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A Los Angeles, un quartier se rebiffe contre la "gentrification"

Los Angeles (AFP) Dimanche 20 Août 2017

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Peinture murale dans le quartier de Boyle Heights à Los Angeles (Californie), aux Etats-Unis, le 28 juillet 2017 (AFP-Mark RALSTON)

Tout a commencé un matin lorsqu'Eva Chimento a trouvé mystérieusement ouverte la porte de sa galerie de Boyle Heights, un quartier hispanique de Los Angeles.

Une autre fois, la serrure a été forcée.

"Et j'ai reçu une lettre d'une artiste qui m'invitait à une réunion d'un groupe de femmes, +The Ovarian Psychos+ (les psychopathes ovariennes) pour parler de la gentrification", le processus d'embourgeoisement des quartiers populaires, explique à l'AFP la galeriste brune au large sourire. "Ca a été horrible. Je m'y suis fait insulter."

Mihai Nicodim, un galeriste voisin, a eu sa porte vandalisée, vu des manifestations perturber ses vernissages, et sa façade a été taguée de messages insultants comme - "J'emmerde l'art blanc".

"Et tout ça pendant que j'exposais un artiste chinois. Je représente un Sud-Africain, des artistes du quartier...", s'exaspère celui qui vit à Boyle Heights depuis des décennies, et qui est arrivé aux Etats-Unis comme réfugié roumain sans le sou.

La galeriste Eva Chimento à Boyle Heights à Los Angeles, le 28 juillet 2017 (AFP-Mark RALSTON)

C'est qu'à Boyle Heights, certains ont décidé de se rebiffer contre la "gentrification" de leur quartier.

Quelques centaines de mètres plus loin, Irma Aguilar vient de voir son loyer bondir de 1.000 à 1.800 dollars et risque de perdre l'appartement où elle vit depuis vingt ans. "Que veulent-ils que nous fassions avec des galeries d'art? Nous n'allons pas acheter de tableaux, notre communauté a besoin d'écoles" ou d'une laverie, s'insurge cette femme au foyer de 43 ans.

- Question de survie -

A Boyle Heights, où presque toutes les enseignes sont en espagnol, "les gens sont très pauvres, c'est l'un des seuls quartiers de Los Angeles où la population latino peut survivre, à cause de la langue" et de la culture, remarque James Rojas, urbaniste, artiste et militant.

La gentrification, à travers l'Amérique et en passant par Londres, Paris ou Marseille, commence souvent par l'arrivée d'artistes et galeries en quête de vastes espaces à bas loyers. Puis s'installent des boutiques et restaurants branchés. A terme, les loyers s'envolent et les habitants d'origine se voient forcés de déménager.

Peintures murales place Mariachi fraîchement rénovée dans le quartier de Boyle Heights, à Los Angeles, le 28 juillet 2017 (AFP-Mark RALSTON)

"Historiquement, le centre de Los Angeles était pauvre et ouvrier, les plus riches vivaient dans les banlieues. Mais depuis le début des années 2000, les jeunes gens aisés se réinstallent au coeur de la ville", explique James Rojas.

A Los Angeles, en proie à une flambée immobilière et une crise du logement, le secteur administratif de Downtown, jadis un "no man's land", est ainsi devenu en dix ans l'un des quartiers vibrants du pays. Boyle Heights, à quelques encablures, en est l'extension.

La tension est encore montée avec l'ouverture il y a quelques semaines de Weird Wave Coffee, un café trop "hipster" au goût de certains, accueilli par des manifestations et une vitrine vandalisée.

"Nous n'avons pas l'intention d'embourgeoiser le quartier (...) on vend juste du café", soupire Jackson Defa, l'un des trois associés de ce petit commerce au long comptoir et aux murs décorés d'oeuvres d'artistes locaux et d'un poster du boxeur philippin Pacquaio.

Jackson assure que les prix de leurs cappuccinos et citronnades - aux vrais citrons pressés et fraises écrasées - sont moins élevés que chez Starbucks, une multinationale dont l'établissement à quelques pas du sien n'a pas été inquiété par les contestataires.

Pour James Rojas, ces derniers feraient mieux de s'opposer à la spéculation immobilière ou de militer pour des lois protégeant les locataires.

- Lame de fond irrépressible -

Découragée par ce harcèlement, une première galerie, Pssst, a d'ores et déjà mis la clé sous la porte. Une décision saluée comme une victoire par le groupe "Defend Boyle Heights", à l'avant-garde de la fronde.

La galeriste Eva Chimento dans le quartier de Boyle Heights à Los Angeles, le 28 juillet 2017 (AFP-Mark RALSTON)

Eva Chimento, qui a ouvert sa galerie avec un petit budget pour assouvir sa passion pour l'art, n'a aucune intention de faire de même.

"Si je comprends le besoin de logements abordables? Bien sûr, je suis mère célibataire! Mais rien ne marche sans dialogue et compromis", estime-t-elle.

Beaucoup sont fatalistes face à ce qu'ils considèrent comme une lame de fond irrépressible.

Jackson Defa lui-même fait les frais de la gentrification à San Francisco: la flambée des loyers à cause du boom de la high-tech l'a forcé à s'exiler à Los Angeles...

Malgré le tumulte, il ne regrette pas d'avoir choisi Boyle Heights: "Certains veulent faire croire que nous ne sommes pas les bienvenus mais quand notre vitrine a été vandalisée, tout le quartier a donné de l'argent pour payer les réparations."

Elizabeth Blaney, militante de l'association de défense des résidents locaux "Union de Vecinos", estime que les galeries et autres commerces qui contribuent à l'embourgeoisement des quartiers doivent prendre leurs responsabilités.

"Nous ne soutenons pas la violence mais il faut comprendre que ces gens se battent pour leur logement (...) C'est un acte de violence que de mettre quelqu'un à la rue", fait-elle valoir.

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