, qui dénoncent la personnalité du chef d'état-major, qualifié de "pion du pouvoir" par Mohamed Rabo, un étudiant de 26 ans, qui "réclame" Kouamé Lougué, un général en retraite au fort capital de sympathie.

"Nous voulons Lougué", a renchéri une femme, qui a souhaité garder l'anonymat.

Ce même Kouamé Lougué, ancien chef d'état-major et ministre de la Défense jusqu'à son limogeage en 2003, à qui des dizaines de milliers de manifestants ont demandé de prendre le pouvoir dans un rassemblement jeudi après-midi.

- 'Printemps noir' -

L'ancien militaire, qui a rencontré les plus hauts gradés du pays, s'est aussi entretenu avec une autorité coutumière très respectée, le Mogho Naba, le "roi" des Mossi, l'ethnie la plus nombreuse au Burkina.

Le général à la retraite Kouamé Lougué, à qui les manifestants demandent de remplacer le président Blaise Compaoré au pouvoir, le 30 octobre 2014 au quartier général de l'armée à Ouagadougou, au Burkina Faso (AFP-Issouf Sanogo)

Blaise Compaoré, lui-même Mossi, a participé à trois putschs, dont le dernier lui a permis d'arriver au pouvoir. Malgré deux septennats (1992-2005) puis deux quinquennats (2005-2015) et 27 ans de règne, il souhaitait se maintenir aux affaires après 2015, ce que ne lui permettait pas la Constitution.

Les manifestations de jeudi ont été causées par sa volonté de faire réviser pour la troisième fois - après 1997 et 2000 - l'article 37 la Loi fondamentale, qui fixait à deux le nombre maximum de quinquennats présidentiels.

Plus tôt dans la journée, le régime a tenté de calmer les esprits en annonçant l'annulation du vote du projet de révision constitutionnelle, prévu jeudi.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables de la région.

Un "printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", lançait mercredi l'opposant Emile Pargui Paré, au lendemain de manifestations monstres qui avaient vu des centaines de milliers de personnes - un million, selon l'opposition - descendre dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un "coup d'Etat constitutionnel".

L'Union africaine (UA) a appelé "toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue". L'Union européenne a lancé un appel à "engager rapidement un dialogue" et à mettre fin aux violences.

La France, ancienne puissance coloniale et partenaire du Burkina Faso, qui joue un rôle-clé dans l'instable zone sahélienne, a plaidé pour un "retour au calme".

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