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Homosexuels exclus du don du sang: le comité d'éthique pour un Statu quo

Paris (AFP) Mardi 31 Mars 2015

Photo d'une collecte de sang prise dans la grande salle des Illustres de la mairie de Toulouse, le 20 janvier 2006 (AFP/Archives-Georges Gobet)

Les homosexuels devraient continuer à être exclus du don du sang en France en l'état actuel des connaissances, selon un avis rendu mardi par le Comité national d'éthique, qui scandalise des associations de défense des homosexuels.

"Le don du sang n'est pas un droit. Ce qui prime c'est la santé et la protection du receveur", a résumé Jean-Claude Ameisen, président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), en présentant l'avis demandé par la ministre de la Santé Marisol Touraine.

"Le Comité considère qu'il faut maintenir les contre-indications" en attendant de nouvelles études scientifiques et des évolutions jugées "indispensables" sur l'information et la responsabilisation des donneurs.

Les hommes qui déclarent avoir eu une ou des relations sexuelles avec d'autres hommes sont depuis 1983 exclus du don du sang à vie en raison d'un risque considéré comme accru de contamination par le virus du sida.

Mais cette interdiction est contestée par diverses associations qui l'assimilent à une forme de discrimination sur l'orientation sexuelle, tandis que d'autres y sont très favorables, en arguant d'un risque sur la sécurité des produits sanguins.

"Cet avis est absurde. C'est un comportement à risques qui doit aboutir à une exclusion, et encore temporaire, pas le fait qu'on est homosexuel ou qu'on a eu une relation homosexuelle il y a vingt ans. C'est un signal extrêmement inquiétant", a réagi Stéphanie Nicot, présidente de la fédération LGBT.

"Nous sommes très déçus dans la mesure où la ministre avait été plutôt rassurante. On espère que cet avis ne sera pas suivi par le gouvernement", a déclaré à l'AFP Yohann Roszéwitch, président de SOS Homophobie.

François Hollande, avant la présidentielle de 2012, avait promis d'autoriser le don du sang aux homosexuels.

Dix des 28 pays de l'Union européenne sont passés d'une exclusion permanente à des contre-indications temporaires, de durée variable en fonction de la prise de risque sexuel.

En Italie, Espagne et Pologne, les exclusions temporaires sont du même ordre pour les comportements à risque hétéro ou homosexuels.

En France en revanche, les interdictions temporaires (en général d'une durée de quatre mois) ne concernent que les hétérosexuels qui ont eu des rapports sexuels à risques (non protégés et/ou avec plus d'un partenaire au cours des quatre derniers mois).

Interrogé par Mme Touraine sur la pertinence de faire évoluer la situation pour les homosexuels en France, le CCNE est resté très prudent: "Au stade actuel des connaissances, et tant que les réflexions, évolutions et recherches demandées n'auront pas abouti, toute modification des contre-indications exposerait à des risques médicaux qui doivent être pris en considération d'un point de vue éthique".

- Réévaluer le bien-fondé de l'exclusion -

Le nombre de nouveaux cas d'infections par le VIH est 200 fois plus élevé parmi les hommes qui ont eu, au cours des 12 derniers mois, des relations sexuelles avec d'autres hommes, rappelle le Comité.

Pour l'instant le risque de don contaminant, estimé pour la période 2009 à 2011, est faible, de l'ordre d'un pour 2 millions et demi de dons de sang.

Selon un travail de modélisation, il pourrait être multiplié par 3,5 (soit un don contaminant sur 700.000 dons de sang) si les homosexuels ayant eu des relations sexuelles avec des hommes durant les 12 mois précédant le don, faisaient l'objet d'une contre-indication temporaire et non plus permanente, selon le CCNE.

Pratiqués aujourd'hui de manière obligatoire chez tous les donneurs de sang, des tests biologiques permettent de détecter l'infection par le VIH à partir du 12e jour qui suit une contamination.

Le danger provient de la "fenêtre silencieuse", cette période initiale de 12 jours durant laquelle l'infection demeure indétectable.

Les usagers de drogues injectables et les transfusés sont également exclus du don du sang en France.

L'infectiologue Jean-Louis Vildé, membre du CCNE, insiste sur le fait que "la sécurité doit être maximum et le risque le plus minime possible". Aucune augmentation de risque n'est selon lui "acceptable".

Le Pr Ameisen se veut néanmoins rassurant: le dernier cas de contamination d'un receveur en France date d'il y a 13 ans.

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