Vous êtes ici : Accueil / Info en Continu / Politique / Course folle à Dijon: "pas un acte terroriste", le suspect malade psychiatrique

Diminuer le texte Taille par défaut Augmenter le texte
Imprimer Ajouter aux favoris Parler de cet article à un ami
Partager sur Facebook

Course folle à Dijon: "pas un acte terroriste", le suspect malade psychiatrique

Dijon (AFP) Lundi 22 Décembre 2014

La procureure de la République à Dijon Marie-Christine Tarare, s'adresse à la presse le 22 décembre 2014 (AFP-Jean-Philippe Ksiazek)

"Il ne s'agit absolument pas d'un acte terroriste": l'automobiliste qui a délibérément foncé sur des passants dimanche soir à Dijon en blessant 13 personnes et en criant "Allah Akbar" est atteint de problèmes psychiatriques lourds et anciens, a affirmé lundi la procureur de Dijon.

"Ce qu'il faut retenir de cette dramatique affaire, c'est qu'il ne s'agit absolument pas d'un acte terroriste", a annoncé à la presse Marie-Christine Tarrare, procureur de la République.

Cet homme de 40 ans, atteint de problèmes psychiatriques lourds, a fait "157 passages en unité psychiatrique entre février 2001 et novembre 2014". Il était toujours en garde à vue lundi dans les locaux de la police judiciaire. Le parquet a ouvert une information judiciaire pour "tentative d'assassinat" et requis son placement en détention. Il n'a donc par retenu la qualification "en lien avec une entreprise terroriste".

"Pour me donner du courage j'ai crié +Allah Akbar+", a dit le suspect aux enquêteurs, pour tenter d'expliquer son geste.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors d'une conférence de presse à Dijon, le 22 décembre 2014 (AFP-Jean-Philippe Ksiazek)

S'il a d'abord "envisagé de s'en prendre à des représentants de l'Etat français" en passant devant un commissariat - mais sans s'y arrêter - "c'est en voyant des piétons qu'il a décidé de passer à l'acte, et ce à plusieurs reprises".

"Il n'a pas été guidé par la religion mais politiquement il estimait qu'il fallait qu'il agisse sur le traitement réservé aux enfants (de Tchétchénie), il dit qu'il n'a pas fait ça de gaité de cœur", a encore dit Mme Tarrare.

- 'Ne pas céder à la panique' -

Le président de la République et le ministre de l'Intérieur s'étaient accordés plus tôt lundi pour demander de "ne pas céder à la panique" et de "ne pas tirer de conclusions hâtives", les motivations du conducteur n'étant "pas clairement établies", selon M. Cazeneuve.

En fin de journée, à Montpellier, le Premier ministre Manuel Valls a estimé que "jamais nous n'avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme", appelant à "réagir" face au phénomène des jeunes qui se sentent "impliqués" par le jihad.

Pour sa part, Marine Le Pen, présidente du Front national, a dénoncé "les tentatives de minimiser au maximum les faits". "Lorsqu'on est dans le déni, on peut s'attendre à ce que ceux qui nous gouvernent ne soient pas susceptibles de mettre en œuvre les conditions pour lutter contre ce phénomène", a-t-elle affirmé.

L'immeuble à Dijon le 22 décembre 2014, où réside le conducteur fou qui a foncé sur la foule et blessé 13 personnes (AFP-Jean-Philippe Ksiazek)

Ce drame a d'autant plus marqué les esprits qu'il est intervenu au lendemain d'une autre attaque, à Joué-les-Tours (Indre et Loire) où un jeune d'une vingtaine d'années, Bertrand "Bilal" Nzohabonayo, a attaqué au couteau des policiers du commissariat, blessant trois d'entre eux avant d'être tué par les forces de l'ordre.

Son frère, Brice Nzohabonayo, connu pour son engagement dans un "islamisme pur et dur", a été arrêté au Burundi d'où les deux jeunes gens sont originaires.

A Joué comme à Dijon, les deux agresseurs ont lancé, à plusieurs reprises, le même cri d'"Allah Akbar", ou "Dieu est le plus grand", faisant immédiatement penser à des actions des extrémistes musulmans.

- Traces de sang -

L'automobiliste de Dijon a heurté dimanche soir en plusieurs endroits de la ville 13 personnes, en blessant grièvement deux, sans pronostic vital engagé. Cinq restaient toujours hospitalisées au CHU de Dijon lundi soir, selon un communiqué de l'établissement et, parmi les personnes sorties, se trouve la plus jeune victime, un enfant de 13 ans.

Le suspect est connu de la police pour des faits de droit commun remontant aux années 1990. Ancien toxicomane, il prend "un certain nombre de médicaments", et présente "une psychose ancienne", faite de "délire mystique", a ajouté la procureur.

Interpellé après sa course folle, l'homme "ne conteste pas avoir délibérément foncé sur des piétons". Mais "il n'a pas exprimé de regrets", même s'il s'est dit choqué de son propre geste.

Les voisins de ses parents, chez qui il vivait dans une résidence modeste du centre de Dijon, ont évoqué un homme "toujours très poli et serviable". "Toujours en jogging, casquette et en baskets", ni lui, ni ses parents "ne portent de signes religieux" ou "ont exprimé des opinions" concernant la religion musulmane qu'ils pratiquent notamment pour le ramadan.

Interrogée lundi matin par l'AFP, une femme d'une cinquantaine d'années, témoin du drame, a parlé d'une "vraie scène d'apocalypse".

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2014 AFP Agence France-Presse.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. L'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.