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Royaume-Uni: Non à l'indépendance écossaise, oui à la décentralisation

Édimbourg (AFP) Vendredi 19 Septembre 2014

Le Premier ministre écossais Alex Salmond dans son véhicule à Edimbourg, après la conférence pendant laquelle il a annoncé sa démission le 19 septembre 2014 (AFP-Leon Neal)

Les Ecossais ont clairement dit non à l'indépendance, à l'occasion d'un référendum historique, poussant vendredi le Premier ministre Alex Salmond à la démission, malgré les promesses du gouvernement central de David Cameron de conférer des pouvoirs accrus aux quatre nations constitutives du Royaume-Uni.

Après des semaines d'intense suspense et de débats parfois acrimonieux, le camp du non l'a emporté en parvenant à 55,3%, le oui obtenant 44,7%. L'écart est important, et la participation record de 84,6% amplifie le verdict.

Ce résultat constitue une amère déception pour Alex Salmond qui, douze heures après la proclamation du résultat, a pris ses amis et adversaires politiques par surprise en annonçant sa prochaine démission, en novembre, du poste de Premier ministre d'Ecosse qu'il occupe depuis 2007.

"Mon temps en tant que leader est presque terminé. Mais pour l'Ecosse, la campagne continue et le rêve ne mourra jamais", a souligné le champion du oui, ému et lyrique.

Que Salmond jette l'éponge a été accueilli avec stupéfaction en Ecosse où il a réussi à faire monter le score des indépendantistes à des hauteurs encore inimaginables, et à arracher aux partis de Westminster, avec son redoutable sens tactique, une autonomie accrue.

Sa déception tranchait avec l'immense soulagement du chef du gouvernement britannique David Cameron, mis en grande difficulté pendant cette campagne et qui jouait son avenir politique dans la partie de poker référendaire.

Le ouf était aussi perceptible chez nombre de dirigeants européens inquiets d'une contagion nationaliste, à Bruxelles, Paris, Madrid et, au-delà, à Washington ou Pékin. Il était manifeste à la Bourse de Londres, qui a terminé la séance en hausse de 0,27%, avec une livre sterling à son plus haut niveau face à l'euro depuis deux ans. Il était largement partagé à la City, tandis que la Scotch Whisky Association (SWA) levait son verre à la santé de "la stabilité".

- Après le non, les cadeaux -

Le Premier ministre britannique David Cameron devant son bureau du 10 Downing Street à Londres, le 19 septembre 2014, s'exprime sur le référendum écossais et le rejet de l'indépendence (AFP-Carl Court)

L'ampleur du séisme politique qui a ébranlé "l'establishment de Westminster" et la précipitation mise à organiser les secours laissait augurer de multiples répliques dans les mois à venir.

David Cameron est apparu dès 7 heures du matin devant les caméras des chaînes de télévision d'information en continu, pour adresser un triple message : le résultat sans appel règle la question de l'indépendance "pour une génération"; l'heure est au rassemblement "pour aller de l'avant"; les promesses de prérogatives supplémentaires faites aux Ecossais seront honorées, et même étendues aux Anglais, Gallois et Nord-Irlandais.

Dans l'immédiat, David Cameron a évité le scénario cauchemar d'une désintégration du Royaume-Uni qui le "hantait".

Mais dans les rangs de son parti conservateur, des députés lui reprochent sa gestion calamiteuse du référendum écossais, et l'ampleur des cadeaux post-électoraux.

Ils seront détaillés dans un document de travail à l'horizon novembre, afin d'être soumis au parlement en janvier, dans le meilleur des cas.

"Le référendum n'est pas parvenu à détruire l'Union, mais ses répercussions pourraient encore la déstabiliser jusque dans ses fondements", a mis en garde Michael Chandlers, du RUSI Institute.

"Nous nous dirigeons vers un modèle plus fédéral du Royaume-Uni", a quant à lui prédit Tony Travers, de la prestigieuse London school of Economics.

Le parcours d'obstacles est aggravé par le calendrier politique. Les trois partis traditionnels britanniques - conservateur, libéral-démocrate et travailliste d'opposition - ont constitué une union sacrée exceptionnelle pour faire rempart à l'indépendance.

Leur solidarité risque de s'évaporer à l'approche des élections législatives de mai prochain et le leader travailliste Ed Miliband a d'ores et déjà émis ses réserves. "Comme on l'a vu ces dernières heures, le front commun est en train de se fissurer", a commenté Alex Salmond.

- La détresse des partisans du oui -

Des partisanes de l'indépendance de l'Ecosse attristés par le résultat du référendum historique, dans George Square à Glasgow le 19 septembre 2014 (AFP-Andy Buchanan)

A mille lieux des combinaisons politiques, les partisans du oui étaient vendredi effondrés, parfois en larmes.

"C'est terrible (...) Je pense que les gens n'ont pas réalisé à quel point c'était important", se lamentait Charlotte Darroch, une écolière en uniforme bardé de pins +yes+", au pied du château d'Edimbourg, sous un ciel plombé.

"L’Ecosse a pris une bonne décision", se réjouissait pour sa part Louise Fleming, 21 ans, un des partisans du non, tandis qu'à proximité, d'autres membres du camp du "better together" multipliaient les embrassades.

Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidant en Ecosse étaient habilités à voter. Le reste du Royaume-Uni, majoritairement unioniste, avait suivi avec fascination et inquiétude le débat sur l'avenir de cette région, qui a changé de statut une dizaine de fois en 1.400 ans d'histoire mouvementée.

L'intérêt a également été vif dans le monde. Le président américain Barack Obama a salué la victoire du non.

A Bruxelles, les dirigeants européens n'ont pas caché leur appréhension face à la perspective d'une contagion nationaliste, de la Catalogne au pays Basque.

"Je l'avoue : le résultat me soulage", a confié le président du Parlement européen, Martin Schulz.

L'Espagne est "très heureuse", a concédé sans surprise le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

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