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Le quotidien d'un médecin-légiste à l'Institut médico-légal de Paris

Paris (AFP) Vendredi 31 Octobre 2014

Entrée de l'Institut médico-légal (IML) de Paris le 16 octobre 2014 (AFP/Archives-Martin Bureau)

C'est armé d'un scalpel qu'il tâche de "redonner la parole aux morts pour que justice leur soit rendue". Loin d'être le synopsis d'une nouvelle série policière, c'est le quotidien de Bertrand Ludes, directeur de l'Institut médico-légal (IML) de Paris.

Dans l'aile réservée aux autopsies, le froid plus que l'odeur des lieux, baignés de lumière, saisit. La température y excède rarement 16°C et la javel combinée au formol vaporisé au moment de la désinfection, aseptisent les salles aux murs défraîchis.

Difficile d'imaginer que 3.000 corps y sont examinés chaque année et que 2.000 autopsies sont pratiquées (six à dix par jour) sur les quatre tables en acier éclairées de grandes lampes chirurgicales.

"Notre métier vise à rendre la parole aux morts et trouver tous les éléments nécessaires pour que justice puisse leur être rendue", explique le professeur Ludes, qui reçoit à la pause déjeuner pour éviter qu'un mort soit aperçu par inadvertance.

"Cela reste le corps d'un être humain, d'une victime ; lorsque l'on pratique une autopsie, c'est toujours avec déférence; ce n'est pas parce que l'on dissèque qu'on ne respecte pas le corps", affirme ce quinquagénaire tout en longueur.

La mort à l'IML, qui reçoit les corps des personnes non identifiées ou décédées sur la voie publique, les morts criminelles et suspectes, a le plus souvent le visage d'un jeune, souvent d'un homme. Parfois, sa vue est insoutenable.

Entrée de l'Institut médico-légal (IML) de Paris le 16 octobre 2014 (AFP/Archives-Martin Bureau)

"Il y a des corps qui sont plus ou moins altérés donc plus difficiles pour tout un chacun de voir, avec des odeurs plus ou moins désagréables mais pour le professionnel, ce qui nous anime, c'est retrouver les causes du décès", poursuit-il.

Une fois qu'il a passé sa blouse, mis son bonnet, enfilé ses gants et baissé sa visière pour se protéger des projections, Bertrand Ludes est concentré sur l'objectif: trouver la cause de la mort, naturelle ou criminelle et le modus operandi qui a conduit au décès.

- La hantise de l'autopsie blanche -

Une autopsie peut prendre entre une et huit heures en fonction des lésions. Une quinzaine de prélèvements sont effectués sur les viscères et les fluides corporels. "L'autopsie blanche", sans conclusions, est sa hantise. "C'est pourquoi nous nous entourons de toute la précision de la dissection et de tous les examens complémentaires", explique-t-il.

Des examens "de plus en plus pertinents et performants", estime M. Ludes. "On arrive désormais à retrouver des molécules sur des quantités très très faibles voire sur les cheveux ou les ongles et quelques cellules suffisent à identifier une personne ou caractériser un viol".

Comme dans les séries, il lui arrive de se déplacer sur une scène de crime, pour écarter l'intervention d'un tiers ou dater la mort mais cela reste exceptionnel.

Ses traits d'esprit n'ont rien à envier à ceux de Gil Grissom, son alter-ego des Experts. "Nous ne sommes pas dénués d'humour", concède-t-il en souriant, "je suis pour ma part d'un optimisme fou car je sais comment je terminerai".

Les points communs avec les personnages de fiction s'arrêtent là. "On ne résout jamais aussi vite et tout seul un crime. Je préfère les aventures d'Hercule Poirot. L'intrigue se passe toujours dans des lieux idylliques et ça ne sent jamais mauvais", plaisante-t-il.

Et puis, la "fin de l'histoire", il ne l'apprend très souvent qu'au procès en cour d'assises, où il est entendu comme expert. Son expertise sur les diatomées, des algues présentes dans l'eau, a permis de résoudre une enquête digne d'un très bon polar.

"Une personne âgée avait été retrouvée dans un cours d'eau derrière sa maison", raconte-t-il. "Ses proches affirmaient qu'elle avait dû se noyer au cours d'une promenade nocturne. Mais l'examen ne retrouvait aucune diatomée provenant du cours d'eau. En fait, elle avait été tuée par un membre de son entourage", conclut le médecin, avec le sentiment du devoir accompli.

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