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Ukraine: la tension reste vive, Washington met en garde Moscou

Slaviansk (Ukraine) (AFP) Vendredi 25 Avril 2014

Un membre des forces spéciales ukrainiennes à un barrage routier abandonné par les pro-russes, le 24 avril 2014 à Slaviansk (AFP-Kirill Kudryavtsev)

La tension reste vive vendredi en Ukraine, au lendemain d'un assaut meurtrier contre les séparatistes dans l'est du pays dénoncé par la Russie, qui a elle-même écopé d'une sévère mise en garde des Etats-Unis.

La Russie "n'a pas pris la moindre initiative" pour mettre en œuvre l'accord conclu à Genève pour faire baisser la tension en Ukraine, a accusé jeudi soir le secrétaire d'Etat américain John Kerry, dénonçant "une erreur coûteuse".

Il a également accusé la Russie de faire "des efforts démesurés pour saboter activement le processus démocratique par le biais d'une campagne d'intimidation grossière" en Ukraine, qualifiant les nouveaux exercices menés à la frontière par l'armée russe de "menaçants".

Ces manœuvres étaient destinées à riposter à l'assaut lancé par Kiev contre les séparatistes à Slaviansk, bastion des insurgés pro-russes.

Des affrontements qui "ont fait jusqu'à cinq morts" dans les rangs des insurgés et un soldat ukrainien a été blessé, selon le ministère ukrainien de l'Intérieur. Les séparatistes ont fait état d'un mort et d'un blessé dans leurs rangs.

- "Un crime très grave" -

Un homme en tenu militaire tient la garde devant un bâtiment occupé par les pro-russes, le 24 avril 2014 à Slaviansk (AFP-Kirill Kudryavtsev)

"Si le régime actuel à Kiev a vraiment commencé à utiliser l'armée contre la population dans le pays, c'est un crime très grave contre son propre peuple", a lancé le président russe Vladimir Poutine. Il a averti que cette opération aurait "des conséquences pour les gens qui prennent ces décisions".

Le leader des séparatistes de Slaviansk, Viatcheslav Ponomarev, avait demandé dimanche à Vladimir Poutine d'envoyer des troupes russes pour soutenir les insurgés, renforçant les craintes d'une intervention et à terme d'une prise de contrôle des régions de l'Est russophone, à l'image de la Crimée en mars.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé à "éviter à tout prix les actions militaires", redoutant "que la situation n'échappe à tout contrôle avec des conséquences imprévisibles".

Les autorités ukrainiennes, qui ont relancé lundi leur "opération antiterroriste" dans la zone, semblent toutefois déterminées à poursuivre leur offensive.

Carte de l'Ukraine avec la localisation des derniers affrontements dans l'est (AFP-JM. Cornu/A.Bommenel)

"Nous n'allons pas reculer devant la menace terroriste", a lancé le président par intérim, Olexandre Tourtchinov. "Nous exigeons que la Russie cesse de s'ingérer dans nos affaires intérieures, cesse le chantage et les menaces, et retire ses troupes de la frontière orientale de l'Ukraine", a-t-il dit.

Kiev a également annoncé la "libération" de la mairie de Marioupol, un port de près de 500.000 habitants dans le Sud-Est après des heurts qui ont fait cinq blessés.

- Obama menace de sanctions -

A Tokyo, Barack Obama a fait porter sur la Russie la responsabilité de l'échec de l'accord de Genève: "Jusqu'à présent, nous ne les avons pas vu respecter ni l'esprit ni la lettre de l'accord de Genève".

Des membres des forces spéciales ukrainiennes dans un véhicule blindé, le 24 avril 2014 à Slaviansk (AFP-Kirill Kudryavtsev)

M. Obama a ajouté que si la Russie continuait d'ignorer l'accord de Genève et n'agissait pas de façon "plus réfléchie", il y aurait "des conséquences et de nouvelles sanctions" américaines à son encontre.

Une menace réitérée jeudi soir par son secrétaire d'Etat: "Nous sommes prêts à agir", a affirmé M. Kerry.

Selon lui, les sanctions internationales ont déjà entraîné la sortie de Russie de quelque 70 milliards de dollars de capitaux. En l'absence de changement de cap, "le monde entier s'assurera que les coûts augmentent encore pour la Russie", a-t-il menacé.

La Bourse de Moscou, déjà affaiblie depuis deux mois par les fuites massives de capitaux que subit la Russie, a chuté de plus de 2% face à l'escalade, et les prix du pétrole sont partis à la hausse.

En Ukraine également la situation économique se détériore. Les prix ont ainsi augmenté de 50% en moyenne.

Carte localisant les forces mobilisées par les membres de l'OTAN (AFP-JM.Cornu/M.Heuclin)

Les autorités russes n'ont de cesse de dire que les populations ukrainiennes d'origine russe sont menacées par les nationalistes qui soutiennent le pouvoir pro-occidental en place à Kiev depuis la destitution du président Viktor Ianoukovitch.

Washington et Kiev reprochent de leur côté à Moscou d'avoir massé des soldats à la frontière et de soutenir les insurgés de l'Est de l'Ukraine en ayant envoyé des agents armés, ce que Moscou dément.

Les Etats-Unis ont décidé de renforcer leurs forces dans la région en dépêchant 600 soldats en Pologne et dans les pays baltes.

Washington soutient par ailleurs les préparatifs de Kiev pour l'organisation des élections présidentielles anticipées prévues le 25 mai, sur lequelles les autorités pro-occidentales du pays comptent pour asseoir leur légitimité, face à l'insurrection séparatiste pro-russe dans une partie du pays.

Sur le front diplomatique, vendredi à Prague, des responsables d'Ukraine, de Géorgie, de Moldavie, d'Arménie, d'Azerbaïdjan, du Belarus et de l'UE célèbreront le 5e anniversaire du "partenariat oriental", la politique de coopération de l'UE avec ces ex-républiques soviétiques, dont les faiblesses sont apparues au grand jour avec la crise ukrainienne.

La chancelière allemande Angela Merkel recevra de son côté à Berlin son homologue polonais Donald Tusk.

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