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La saga du nucléaire iranien s'achemine vers son dénouement

Lausanne (AFP) Lundi 30 Mars 2015

Les chefs de la diplomatie des grandes puissances et de l'Iran réunis à Lausanne, le 30 mars 2015 (AFP-Fabrice Coffrini)

Les chefs de la diplomatie des grandes puissances et de l'Iran se sont retrouvés lundi matin à Lausanne autour de la même table, pour la première fois depuis des mois, afin de lever les derniers obstacles à un accord jugé "faisable" avant l'échéance du 31 mars.

Présidant l'immense table rectangulaire de la réunion, le ministre iranien, Mohammad Javad Zarif, et la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, arboraient un large sourire, contrastant avec le visage fermé du secrétaire d'Etat américain, John Kerry.

A leur droite, les ministres du P5+1 (USA, GB, France, Russie, Chine, Allemagne), à leur gauche, l'équipe de négociateurs iraniens.

C'est la première fois depuis une précédente session de négociations en novembre dernier à Vienne que les ministres se retrouvent tous ensemble.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini (g) et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif à Lausanne, le 30 mars 2015 (AFP-Fabrice Coffrini)

Après un an et demi de négociations acharnées à Genève, Vienne, New York, Lausanne, les négociateurs sont déterminés à conclure un premier compromis, fondamental pour poursuivre les négociations jusqu'à un accord final d'ici le 30 juin.

Objectif: s'assurer que l'Iran ne cherchera pas à se doter de la bombe atomique en contrôlant étroitement son programme nucléaire, en échange d'une levée des sanctions internationales qui étranglent l'économie iranienne depuis des années.

Dimanche soir, le Britannique Philip Hammond, dernier ministre arrivé à Lausanne, a dit espérer un "succès dans les heures à venir", jugeant un accord "possible" à condition qu'il mette la bombe atomique "hors de portée" de l'Iran.

"Parvenir à un accord est faisable. Des solutions ont été trouvées sur de nombreuses questions. Nous travaillons encore sur deux ou trois questions et nous n'avons pas encore trouvé les solutions", a déclaré en écho le négociateur iranien Abbas Araghchi.

Mais de sérieux obstacles jalonnent encore la route d'un compromis.

Carte de localisation des principales installations nucléaires iraniennes (AFP-)

L'un des plus épineux concerne la levée des sanctions liées à la prolifération nucléaire, prises par l'ONU depuis 2006, et que l'Iran voudrait voir levées en bloc et tout de suite après la conclusion d'un accord.

Pour les pays occidentaux cela ne peut se faire que graduellement, en fonction du respect des engagements pris par l'Iran.

Téhéran insiste aussi pour pouvoir faire de la recherche et du développement, notamment afin d'utiliser à terme des centrifugeuses plus modernes et plus puissantes pour enrichir l'uranium. Mais les pays occidentaux et Israël estiment que le développement de telles centrifugeuses permettra à l'Iran de réduire le "breakout", temps nécessaire afin d'avoir suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une bombe atomique.

- Des compromis en vue -

D'autres points au coeur de la négociation semblent en revanche en passe de se régler, selon des sources occidentales et iraniennes.

Ainsi, le nombre de centrifugeuses, que l'Iran aurait accepté de voir réduit à 6.000, alors qu'il en dispose actuellement de près de 20.000, dont la moitié sont en activité.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Lausanne, le 30 mars 2015 (Pool/AFP-Brendan Smialowski)

Par ailleurs, le site souterrain de Fordo, près de la ville sainte de Qom, pourrait rester en activité, à des conditions très strictes.

En revanche, l'Iran a catégoriquement démenti avoir accepté d'exporter tout ou partie de son stock d'uranium faiblement enrichi, qui se monte à environ 8.000 tonnes.

"Nous n'avons pas l'intention d'envoyer les stocks d'uranium enrichi à l'étranger. Mais il y d'autres solutions pour créer la confiance", a déclaré le négociateur Abbas Araghchi.

- "Pas payé pour être optimiste" -

Quoi qu'il en soit, la possibilité d'une entente sur le nucléaire iranien, qui empoisonne la vie internationale depuis plus de 12 ans, a suscité une violente charge du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, contre "un dangereux accord" qui permettrait à l'Iran de "conquérir" le Moyen-Orient.

"Le dangereux accord qui est négocié à Lausanne confirme à nouveau toutes nos inquiétudes, voire même au delà", a affirmé dimanche M. Netanyahu, qui se bat depuis des années pour mobiliser la communauté internationale contre le programme nucléaire iranien.

L'importance des enjeux et la tension autour de ce dossier n'empêchent cependant pas l'humour.

Interrogé dimanche sur le fait de savoir s'il était "optimiste", le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, peu réputé pour être langue de bois, a répondu: "Je ne suis pas payé pour être optimiste".

"Tu n'es pas payé ASSEZ pour être optimiste", a repris du tac au tac son homologue américain John Kerry.

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