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La coalition anti-jihadistes frappe en Syrie pour la première fois

Damas (AFP) Mardi 23 Septembre 2014

Des Kurdes syriens à la frontière turque, à Suruc, après avoir fui les combats, le 23 septembre 2014 (AFP-Bulent Kilic)

Les Etats-Unis aidés de leurs alliés arabes ont pour la première fois attaqué mardi les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie, ouvrant un nouveau front dans la guerre contre ce puissant groupe ultraradical cible de frappes en Irak.

Après cette première intervention étrangère en Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011, le président américain Barack Obama a affirmé que "la force" de la coalition anti-jihadistes "démontre clairement (...) qu'il ne s'agit pas simplement du combat de l'Amérique".

L'opération de la coalition dirigée par les Etats-Unis survient au moment où un otage français est menacé d'exécution en Algérie par un groupe jihadiste lié à l'EI si la France ne cesse pas ses raids en Irak.

Les frappes en Syrie ont été "très réussies", a assuré le Pentagone, précisant qu'elles avaient été menées au moyen d'avions de chasse, de drones, de bombardiers et de 47 missiles Tomahawk.

Le chasseur bombardier furtif F-22 "Raptor", le plus sophistiqué de l'arsenal aérien des Etats-Unis, y a été utilisé pour la première fois.

Les bombardements ont notamment visé des sites d'entraînement et des centres de commandement dans les régions de Raqa (nord), le bastion de l'EI, de Deir Ezzor (nord-est) et d'Hassaka (nord-est), selon le Pentagone.

Cinq "nations partenaires" arabes -Jordanie, Bahreïn, Qatar, Arabie saoudite, Emirats arabes unis- "ont participé ou appuyé" ces frappes contre les jihadistes qui ont proclamé un califat sur les vastes régions qu'ils contrôlent à cheval entre la Syrie et l'Irak, a-t-il ajouté. A l'exception du Qatar, ces pays arabes ont confirmé leur participation aux raids.

Des combattants d'Al-Nosra au milieu des ruines le 22 septembre 2014 dans le camp de réfugiés palestiniens à Yarmuk (AFP-Rami al-Sayed)

Le président Bachar al-Assad, dont le régime est considéré comme illégitime par les Etats-Unis, a affirmé soutenir "tout effort international" pour combattre les jihadistes. Damas a indiqué en outre avoir été informé de ces frappes à l’avance par Washington qui exclut cependant toute coopération avec Damas.

L'opposition syrienne modérée a favorablement accueilli les frappes tout en appelant à faire pression sur M. Assad dont elle réclame le départ.

Le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a lui affirmé que son parti, allié du régime syrien, était opposé aux frappes, refusant de s'aligner sur une coalition qui servirait "les intérêts américains".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a souligné pour sa part que les jihadistes représentaient "une menace pour la paix" mais sans aller jusqu'à soutenir ouvertement les raids.

- Fuite des civils -

Pris de panique les civils, "habitant près de positions de l'EI ont pris la fuite", a ajouté l'ONG.

Un militant basé à Raqa, Abou Youssef, a indiqué que les jihadistes n'avaient "pas totalement abandonné leurs positions" mais s'étaient redéployés.

Carte de la Syrie indiquant les frappes aériennes des États-Unis et leur alliés sur des positions jihadistes de l'EI (AFP-S. Ramis/G. Handyside)

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), environ 120 jihadistes ont été tués dans les frappes, dont 70 de l'EI et 50 d'Al-Qaïda.

Les Etats-Unis ont aussi frappé, mais seuls, le "groupe Khorassan", lié à Al-Qaïda, dans la région d'Alep (nord), selon un porte-parole du Pentagone, John Kirby. Ce groupe s'apprêtait à lancer des "attaques majeures" contre des cibles occidentales et éventuellement aux Etats-Unis.

L'opération de la coalition survient alors que l'EI poursuit son offensive pour s'emparer d'Aïn al-Arab (Kobané en kurde), troisième ville kurde de Syrie, dont la prise lui donnerait le contrôle total d'une longue bande de la frontière syro-turque.

Le groupe s'est déjà emparé de plus de 60 villages environnants depuis une semaine. Et craignant ses exactions, plus de 130.000 kurdes syriens ont fui en Turquie ces derniers jours.

- Un Français menacé d'exécution -

A l'occasion de l'ouverture mercredi de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, M. Obama devrait chercher à renforcer la coalition et presser les dirigeants de la planète de tout faire pour éviter que des militants étrangers ne rejoignent les rangs de l'EI.

Le nombre de jihadistes européens partis combattre en Syrie et Irak est en hausse, à "environ 3.000", selon le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove.

Des combattants du groupe Etat islamique chargent à bord d'un véhicule les débris d'un drône qu'ils disent être tombé le le 23 septembre 2014 au siège de la communication à Raqa (Raqa Media Center/AFP--)

Le président américain rencontrera notamment des responsables des cinq pays arabes ayant aidé les Etats-Unis dans les frappes. Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays avait refusé dans un premier temps de participer à la coalition, a déclaré pour sa part qu'Ankara pourrait fournir un soutien militaire ou logistique à l'opération.

Avant les raids en Syrie, l'EI avait appelé ses partisans à tuer les ressortissants des pays membres de la coalition.

Quelques heures plus tard, le groupe jihadiste algérien "Jund al-Khilafa", qui soutient l'EI, menaçait dans une vidéo lundi soir "d'égorger dans les 24 heures" un Français enlevé dimanche à Tizi Ouzou à l’est d'Alger, si la France ne cessait pas ses raids en Irak.

La vidéo montre l'otage, Hervé Pierre Gourdel, un guide de 55 ans, assis par terre entouré de deux hommes masqués. La France a catégoriquement rejeté le "chantage" des ravisseurs, promettant la poursuite de ses opérations en Irak.

La campagne aérienne américaine lancée le 8 août dans ce pays a aidé les forces irakiennes à reprendre du terrain.

Des dizaines de jihadistes de l'EI ont été tués mardi dans des frappes aériennes dans l'ouest, selon une source militaire irakienne.

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