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Naufrage en Corée: le capitaine arrêté, les plongeurs dans le ferry

JINDO (Corée du Sud) (AFP) Samedi 19 Avril 2014

Des proches s'énervent lors d'une réunion d'information sur les opérations de secours du ferry naufragé, à Jindo le 19 avril 2014 (AFP-Ed Jones)

Le capitaine d'un ferry qui a sombré au large de la Corée du Sud avec des centaines de passagers a défendu samedi sa décision de retarder l'évacuation, tandis que les plongeurs, enfin entrés dans le bâtiment, ont distingué des corps, flottant à l'intérieur.

Lee Joon-Seok et deux membres de son équipage ont été arrêtés à l'aube et doivent répondre des accusations de négligence et de carence dans la sécurité des passagers, en violation du code maritime.

L'homme de 69 ans est sévèrement critiqué pour avoir quitté le navire qui sombrait, mercredi matin au large de la côte méridionale de la Corée, alors que des centaines de personnes, en majorité des adolescents en voyage scolaire, se trouvaient encore à bord, piégées.

Le dernier bilan, samedi soir, faisait état de 32 décès et 270 personnes toujours portées disparues.

Des secouristes sud-coréens cherchent les passagers manquants le 19 avril 2014 à Jindo (AFP-Jung Yeon-Je)

Les plongeurs, qui luttent depuis trois jours contre de violents courants et une mer agitée, sont enfin parvenus à pénétrer dans la partie passagers du bâtiment, entièrement immergé.

"Les plongeurs ont aperçu trois corps à travers une fenêtre", a annoncé Choi Sang-Hwan, directeur adjoint des garde-côtes. "Ils ont essayé de les récupérer en cassant la vitre mais c'était trop difficile", a-t-il ajouté lors d'une rencontre avec les proches des disparus.

- Empêcher les corps de dériver -

Des filets vont être installés autour de l'épave du Sewol afin d'empêcher les corps de dériver, a ajouté le responsable des garde-côtes, qui veut encore croire en la possibilité de rescapés, réfugiés dans des poches d'air.

Le capitaine et les deux membres d'équipage ont été filmés par les caméras de télévision dans le poste de police de Jindo, l'île voisine du lieu de la catastrophe.

L'homme a tenté d'expliquer les motifs de sa décision --fatale-- d'avoir retardé l'évacuation après l'immobilisation du bateau suite à un choc.

Des étudiants coréens de l'école de Danwon se recueillent en hommage aux élèves disparus dans le naufrage du ferry à Ansan, le 17 avril 2014 (AFP-Truth Leem)

Les 476 personnes à bord ont reçu l'ordre de ne pas bouger de leur siège, pendant plus de 40 minutes, selon les témoignages des rescapés.

Lorsque le ferry a commencé à piquer du nez vers le fond de la mer, il était trop tard, les passagers ne parvenant pas à ramper le long des couloirs penchés, alors que l'eau s'engouffrait.

"A ce moment-là (pendant les 40 minutes après le choc: ndlr), les bateaux de secours n'étaient pas arrivés. Il n'y avait pas non plus de bateaux de pêche, ou d'autres embarcations pour aider", a-t-il dit, la tête baissée, recouverte d'une capuche.

"Les courants étaient violents et l'eau était très froide dans cette zone", a-t-il ajouté. "J'ai pensé que les passagers seraient emportés et se trouveraient en difficulté s'ils évacuaient dans le désordre".

Aucun rescapé n'a été retrouvé depuis la matinée de mercredi. Les 174 survivants ont été récupérés très vite après le naufrage, à la mer ou alors qu'ils sautaient du ferry qui s'enfonçait dans les flots.

- "Passé aujourd'hui, ce sera fini"-

Le ferry transportait 476 personnes dont 352 lycéens de l'école Danwon d'Ansan, une localité au sud de Séoul, en voyage scolaire. L'adjoint au directeur de l'établissement, qui avait survécu, a été retrouvé pendu vendredi, vraisemblablement un suicide.

"Survivre seul est trop difficile... J'endosse toute la responsabilité", indique une lettre retrouvée dans son portefeuille, selon les médias locaux.

Corée du sud : naufrage d'un ferry (AFP-)

Des centaines de proches de passagers, pour la plupart des parents d'écoliers submergés par l'angoisse et le chagrin, ont passé une nouvelle nuit dans le gymnase de Jindo.

La colère est montée ces dernières 48 heures et les parents accusent les autorités et les secours d'incompétence et d'indifférence.

"Nous n'avons vraiment plus beaucoup de temps. Beaucoup pensent que c'est le dernier jour possible pour retrouver vivants des passagers", déclare Nam Sung-Won, dont le neveu de 17 ans était à bord. "Passé aujourd'hui, ce sera fini".

Quelques pères et mères acceptaient des prélèvements salivaires, pour faciliter l'identification des corps qui seront retrouvés dans le ferry. Mais beaucoup s'y refusaient encore, s'accrochant à un dernier espoir.

"Bien sûr que non!! Ca apporterait quoi?" hurle une mère à laquelle on demande si elle veut donner un peu de sa salive.

La Corée du Sud, pays moderne, développé et grande nation industrielle (chantier naval, smartphones...) est assommée par cette tragédie et s'interroge sur sa capacité à assurer la sécurité de ses enfants.

Le pape François a adressé samedi un message de condoléances. "Priez avec moi pour les victimes de la catastrophe du ferry en Corée du Sud et leurs familles", a-t-il dit sur son compte Twitter.

Le pape est attendu pour une visite de cinq jours en août en Corée du Sud, pays qui compte plus de cinq millions de catholiques, soit 10% de sa population.

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