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Jeune Chinois cherche épouse vietnamienne, pour le meilleur et pour le pire

Linqi (Chine) (AFP) Vendredi 22 Août 2014

Nguyen Thi Hang, vietnamienne mariée à un chinois dans son échoppe, dans le village de Weijian (province du Henan), le 29 juillet 2014 (AFP-Greg Baker)

Leurs mariages ont été arrangés moyennant finance, mais certaines Vietnamiennes qui ont trouvé leur prince charmant dans un village chinois se disent pleinement satisfaites de leur sort.

"Économiquement, on vit bien mieux en Chine", estime Nguyen Thi Hang, une jeune Vietnamienne ayant épousé un homme de Linqi.

Une vingtaine de ses compatriotes sont mariées à des Chinois dans cet ensemble de hameaux éparpillés à travers des champs de maïs sur des collines du Henan, l'une des provinces les plus pauvres de Chine.

Dans cette campagne reculée -- située à 1.700 kilomètres du Vietnam --, le "marché" des femmes d'Asie du sud-est est en plein essor, nourri par la carence de femmes dans la population locale.

Hang, 30 ans, est arrivée à Linqi en novembre dernier. Dans une rue poussiéreuse, elle tient aujourd'hui une petite épicerie, où elle vend nouilles, sodas et cigarettes malgré ses problèmes de communication avec ses clients.

Elle apprécie sa chambre en béton brut, avec toilettes à l’extérieur derrière un poulailler.

"Au Vietnam, on vivait dans une maison en brique de mauvaise qualité, et les fermiers devaient travailler dur dans les rizières", explique-t-elle.

Son mariage avec un jeune Chinois de 22 ans a été arrangé par sa famille. Une petite cérémonie a eu lieu successivement dans les deux pays.

"Je sais qu'ils ont donné de l'argent à ma famille, mais je n'ai pas osé demander combien", reconnaît Hang.

Son mari, qui travaille sur des chantiers, passe l'essentiel de l'année loin du village. Son beau-père aux tempes grisonnantes est fier de la jeune femme.

"Les Vietnamiennes nous ressemblent, elles sont prêtes à faire n'importe quel boulot, et elles ne rechignent pas à travailler", estime Liu Shuanggen. "Ce n'est pas facile de trouver une épouse par ici, il n'y a pas beaucoup de femmes".

- Dot quatre fois moins chère -

En Chine, des décennies de meurtres à la naissance et d'abandons de nouveaux-nés de sexe féminin puis d'avortements sélectifs par des familles privilégiant les garçons ont amené un déséquilibre massif entre les sexes: aujourd'hui encore, 118 garçons naissent pour 100 filles.

D'où une explosion du montant des dots. "Pour marier une fille, la famille exige en général une voiture et une maison. C'est plus facile de se marier si on a de l'argent", explique Wang Yangfang, tenancier d'un petit magasin.

D'après les habitants de Linqi, la dot à acquitter pour épouser une Vietnamienne est de 20.000 yuans (2.420 euros), moins d'un quart de la somme à débourser pour une Chinoise.

Vu Thi Hong Thuy, Vietnamienne montre la photo de son époux chinois, le 30 juillet 2014 dans le village de Weijian (province du Henan) (AFP-Greg Baker)

Mais les abus sont courants.

Cette année, l'AFP a visité un refuge au Vietnam, où une douzaine de femmes racontaient avoir été piégées par des proches et vendues contre leur gré.

En 2011, les autorités birmanes dénonçaient dans un rapport le trafic de femmes à destination de la Chine.

Et la police chinoise, sur la seule année 2012, a "secouru et rapatrié" 1.281 femmes étrangères enlevées. La plupart venaient de pays d'Asie du Sud-est, d'après le quotidien d’État China Daily.

Selon des experts, l'absence de contrôles dans les zones rurales laisse penser que ce chiffre est sous-estimé.

- 'Très difficile de s'enfuir' -

A Linqi, interrogés par l'AFP, plusieurs foyers ont refusé de parler du nouveau membre vietnamien de leur famille.

Un chauffeur désigne un petit hameau entouré de pics vertigineux. "Quand (des Vietnamiennes) arrivent là-bas, elles s'enfuient au bout de quelques jours", explique-t-il.

"Mais ce n'est pas facile de s'enfuir, car les montagnes sont escarpées, et tout le monde a de la famille dans les villages alentour", sourit-il. "Les proches s'organisent et vous ramènent."

Impossible de dire combien de Vietnamiennes établies en Chine ont été victimes d'un trafic de femmes.

"Il n'y a pas de chiffres précis", indique Feng Gang, professeur de sociologie à l'université du Zhejiang. Mais "la proportion de mariages forcés n'est probablement pas très élevée. Certaines changent d'avis, alors que d'autres veulent escroquer le mari du montant de la dot".

Vu Thi Hong Thuy, Vietnamienne mariée avec un Chinois, parle à des clients dans son échoppe de Weijian (province de Henan), le 29 juillet 2014 (AFP-Greg Baker)

A l'inverse, certains mariages sont consentis et apparaissent non dénués d'authentiques sentiments amoureux. Ainsi, des hommes de Linqi sont allés travailler au Vietnam, où ils ont directement rencontré leur épouse.

"On a eu le temps de se connaître, on est tombé amoureux et on s'est mariés", résume Vu Thi Hong Thuy, une jeune mariée de 21 ans. "La vie est plus facile maintenant que mon mari est seul à travailler", ajoute-t-elle.

Sur des sites matrimoniaux chinois, les Vietnamiennes sont présentées comme "douces" et "obéissantes".

"Nous demandons 3.000 yuans (365 euros) pour organiser un rendez-vous à Hô-Chi-Minh-Ville. C'est 36.000 yuans de plus pour le mariage, photos comprises", indique l'employé d'un des sites, sous couvert d'anonymat.

Le site en question propose même une assurance: "Si la femme divorce ou s'enfuit au cours des deux premiers mois, nous nous engageons à trouver une nouvelle partenaire."

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