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Élections au Brésil: silence des favoris sur l'avortement et le mariage gay

Rio de Janeiro (AFP) Vendredi 19 Septembre 2014

Des participants à la parade LGBT de la favela de Mare à Rio de Janeiro le 7 septembre 2014 (AFP/Archives-Yasuyoshi Chiba)

Légalisation de l'avortement, droits des homosexuels? Les principaux candidats à l’élection présidentielle du 5 octobre au Brésil esquivent soigneusement ces thèmes brûlants par crainte de heurter la sensibilité religieuse de leurs électeurs.

Tant la présidente de gauche Dilma Rousseff, chrétienne du bout des lèvres, que sa principale rivale, l'écologiste et fervente évangélique Marina Silva, se gardent au maximum d'aborder ces questions sensibles dans un Brésil profondément religieux.

Le géant d'Amérique latine et ses 202 millions d'habitants est le pays comptant le plus de catholiques au monde. Leur monopole y est de plus en plus disputé par la poussée des églises évangéliques néo-pentecôtistes, encore plus conservatrices et radicales sur ces thèmes de société.

"Les candidats ont très peu à gagner avec des prises de position fermes sur ces questions", explique l'analyste Fernando Lattman-Weltman, de l'Université privée Fondation Getulio Vargas. D'autant que les "préoccupations prioritaires de l'électeur moyen sont l’économie, l’emploi, et la santé".

Des manifestants pour la légalisation de la marijuana à Sao Paulo le 26 avril 2014 (AFP/Archives-Nelson Almeida)

Les sondages n'encouragent pas à la prise de risque: 79% des brésiliens s’opposent à la légalisation de l’avortement et de la marijuana, et 53% sont contre le mariage gay, selon une enquête Ibope publiée début septembre.

La présidente Rousseff, une ex-guérillera de 66 ans, membre d'un Parti des Travailleurs (PT) à l'origine proche des thèses marxistes, sait ce qu'il peut en coûter. Elle s'était jadis déclaré agnostique, avait même pris position en 2007 pour la légalisation de l'avortement. Mais lorsqu'elle s'est lancée en 2010 dans la course à la présidentielle, elle s'est soudain découverte "chrétienne", sous la pression des secteurs conservateurs de la coalition appuyant sa candidature.

Marina Silva apparaît à première vue plus en phase avec l'électorat brésilien sur ces thèmes. Mais elle marche aussi sur des oeufs. Donnée à égalité technique avec Dilma Rousseff pour le probable second tour du 26 octobre, la candidate du Parti socialiste brésilien (PSB) est née dans une famille pauvre et catholique. Elle a même failli devenir religieuse, mais s'est ensuite convertie à la foi évangélique, comme des dizaines de millions de Brésiliens.

- "Erreur d'impression" -

Au-delà de ses propres convictions, cette ancienne membre du PT et ministre de l'ex-président Lula cherche à capter les voix des déçus du "Lulisme". Elle évite donc de heurter de front les franges les plus laïques de l'électorat du PT, qui la décrit comme une "fondamentaliste".

Elle s'est ainsi déclarée "personnellement" contre la légalisation de l'avortement, tout en soulignant qu'elle ne s'opposerait pas à un référendum, au résultat connu d'avance, sur la question.

L’avortement au Brésil n’est autorisé qu'en cas de viol ou de risque vital pour la femme enceinte. Dans la pratique, 800.000 Brésiliennes se font avorter clandestinement chaque année du Brésil. Et 200.000 d'entre elles meurent chaque année, selon l'ONU.

"Au Brésil, beaucoup de femmes se proclamant contre l'avortement tout en ayant elles-mêmes avorté. Mais en période électorale, le débat vire toujours au manichéisme. Cela devient une affaire entre le bien et le mal", explique la sociologue et spécialiste en sondages Fatima Jordao.

Le débat sur les droits des homosexuels s'est envenimé au début de la campagne, lorsque Marina Silva a fait supprimer certaines propositions libérales du programme électoral de son parti au lendemain de sa publication.

Possibilité pour les transsexuels de changer de nom et de sexe sur leur état civil, appui à des lois punissant l’homophobie ou autorisant le mariage gay: ces mentions ont été rayées d'un trait du jour au lendemain.

L'équipe de campagne de Marina Silva a parlé d'une "une erreur d'impression" du programme. Les médias brésiliens ont évoqué la pression de puissantes églises évangéliques.

Au Brésil, le mariage entre personnes du même sexe est autorisé dans les faits par la Cour suprême. Mais les députés se sont bien gardés de l'inscrire dans la loi.

Dilma Rousseff s’est manifestée publiquement en faveur d’un projet de loi criminalisant les actes d'homophobie, tout comme le candidat social-démocrate Aecio Neves, troisième dans les sondages.

Mais ce projet, remontant à 2006, est bloqué depuis des années au parlement en raison du poids des députés évangéliques.

Seuls les candidats Eduardo Jorge (Parti vert) et Luciana Genro (PSOL, extrême gauche) militent ouvertement pour la légalisation de l'avortement, du mariage gay et de la marijuana. Le pasteur évangélique conservateur Everaldo(PSC) fait radicalement campagne en sens inverse.

A eux trois, ils rassemblent à peine 1% des intentions de vote.

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