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Los Angeles: Skid Row, la Cité des Anges déchus

Los Angeles (AFP) Mardi 30 Septembre 2014

Des sans-abri dorment sur le trottoir dans le quartier de Skid Row à Los Angeles en Californie, le 22 septembre 2014 (AFP-Robyn Beck)

Une femme hagarde marche sur la chaussée et manque de se faire heurter par une voiture. Des hommes et des femmes, certains en haillons, sortent de tentes installées sur le trottoir: au coeur de Los Angeles, Skid Row reste depuis un siècle la "capitale" américaine des sans-abri.

Une peinture murale résume la situation: "Skid Row, population: trop de gens". Sur une trentaine de pâtés de maison, environ 2.000 personnes, aux trois quarts des Afro-américains, habitent dans des tentes de fortune ou à même le trottoir.

Skid Row est le refuge de ceux qui ne peuvent pas tomber plus bas aux Etat-Unis. Et malgré une litanie de programmes d'aide, rien ne change dans ce quartier sinistré.

La très grande majorité d'entre eux sont alcooliques, drogués, handicapés physiques ou mentaux.

"Dès que je quitte mon bout de trottoir pour chercher du travail, je retrouve ma tente déchirée. On me l'a volée plusieurs fois", raconte Chesterlas Nelson Jr, un chanteur surnommé ici "L'artiste".

"Ma femme et moi vivons du recyclage mais nous sommes fatigués. Parfois, il y a quelqu'un qui arrive sur vous et vous frappe. Skid Row est dangereux, même en plein jour", renchérit un autre SDF, Eunice Carr.

Des hommes sont assis le long d'une rue à Skid Row, à Los Angeles, le 22 septembre 2014 (AFP-Robyn Beck)

"A Skid Row, les gens n'ont pas l'eau courante, pas de toilettes et ils n'ont même pas de poubelles", dénonce Général Dogon, membre de l'association Los Angeles Community Action Network, lui-même ex-SDF.

C'est le paradoxe de la Cité des Anges: "Nous avons le plus de millionnaires, le plus de manoirs, mais nous avons aussi la plus extrême pauvreté du pays", constate Gary Blasi, professeur de droit à l'université UCLA et spécialiste des questions liées aux sans-abri.

Pour cet avocat, Skid Row est la conséquence de la désindustrialisation associée à un manque de logements et à un coût de l'habitat le plus cher du pays comparé aux revenus moyens.

Skid Row, "le quartier de ceux qui dérapent" au sens littéral, est aussi l'endroit où échouent tous les laissés pour compte, les désaxés, ceux dont les autorités ne veulent plus s'occuper.

Il y a quelques années, le pays avait été scandalisé par le cas d'une vieille femme démente déambulant en chemise d'hôpital dans le quartier et d'un paraplégique abandonné dans ses excréments sur un trottoir. Deux hôpitaux, le Kaiser Permanente et Glendale, avaient été condamnés à payer des amendes pour s'être débarrassés de sans-abri malades.

- A quelques mètres, de luxueux lofts -

"L'Arizona a mis des SDF dans des bus et les a envoyés ici, c'est prouvé", assure Herb Smith, directeur de la LA Mission, un grand centre pour SDF du quartier. "Et le vilain secret des programmes de libération anticipée des prisons surchargées de Californie, c'est que les ex-détenus se retrouvent ici".

"Du coup, la violence a augmenté", ajoute-t-il dans le hall bondé du centre où les gens attendent un repas chaud ou une consultation.

Des personnes patientent dans le hall de la LA Mission, un grand centre pour SDF du quartier de Skid Row, à Los Angeles en Californie, le 22 septembre 2014 (AFP-Robyn Beck)

"Depuis les années 1970 la ville a opté pour une politique de confinement", explique Gary Blasi. Au milieu des entrepôts du quartier, les SDF dérangent moins que dans d'autres quartiers plus résidentiels.

Malgré une longue liste de programmes de réhabilitation, dont le dernier en date, "Plan for hope" (le plan de l'espoir), a été présenté lundi à la mairie de Los Angeles, le quartier se repeuple constamment de sans-logis.

Pour certains clochards, Skid Row présente de bons côtés par rapport à d'autres quartiers de Los Angeles où il n'existe aucune infrastructure pour eux. "On mange tous les jours!", positive Eunice Carr qui vit ici depuis 15 ans avec sa femme.

Ici, ils peuvent aussi bénéficier de programmes de réinsertion et d'aides, essentiellement privés et financés par des associations caritatives. Tous espèrent avant tout un vrai logement.

"Vos chances de terminer aux urgences sont multipliées par cinq quand vous vivez dans la rue. Les urgences coûtent horriblement cher, vous pouvez facilement dépenser 5.000 dollars en une journée aux urgences, alors qu'avec ça, on paye un logement pour deux ans", argumente Gary Blasi.

Selon les associations, toute l'aide municipale se concentre essentiellement sur la présence policière, accusée de harceler les SDF. Selon eux, ce qui risque vraiment une fois pour toute de changer le visage de Skid Row, c'est la pression immobilière exercée par les promoteurs avec, à quelques pâtés de maison, les prix des lofts qui flambent.

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