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Crash A320: l'enquête privilégie l'hypothèse psychiatrique

Düsseldorf (Allemagne) (AFP) Vendredi 27 Mars 2015

Le mémorial dédié aux victimes du crash de l'A320 de Germanwings, le 27 mars 2015 dans le village du Vernet (Alpes-de-Haute-Provence) (AFP-Jeff Pachoud)

Le copilote de Germanwings, soupçonné d'avoir provoqué délibérément la chute de l'Airbus A320 dans les Alpes françaises, a caché qu'il faisait l'objet d'un arrêt maladie le jour de l'accident, a révélé l'enquête vendredi, alors que des troubles psychiatriques semblent l'hypothèse privilégiée.

Le procureur de Düsseldorf (ouest), Christoph Kumpa, a annoncé à la presse que des attestations d'arrêt maladie avaient été retrouvées déchirées chez Andreas Lubitz, mais pour l'heure aucune lettre d'adieu qui dévoilerait un acte prémédité à l'origine de la catastrophe qui a fait 150 morts.

Ces documents saisis viennent "appuyer la thèse" selon laquelle le jeune homme "a caché sa maladie à son employeur (la compagnie aérienne Germanwings) et à son environnement professionnel", selon le magistrat.

Photo circulant sur internet et les réseaux sociaux d'Andreas Lubitz, le copilote de l'A320 de Germanwings qui s'est crashé dans le sud de la France le 24 mars 2015 (Off/AFP/Archives-)

Les documents retrouvés attestent d'une "maladie existante et de traitements médicaux correspondants", a précisé M. Kumpa qui n'a pas révélé la nature de la maladie. Mais selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui ne cite pas de source, les arrêts seraient "apparemment" signés d'un "neurologue et psychiatre".

Il y a six ans, alors qu'il suivait sa formation de pilote, Andreas Lubitz avait souffert d'une grave dépression, a révélé le quotidien Bild, sur la base de documents officiels auxquels il a eu accès. Le pilote, originaire de la petite ville tranquille de Montabaur, dans l'ouest de l'Allemagne, faisait l'objet d'un suivi "médical particulier et régulier" depuis lors, selon le quotidien.

Bild souligne que ces informations avaient été transmises par la Lufthansa, maison-mère de Germanwings, à l'autorité allemande de supervision du transport aérien (Luftfahrtbundesamt, LBA).

Crash d'un A320 dans les Alpes françaises (AFP-L.Saubadu/S.Blanchard)

La clinique de Düsseldorf a en revanche démenti des informations de presse affirmant qu'elle avait soigné le copilote pour dépression. Elle a tout de même reconnu l'avoir reçu pour "des diagnostics", sans plus de précision.

Présenté par ses proches comme sportif et "très compétent", Andreas Lubitz avait interrompu son apprentissage "pendant un certain temps" avant de l'achever normalement et d'entamer sa carrière de copilote en 2013, selon des indications fournies jeudi par le patron de la Lufthansa, Carsten Spohr.

Le dirigeant avait souligné ne pas avoir le droit d'en dire plus sur le motif de l'interruption de sa formation. Il avait insisté sur le fait que Andreas Lubitz avait passé avec succès tous les tests, y compris psychologiques au moment du recrutement.

L'enquête sur le drame, dirigée par les autorités françaises, s'est étendue jeudi à l'Allemagne après les révélations sur un acte volontaire présumé du copilote.

La catastrophe a notamment tué 75 Allemands, dont quatre disposaient d'une double nationalité, et 52 Espagnols, dont 4 binationaux, selon un bilan du ministère allemand des Affaires étrangères.

Le président allemand Joachim Gauck, a participé dans la matinée à Haltern (ouest) à une cérémonie à la mémoire de 16 lycéens de cette ville, tués dans la catastrophe alors qu'ils revenaient d'un séjour linguistique près de Barcelone.

Vendredi, à Montabaur, dans l'Etat régional de Rhénanie-Palatinat, frontalier de la France, le domicile des parents du copilote, qui y résidait lui-même une partie du temps, était sous protection policière.

- L'identification des corps -

Un véhicule de police stationne devant la maison familiale du copilote Andreas Lupitz, le 27 mars 2015, à Montabaur, dans le sud-ouest de l'Allemagne (AFP-Roberto Pfeil)

Le maire de cette petite cité proprette a dit ressentir "de la compassion" pour les parents du copilote, ainsi que pour les victimes et leurs proches. Dans le club d'aviation voisin, un adhérent, Dieter Wagner, a souligné qu'Andreas Lubitz était "un jeune homme tout à fait normal" dont il ignorait la maladie. Il a toutefois précisé ne pas l'avoir vu "depuis 5 ou 6 ans".

En France, l'accueil des proches des victimes se poursuivait avec "un très gros dispositif d'accompagnement", 1300 hébergements et jusqu'à 40 interprètes "dans huit langues", selon les autorités locales. Une cérémonie religieuse aura lieu samedi à 10H30 à Digne-les-Bains (sud), d'après la gendarmerie.

Les recherches ont par ailleurs repris en début de matinée dans la zone du crash de l'A320. Pour les enquêteurs, il s'agit avant tout de retrouver la deuxième boîte noire et d'identifier au plus vite les corps évacués de la montagne, notamment grâce aux prélèvements effectués sur les familles jeudi après-midi.

Un des enquêteurs transporte des prélèvements ADN des victimes du crash dans le laboratoire mobile de la gendarmerie, le 27 mars 2015 à Seyne-les-Alpes (AFP-Anne-Christine Poujoulat)

Parmi la quinzaine d'enquêteurs, dix se consacrent aux prélèvements ADN effectués sur la montagne et cinq autres à l'enquête judiciaire.

Dans une Allemagne stupéfaite, une photo d'Andreas Lubitz, le visage marqué par l'effort et courant le semi-marathon de Francfort en 2013, occupait toute la Une de Bild avec ce titre: "Le pilote fou".

Les enquêteurs français avaient annoncé jeudi que le crash de l'avion, qui devait relier Barcelone à Düsseldorf, avait sans doute été provoqué intentionnellement par le copilote de l'appareil tandis que le pilote avait été empêché de regagner le cockpit après s'être absenté quelques minutes.

Selon Bild, le pilote a tenté de forcer la porte blindée du poste de pilotage avec une hache. Mais sans succès. A 10h53 locales mardi, l'Airbus A320 s'est écrasé contre la montagne.

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