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Panthéon: Hollande célèbre quatre résistants "qui donnent chair et visage à la République"

PARIS (AFP) Mercredi 27 Mai 2015

Les résistants Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay font leur entrée au Panthéon le 27 mai 2014 à Paris (AFP-MARTIN BUREAU)

"Quatre histoires qui donnent chair et visage à la République, en en rappelant les valeurs": François Hollande a rendu mercredi un hommage solennel mais aussi très actuel et politique à Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay pour leur entrée au Panthéon.

"Admirables, sans avoir voulu être admirés, reconnus, sans avoir cherché à être connus, célébrés, sans avoir imaginé être célèbres", ces "quatre quatre grands Français incarnent la Résistance, l'esprit de la Résistance, l'esprit de résistance", a lancé le chef de l'Etat devant leurs cercueils déposés sur des catafalques blancs.

Portés par des gardes républicains depuis la Sorbonne voisine, les cercueils ont été escortés sous un beau soleil de printemps par un cortège de 144 proches, résistants, responsables associatifs, lycéens ou étudiants très émus.

Le président François Hollande devant le Panthéon le 27 mai 2015 (AFP-MARTIN BUREAU)

Pour l'occasion, des portraits géants des quatre "panthéonisés" signés par l'artiste Ernest Pignon-Ernest avaient été tendus entre les colonnes de ce temple républicain.

Ces deux femmes et deux hommes "incarnent l'esprit de la Résistance, l'esprit de résistance. Face à l'Occupation, à la soumission, ils ont apporté la même réponse: ils ont dit non, tout de suite, fermement, calmement", a souligné François Hollande, célébrant leur "courage" avant de conclure: "Prenez place ici, c'est la vôtre."

Les lourdes portes de bronze du Panthéon se sont alors lentement ouvertes bientôt franchies par les cercueils avec, à leur suite, le président suivi des familles alors qu'au dehors retentissaient des applaudissements.

Les résistants Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay font leur entrée au Panthéon le 27 mai 2014 à Paris (AFP-MARTIN BUREAU)

Mais dans son discours, le président Hollande s'est inscrit aussi dans le temps présent pour appeler au "devoir de vigilance" et de "résistance" face à "l'indifférence face au fanatisme, au racisme, à l'antisémitisme", aux "inégalités, aux injustices, aux indécences" et même "aux catastrophes, aux désordres climatiques, à l'épuisement de notre planète".

Aujourd'hui, a-t-il assuré, l'ethnologue "Germaine Tillion serait dans le camp des réfugiés qui accueillent les exilés de Syrie et d'Irak. Elle appellerait à la solidarité pour les Chrétiens d'Orient. Elle se serait mobilisée pour retrouver les filles enlevées par Boko-Aram. Elle s'inquièterait du sort fait aux migrants".

- Un discours parsemé d'allusions -

François Hollande (d) et Manuel Valls (c) rendent hommage aux résistants Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay qui font leur entrée au Panthéon le 27 mai 2014 à Paris (AFP-MARTIN BUREAU)

Rappelant l'"audace réformatrice" de Jean Zay, ministre de l'Education du Front populaire, avec "l'unification des programmes (...), les classes d'orientation, les activités dirigées (ou) les enseignements interdisciplinaires", il s'est exclamé: "on dirait un programme d'aujourd'hui", dans une allusion transparente à la réforme contestée du collège.

Considéré par beaucoup comme étant déjà entré en campagne pour 2017, le président l'a souligné: "La tâche n'est pas finie. Nous devons la mener jusqu'au bout pour un Etat simplifié, pour des territoires équilibrés, pour des procédures modernisées".

Les quatre nouvelles personnalités qui entrent au Panthéon (AFP-L.Saubadu/S. Ramis/A.Bommenel)

Et comme pour contredire ceux qui affirment, tel l'essayiste Emmanuel Todd, que la marche monstre du 11 janvier contre les attentats jihadistes du début janvier n'avait réuni qu'une fraction de la population, le président a lancé: "Tous n'étaient pas là, mais la marche était pour tous".

François Hollande l'avait souligné le 21 février, annonçant les noms des quatre personnalités choisies: l'ethnologue Germaine Tillion représente à ses yeux "l'égalité entre les hommes et les femmes, entre les cultures, entre les peuples".

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ancienne présidente d'ATD Quart-Monde et nièce du général de Gaulle, "c'est la fraternité" avec "les plus pauvres, les oubliés, les exclus, les relégués", poursuivait-il.

L'intellectuel et journaliste Pierre Brossolette, "c'est la liberté" de celui qui se suicida sans avoir parlé après deux jours de torture par la SS.

Quant à Jean Zay, assassiné en juin 1944 par des miliciens, "c'est la laïcité", mais aussi "la République, l'école de la République".

Le Panthéon, dont le fronton proclame la devise "Aux grands Hommes, la patrie reconnaissante", n'accueillait jusqu'ici que deux femmes sur 71 personnalités, la physicienne Marie Curie, Prix Nobel de physique puis de chimie, et Sophie Berthelot, qui n'y repose toutefois qu'en sa qualité d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot.

Cinquante ans plus tôt, le 19 décembre 1964, un autre grand résistant faisait son entrée au Panthéon, Jean Moulin, accueilli par le discours historique d'André Malraux ("Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège...") dans une atmosphère beaucoup plus tragique et sombre.

A l'exception de Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, tous les prédécesseurs de François Hollande sous la Ve République ont usé de cette prérogative présidentielle: choisir et accompagner de grandes figures républicaines sous l'immense coupole, au coeur du Quartier Latin.

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