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Syrie: une ville clé assiégée par le groupe EI, exode des Kurdes en Turquie

Mursitpinar (Turquie) (AFP) Dimanche 21 Septembre 2014

Des Kurdes massés le 20 septembre 2014 à la frontière entre la Syrie et la Turquie près de la ville de Suruc dans la province Sanliurfa (AFP-Bulent Kilic)

Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) assiégeaient dimanche une ville clé kurde syrienne, après avoir pris une soixantaine de villages dans une offensive fulgurante qui a poussé à la fuite des dizaines de milliers de Kurdes syriens en Turquie.

Une prise d'Aïn al-Arab (Kobané en kurde), troisième agglomération kurde de Syrie située à la frontière turque, est cruciale pour l'EI car elle lui permettrait de contrôler une large portion de la frontière syro-turque sans discontinuité.

Fort de quelque 35.000 hommes recrutés dans plusieurs pays notamment occidentaux, ce groupe ultra-radical sunnite continue de s'emparer de régions en Syrie comme en Irak, malgré l'annonce par les Etats-Unis de leur intention de le détruire avec l'aide d'une large coalition internationale.

Selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, Kobané est "totalement assiégée" par l'EI qui a pris plus de 60 villages dans les environs depuis le lancement de sa nouvelle offensive mardi pour reprendre la ville. Il "progresse et se trouve à une dizaine de km" de Kobané.

Bombardement le 20 septembre 2014 de la ville d'Alep dans le nord de la Syrie (AFP-Khaled Khatib)

Les combats font rage entre les jihadistes, munis d'armes lourdes et de chars, et les combattants kurdes qui défendent Kobané avec l'aide de leurs frères d'armes venus de Turquie. Les affrontements ont fait près de 70 morts dans les deux camps, selon l'ONG qui a affirmé que le sort de 800 habitants "restait inconnu".

Devant l'intensité des violences et les craintes des exactions des jihadistes, les civils kurdes de la ville et de ses environs continuaient de fuir vers la Turquie, d'après l'OSDH.

Depuis vendredi, quelque 70.000 d'entre eux ont trouvé refuge dans ce pays, selon le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés qui évoque l'arrivée possible de "centaines de milliers" de personnes supplémentaires, alors que l'opposition syrienne en exil a mis en garde contre un "nettoyage ethnique".

- "Un seul avion américain" -

Au lendemain de cohortes de milliers de personnes, dont de nombreux femmes, enfants et vieillards chargés de sacs et de valises, qui ont traversé le poste-frontière turc de Mursitpinar (sud), des dizaines de Kurdes étaient encore massés dimanche à la mi-journée devant les barbelés, en attendant de passer, sous l’œil vigilant des soldats turcs.

Des femmes et enfants kurdes le 20 septembre 2014 à la frontière entre la Syrie et la Turquie près de la ville de Suruc dans la province Sanliurfa (AFP-Bulent Kilic)

Ceux-ci avaient ouvert vendredi les barbelés séparant les deux pays en plusieurs points pour faciliter le passage de ces réfugiés venant de Kobané et des villages environnants.

"Les rues de Kobané sont quasiment vides et il y a un grand sentiment de peur", a affirmé à l'AFP au téléphone Mustefa Ebdi, militant syrien kurde qui effectue des aller-retours entre la frontière et la cité.

Des civils, "dont des personnes âgées et handicapées, ont été exécutés dans les villages mais nous n'avons pas de chiffre exact", a-t-il ajouté en pleurant. "L'EI pille les maisons".

"La plupart des femmes et des enfants ont quitté Kobané mais il y a des milliers d'hommes armés qui sont préparés à défendre la ville jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Mais que peuvent-ils faire face aux armes lourdes de l'EI?" a-t-il demandé.

"Nous avons besoin d'un seul avion américain pour frapper ces barbares. Où est la coalition anti-EI (menée par les Etats-Unis?) Ils doivent sauver le peuple kurde", a lancé Mustefa Ebdi.

- Renforcer le contrôle à la frontière -

Carte du monde indiquant le niveau d'engagement des partenaires du front contre le groupe Etat islamique (AFP--, P. Pizarro/J.Jacobsen)

En lançant l'assaut sur Kobané, l'EI veut s'assurer une liberté de mouvement dans l'important tronçon qu'il contrôle à la frontière turque et renforcer son emprise dans le nord syrien où il occupe de vastes régions, de même que de larges pans de territoires en Irak voisin.

Dans sa stratégie antijihadistes annoncée début septembre, le président américain Barack Obama, dont le pays mène des frappes contre les positions de l'EI en Irak depuis le 8 août, a affirmé qu'il était prêt à faire de même en Syrie, mais aucune action militaire n'a encore été entreprise dans ce pays.

Le président américain, qui a exclu des troupes au sol en Irak comme en Syrie, veut entraîner et mieux équiper les rebelles modérés syriens pour qu'ils puissent faire face à l'EI, mais cela risque de prendre du temps.

En Irak, les frappes américaines, qui se sont poursuivies samedi au sud-est et à l'ouest de Bagdad, ont aidé les forces irakiennes à freiner la progression jihadiste dans le nord et à reprendre certains secteurs.

Outre les exactions qu'il commet contre les habitants, ce sont les vidéos diffusées par l'EI et montrant l'exécution de deux journalistes américains et d'un humanitaire britannique qui ont révulsé le monde et l'ont poussé à agir.

Seule note positive dans ce contexte macabre, 46 Turcs enlevés à Mossoul (nord) aux premiers jours de l'offensive de l'EI en Irak, ont été libérés et sont arrivés samedi en Turquie, pays voisin de l'Irak, après des "négociations diplomatiques" selon le président turc.

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