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Roms: pari réussi à Douai d'insérer des familles maison par maison

Douai (AFP) Mercredi 22 Octobre 2014

Une famille rom évacuée de son campement le 5 mars 2014 à Lyon (AFP/Archives-Jeff Pachoud)

Un an après s'être installées dans des logements individuels mis à leur disposition par les collectivités, cinq familles roms de l'agglomération de Douai (Nord) vont pouvoir signer de leur nom leur premier bail, symbole d'une insertion réussie.

Penita joint ses mains et les porte au menton, elle répète: "Merci, merci". Ces deux petits mots chargés d'émotion s'adressent en priorité à Aline Tourille, qui est assise à côté d'elle dans son salon et qui est travailleur social au Pact, une association basée à Douai.

"Ils sont très fiers de vous montrer leur maison", glisse Aline Tourille.

Il y a un an Penita, son mari et leurs trois enfants étaient expulsés d'un camp de Roms installés à Roubaix, leur caravane détruite.

Aucun souvenir de leur vie d'avant n'est donc visible dans leur nouvelle maison, petit îlot de briques sur la route principale qui traverse Flers-le-Villers, aux confins de la communauté d'agglomération du Douaisis (CAD).

A l'automne 2013, alors que les polémiques enflent dans le Nord autour de l'accueil des Roms et que les évacuations de camps se multiplient dans la métropole lilloise, la communauté de communes de Douai, à une quarantaine de kilomètres, est sollicitée: le préfet s'intéresse à un terrain susceptible d'accueillir au moins une centaine de caravanes.

"Ce n'était pas comme cela qu'on pouvait insérer les Roms, en faisant du parcage", explique Christian Poiret, président de la CAD.

Il réunit les maires, et sous la houlette du sous-préfet de Douai, Jacques Destouches, collectivités, services de l’État, bailleurs et travailleurs sociaux se lancent dans l'aventure avec des familles volontaires, sans antécédents judiciaires.

Des logements sociaux, vacants, sont d'abord réquisitionnés par arrêté préfectoral. Les cinq familles, soit 28 personnes au total, arrivent en ordre dispersé en septembre-octobre 2013.

"Sortant d'une caravane, ils ne savaient pas utiliser ne serait-ce qu'une gazinière", se remémore Peggy Drici, responsable du pôle développement social au Pact du Douaisis, association spécialisée dans l'accompagnement à l'accès au logement.

Un "parcours du combattant" administratif démarre alors pour permettre à ces familles "avec zéro ressource" d'ouvrir un compte en banque.

"Il a fallu très rapidement scolariser les enfants, et en urgence traiter les problèmes de santé, nombreux et parfois importants, sans couverture médicale. Puis démarrer l'ouverture des droits", raconte Peggy Drici.

Quatre des pères de famille sont embauchés sur ses chantiers d'insertion, et une mère de famille dans la restauration.

- Des élans de solidarité -

L'accès à l'emploi, facilité par le changement de législation au 1er janvier 2014 pour les Roumains, désormais libres de s'installer partout dans l'Union européenne, a ensuite ouvert les droits à la CMU, au RSA, aux allocations familiales ou encore aux allocations logements.

Un an après, selon des comptes concordants, le dispositif aura coûté 50.000 euros, partagés entre crédits de l’État au titre de l'hébergement d'urgence et crédits de la CAD et du département.

"Ces coûts peuvent paraître importants, mais ils sont en réalité peu de chose par rapport à ce que représente l'ensemble du coût social sur un territoire comme l'arrondissement de Douai qui fait 250.000 habitants", souligne le sous-préfet Jacques Destouches.

A Douai, dans une petite impasse où les logements sociaux se font face, Alexandra, 13 ans, accueille Sylvia Dujardin, qui s'occupe de la famille pour le Pact. La famille de sept vivait avant dans une petite cabane.

"Le matin, quand je me réveille, je crois qu'il fait froid. Mais non", dit Alexandra de sa nouvelle maison. Elle attend le retour de son père, parti aider des voisins à refaire un mur.

Une seule des cinq familles a reçu des menaces lors de son installation. Mais les choses se sont calmées. Les élans de solidarité se sont multipliés, les familles se sont investies dans la vie associative et de quartier.

"On est convaincus après tout ce qu'on a fait qu'il est tout à fait possible d'insérer des familles. Malheureusement cela ne concerne qu'un maximum d'une dizaine de familles (dans le département, NDLR). Les bonnes méthodes ne sont pas toujours réutilisées", regrette Jacques Cornille, directeur du Pact du Douaisis.

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