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Nucléaire iranien: prolongation du dialogue et des sanctions à défaut d'un accord

Vienne (AFP) Lundi 24 Novembre 2014

John Kerry, Philip Hammond, Serguei Lavrov, Mohammad Javad Zarif, Frank-Walter Steinmeier, Laurent Fabius, Catherine Ashton et Wang Yi posent pour la photo de famille lors des négociations à Vienne, le 24 novembre 2014 (Pool/AFP-Joe Klamar)

L'Iran et les grandes puissances ont manqué lundi une rare occasion de conclure un accord sur le dossier nucléaire, un revers à l'issue duquel Washington et Téhéran ont assuré que rien n'était perdu, la négociation se trouvant à nouveau prolongée de sept mois.

Le président iranien, Hassan Rohani, a même affirmé que les négociations - dont son pays a tant besoin pour relancer son économie - aboutiraient à un accord définitif à l'issue du nouveau délai, fixé au 1er juillet 2015.

Les dernières discussions à Vienne ont permis de "régler la plupart des différends", a affirmé ce dirigeant modéré, qui avait été avare de ses paroles ces derniers jours. Comme en écho, John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, a évoqué "des progrès importants".

Reste qu'après une semaine de tractations ininterrompues, "il n'a pas été possible d'obtenir un accord", comme l'a reconnu le secrétaire au Foreign Office Philip Hammond, en annonçant la prolongation des discussions.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, le 24 novembre 2014 à Vienne (AFP-Joe Klamar)

Ce résultat, qui préserve les chances du dialogue, est aussi un échec par rapport à l'ambition longtemps proclamée de clore le dossier lundi soir. Il risque de renforcer les intransigeants qui, à Washington et à Téhéran surtout, contestent l'intérêt de négocier.

Le groupe "5+1" (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) et l'Iran s'efforcent de mettre fin à douze ans de tensions internationales sur le programme nucléaire controversé de Téhéran.

- Sept mois de plus -

Les grandes puissances exigent que l'Iran réduise ses capacités nucléaires, afin d'empêcher qu'il dispose un jour de la bombe atomique. Téhéran soutient que son programme est pacifique, revendique son droit à une filière nucléaire civile complète, et demande la levée des sanctions économiques occidentales.

Un accord complet lundi soir aurait redonné du souffle à l'économie iranienne, grâce entre autres à la levée de l'embargo occidental sur le pétrole. Il offrirait aussi des perspectives de normalisation entre l'Iran et l'Occident, voire des coopérations sur l'Irak et la Syrie.

Les parties vont désormais prolonger de sept mois l'accord intérimaire signé il y a un an à Genève, qui avait permis de lancer la négociation.

La crise nucléaire iranienne, chronologie, carte des sites et mesures pour un premier accord (AFP-)

Leur nouveau plan prévoit une première période "politique" jusqu'en mars, suivie d'une phase pour affiner les détails jusqu'en juin.

Comme c'était déjà le cas depuis un an, l'Iran va bénéficier d'un dégel de ses avoirs à hauteur de 700 millions de dollars par mois (564,2 millions d'euros) pendant cette période, et s'abstiendra en échange d'une partie de ses activités nucléaires.

Sans attendre, des sources européennes ont indiqué que l'Union européenne prolongerait le gel de certaines de ses sanctions économiques contre l'Iran.

- Abandonner serait "stupide" (Kerry) -

"Nous serions stupides d'abandonner", a assuré John Kerry, qui a insisté devant la presse pour obtenir le soutien du Congrès américain, où siègent de nombreux parlementaires sceptiques envers la politique étrangère du président Barack Obama.

M. Kerry a cependant admis que la négociation serait toujours "difficile", et a averti que le plan pourrait être remis en cause en mars faute d'avancées suffisantes.

John Kerry, Philip Hammond, Serguei Lavrov, Mohammad Javad Zarif, Frank-Walter Steinmeier, Laurent Fabius, Catherine Ashton et Wang Yi autour de la table des négociations le 24 novembre 2014 à Vienne (Pool/AFP-Joe Klamar)

"Nous sommes convaincus (...) qu'il reste une voie crédible pour trouver une solution globale", ont assuré dans un communiqué final le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et la représentante européenne Catherine Ashton, qui a présidé les négociations.

"Nous n'avons pas besoin de sept mois, nous pouvons aller beaucoup plus vite", a même assuré M. Zarif.

Après sept jours de pourparlers frénétiques à Vienne entre les sept pays concernés, les positions sur l'enrichissement d'uranium par l'Iran et les sanctions occidentales contre Téhéran, les deux points cruciaux, sont cependant encore irréconciliables.

Lundi, une ultime réunion de M. Zarif avec ses homologues américain John Kerry, chinois Wang Yi, français Laurent Fabius, britannique Philip Hammond, russe Sergueï Lavrov et allemand Frank-Walter Steinmeier n'a pas permis de débloquer la situation.

Le président iranien Hassan Rohani a assuré lundi soir que son pays "poursuivrait les négociations avec sérieux jusqu'à l'obtention d'un accord final". "Une grande partie du chemin a été parcouru", a-t-il ajouté, tout en rappelant que l'Iran ne renoncerait pas à ses "droits" en ce qui concerne le nucléaire.

La prolongation des pourparlers sera délicate politiquement pour lui-même et Barack Obama, tous deux aux prises avec ce que l'analyste Kelsey Davenport, interrogée par l'AFP, appelle "les durs qui, à Washington comme à Téhéran, veulent saboter l'accord".

Sans tarder, des sénateurs américains ont d'ailleurs rejeté la prolongation et ont réclamé lundi un durcissement des sanctions contre l'Iran.

Ali Vaez, un autre expert officiant pour l'International Crisis Group, estime cependant que la négociation entre l'Iran et les grandes puissances est devenue "trop importante pour échouer". Il a salué "la volonté politique forte des deux côtés de voir ce dossier aboutir".

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