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La disparition du "père" du Mediator n'arrête pas le procès

Paris (AFP) Jeudi 17 Avril 2014

Jacques Servier au palais de justice de Nanterre, le 21 mai 2013 (AFP/Archives-Lionel Bonaventure)

Le décès de Jacques Servier est un "échec pour la justice" aux yeux de victimes déçues que le grand procès du Mediator espéré pour 2015 soit appelé à se dérouler sans le personnage central de ce grand scandales sanitaire.

Le fondateur du groupe pharmaceutique français Servier est mort mercredi à l'âge de 92 ans. Mais au-delà de sa réussite industrielle, son nom restera associé au scandale "gigantesque" du Mediator, selon les termes de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine.

Utilisé par cinq millions de personnes en France, ce médicament est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire.

Deux instructions sont en cours à Paris. La première, qui constitue le volet principal de l'affaire, porte notamment sur des faits de tromperie, d'escroquerie et de trafic d'influence. Certains cas de victimes y ont été joints, ce qui pourrait permettre au premier semestre 2015 la tenue d'un grand procès où seraient aussi jugés des faits d'homicides et blessures involontaires.

La seconde enquête sera plus longue, puisqu'y sont examinés les cas de tous les patients ayant porté plainte après avoir pris ce médicament.

Une plaquette de Mediator (AFP/Archives-Fred Tanneau)

Dans ces enquêtes, M. Servier avait été plusieurs fois mis en examen, mais son décès entraîne automatiquement l'extinction de l'action publique le concernant.

"Certaines victimes m'ont confié qu'elles aussi auraient espéré vivre aussi longtemps que Jacques Servier, mais à cause de lui, elles n'auront pas cette chance", a déclaré à l'AFP Me Jean-Christophe Coubris, avocat de l'Association des victimes du Mediator (Avim).

Pour le Dr Dominique Courtois, président de cette association, "M. Servier incarnait le laboratoire dans tout ce qu'il avait d'odieux pour les victimes. Le fait qu'elles ne pourront pas le voir physiquement, c'est très dur".

La pneumologue Irène Frachon, à l'origine de la révélation du scandale du Mediator, a adressé ses pensées à "d'autres morts que Jacques Servier", racontant avoir perdu il y a peu un patient, victime du Mediator, "mort dans des souffrances abominables".

Me Charles Joseph-Oudin, conseil d'autres victimes, a vu dans cette disparition un "échec pour la justice". Contactés par l'AFP, les avocats de M. Servier n'ont pas souhaité réagir dans l'immédiat.

- "Le laboratoire, lui, n'est pas mort" -

Outre Jacques Servier, 27 personnes ont été mises en examen dans le volet principal, a indiqué jeudi une source judiciaire. Onze sont des personnes morales, essentiellement des sociétés du groupe Servier, mais aussi l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Les autres sont des dirigeants de Servier, des fonctionnaires, des médecins encore une ex-sénatrice soupçonnée pour ses liens avec Servier.

Le fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, au tribunal de Nanterre le 21 mai 2013 (AFP/Archives-Lionel Bonaventure)

"Jamais Servier n'aurait pu agir ainsi et aussi longtemps s'il n'y avait pas eu autant de complicités, à tous les niveaux et à tous les étages", explique Me Coubris. "Mais ce procès se tiendra. (...) Le laboratoire Servier, lui, n'est pas mort et nous espérons que sa condamnation sera exemplaire".

La fin de l'enquête serait imminente, selon plusieurs sources proches du dossier. Au-delà, les parties pourront effectuer des observations, et le parquet prendra ses réquisitions avant un éventuel renvoi en procès.

Le procureur de Paris, François Molins, avait indiqué en janvier que deux des huit magistrats de la section santé publique de son parquet étaient affectés exclusivement depuis juin 2013 à ce dossier, afin que les réquisitions tombent au plus vite.

Le Mediator, qui contient une molécule coupe-faim, le benfluorex, a été indiqué pendant trente ans, d'abord contre l'excès de graisses du sang, puis comme traitement adjuvant chez les diabétiques en surpoids, avant d'être retiré du marché fin 2009. Il a en fait été largement prescrit pour maigrir.

Or, "l'effet anorexygène" a "été écarté systématiquement de la stratégie d'information de la firme Servier", avait déclaré M. Molins, citant les conclusions de l'expertise versée au dossier en décembre. Celle-ci relevait aussi que "rien ne justifiait que le Mediator soit maintenu sur le marché (...) après 1994 et surtout après 1997".

Le décès de son président fondateur, qui n'avait pas désigné officiellement de successeur, ouvre par ailleurs une période d'incertitude pour Servier, deuxième groupe pharmaceutique français jusqu'ici attaché à son indépendance à l'égard des géants du secteur.

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