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A Hong Kong, les beaux arts de la révolte

Hong Kong (AFP) Jeudi 23 Octobre 2014

Des affiches réalisées par les manifestants pro-démocratie à Hong Kong, le 23 octobre 2014 (AFP-Philippe Lopez)

L'art est une révolte, écrivait Albert Camus. A Hong Kong, la révolte s'est faite art: les manifestants prodémocratie ont créé sur le principal site d'occupation un atelier à ciel ouvert, mémoire vive du mouvement, mais ils craignent sa destruction par la police.

Quatre semaines se seront écoulées dimanche depuis le point de rupture du 28 septembre, lorsque les forces de l'ordre se sont violemment opposées aux jeunes militants prodémocratie qui réclament de choisir dès 2017 les dirigeants de l'ancienne colonie britannique.

Après avoir été partiellement délogés des quartiers commerçants de Causeway Bay et de Mongkok, les protestataires tiennent une autoroute urbaine sur environ un kilomètre près du siège du gouvernement à Admiralty. Spontanément, ils ont fait de ce lieu ordinairement saturé de véhicules et de gaz d'échappement une exposition de plein air.

Et plus encore: le manifeste de toute une génération.

Un drapeau de Hong Kong dont l'emblème traditionnel, des pétales de fleur, a été remplacé par les parapluies symboles des manifestants pro-démocratie, à Hong Kong, le 23 octobre 2014 (AFP-Philippe Lopez)

En son centre trône "L'homme-parapluie", une sculpture en tuiles de bois de quatre mètres de haut qui rend hommage aux parapluies dont se servent les frondeurs pour se protéger du soleil, de la pluie et des projections de mousse poivrée par les policiers antiémeute.

Entre les tentes multicolores, les stocks de vivres et les postes de secours rudimentaires, on dessine, on coupe, on colle, on peint...

"Tout le monde peut voir et participer", s'enthousiasme Meaghan McGurgan, fondatrice de l'Umbrella Movement Art Preservation Group (UMAP, littéralement: groupe de conservation du mouvement artistique des parapluies).

Une affiche sur le site principal des manifestations à Hong Kong, dans le quartier d'Admiralty, le 23 octobre 2014 (AFP-Philippe Lopez)

Les parapluies en origami connaissent un grand succès. Le moindre espace sur les murs, les poteaux ou la glissière centrale sont recouverts de papiers flottant au vent, de croquis, de photos, de textes.

Des centaines de personnes sont comme à l'atelier cependant que des gardiens surveillent les accès au site. "Leur mission est de m'appeler", explique Meaghan McGurgan. "Je peux en cas de besoin mobiliser les équipes de secours".

- "Destruction du beau" -

L'essentiel des créations qui pavoisaient le site de Mongkok a été anéanti ces dernières semaines. A Admiralty, les artistes ont donné la permission aux bénévoles de l'UMAP d'évacuer leurs oeuvres.

Mais pour les stocker où? Les musées de la ville ont d'ores et déjà éconduit les manifestants. "Soit ils n'ont pas donné suite, soit ils ont dit qu'ils n'étaient pas intéressés parce qu'il s'agissait d'art politique", selon Meaghan McGurgan.

Des affiches sur le site principal des manifestations pro-démocratie à Hong Kong, le 23 octobre 2014 (AFP-Philippe Lopez)

Une dizaine de galeries se sont en revanche engagées et des camions ont été mis à disposition.

La tâche n'en serait pas moins ardue pour déplacer le "Lennon Wall", un mur d'escalier recouvert par des milliers de post-it jaunes, roses et bleus sur lesquels partisans et détracteurs du mouvement ont couché leurs pensées.

"Nous avons pris des photos à grande échelle, à bonne distance, en les divisant en sections", indique Meaghan McGurgan. "Si nécessaire, il nous suffira de le recomposer comme un puzzle".

Et si les bénévoles sont pris de court, ils documenteront "la destruction du beau", ajoute-t-elle. L'UMAP se charge actuellement de constituer les archives numériques de la "révolte des parapluies".

Un autre groupe de militants travaille sur "la formation d'une communauté et la transformation de l'espace" en foyer d'expression et de revendication, expose son cofondateur, Sampson Wong.

Ce collectif (The Umbrella Movement Visual Archive and Research Collective) recense par exemple les panneaux de signalisation détournés, analyse l'organisation sociale des manifestants sur le site d'Admiralty, l'aménagement de ce territoire hyperurbain reconquis sur l'automobile.

"En regardant de près, on trouve ici toutes les formes habituelles de la vie (sociale) bien qu'obéissant à une structure différente", assure Sampson Wong.

Pour Kacey Wong, un artiste local, le patrimoine artistique des manifestations d'octobre doit être impérativement préservé pour les générations futures. "J'ignore ce que sera l'avenir de Hong Kong mais pour l'instant il est plutôt sombre. Il faut que dans 25 ans les enfants puissent se souvenir d'un monde qui était hautement civilisé et plein d'espoir".

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