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Voyage à l'intérieur de l'école numérique d'aujourd'hui

Paris (AFP) Dimanche 14 Septembre 2014

Un élève d'une classe primaire écoute son professeur devant un tableau numérique, le 9 septembre 2014 à Paris (AFP-Fred Dufour)

Planté devant ses camarades de CM2, l'élève encercle d'un trait violet de "crayon électronique", le portrait d'un ecclésiastique en perruque poudrée sur le tableau blanc interactif de la classe, qui a remplacé le tableau noir.

En un clic, un mot et un dessin, les 26 enfants de la classe, située dans le 9e arrondissement de Paris, découvrent dans la foulée le mot - "clergé" - qui s'affiche en grosses lettres cursives sur le tableau, piloté à distance par l'enseignant depuis son ordinateur, pour une leçon d'histoire consacrée ce mardi-là à la société française avant la révolution.

Tableaux interactifs comme dans cette école élémentaire, tablettes, ordinateurs: l’éducation multimedia a fait de gros progrès en France depuis 15 ans, malgré un net déficit d’équipement en primaire.

Mais, à la veille d’un nouveau plan numérique annoncé par François Hollande, enseignants, chercheurs, et spécialistes demandent une amélioration de la pédagogie et de la formation des enseignants pour que les élèves ne soient pas uniquement des consommateurs, mais aussi des acteurs du numérique.

Nombre de tableaux interactifs numériques pour 1 000 élèves de 2011 à 2014 en France (AFP-JM Cornu/O.Sorrel)

L'équipement des classes souffre encore parfois d'un manque de moyens des collectivités locales, et souvent de grosses disparités géographiques en matière de formation des enseignants. La maintenance des équipements informatiques dans les établissements laisse très souvent à désirer, et empêche nombre de projets d'être réalisés.

Les professionnels regrettent aussi le manque de recherches, aussi bien cognitives -sur le développement du cerveau de l'enfant en lien avec l'utilisation de pédagogies numériques-, que pédagogiques.

- "Notre génération" -

Mais les enfants, eux, ont choisi. "Je préfère ce tableau parce que c'est tactile" constate Evie, 9 ans, élève de l'école élémentaire de la rue Milton à Paris, dans le 9e arrondissement. Gaspard trouve que c'est "plus rapide", pour "voir plus facilement des vidéos, des images". Noah préfère un tableau collectif à des tablettes individuelles, qui "permettraient aux petits voyous de la classe de faire des jeux au lieu de travailler".

Un élève d'une classe primaire utilise un tableau numérique, le 9 septembre 2014 à Paris (AFP-Fred Dufour)

Comme Evie, Gaspard et Noah, dans cette école publique, les élèves ont une longue habitude des tableaux interactifs, grâce à un financement exceptionnel direct des parents via la coopérative scolaire, contournant le manque de subventions.

Au fonds des classes, le vieux tableau noir ne sert plus qu'à afficher les exposés et travaux des élèves.

En moyenne en France, à l'école primaire, le nombre d'ordinateurs rapporté à celui des élèves est inférieur à la moyenne européenne (12 contre 15) et 16.000 écoles n'ont pas encore d'accès à Internet. Dans le secondaire, les chiffres sont meilleurs.

En 2014, quelque 76.000 tablettes sont en expérimentation dans différentes régions et types d'établissements (écoles, collèges, lycées).

Quant au nombre de tableaux interactifs numériques, il ne s'élève encore qu'à 6,5 pour 1.000 dans le primaire en 2014, selon les statistiques du ministère.

Projections de l'ecole du futur, de 2020 à 2040 (AFP-JM Cornu/O.Sorrel)

Sur une base de 30 élèves par classe, il faudrait arriver à un taux d'équipement de 33 pour 1.000 pour que chaque salle soit équipée.

- Le maître, geek et pédagogue -

"L'intérêt de faire la classe avec un tableau numérique est d'avoir tous les matériaux sous la main, documentation, ressources, qui permettent de s'adapter au débat dans la classe", et d'éviter les temps morts où l'attention des enfants les plus fragiles décroche, dit l'enseignant, Stephane Coutellier.

Mi-geek, mi-pédagogue, celui-ci se mue en quasi chef d'orchestre, menant de front le cours normal de sa leçon tout en pianotant sur le clavier, où il retranscrit en direct les hypothèses émises en rafale par les élèves pour tenter de déterminer les raisons du déclenchement de la colère populaire contre le roi de France.

"Nous avons remarqué que cela augmente la participation des élèves en difficulté, il n'y a pas de traces d'erreurs sur ce tableau, tout se corrige" dit le directeur de l'école, Yoenn Goasdoué.

A condition que la pédagogie soit adaptée et qu'elle permette aux élèves d'exercer les fonctions de flexibilité du cerveau, inhibition, activation, et sens critique, avertit le professeur Olivier Houdé, auteur de la "psychologie de l'enfant" (PUF).

"Il ne s'agit pas de transformer cet écran en cinéma pour distribuer, déverser des savoirs, ça se construit un savoir", résume M. Goasdoué.

Justement, c'est là que le bât blesse. "Les enseignants utilisent en majorité un ordinateur pour préparer leur cours, mais ils sont encore peu à l'utiliser en cours" note Bernadette Groison, secrétaire générale de la principale fédération enseignante, FSU. "Il va falloir donner un sérieux coup de pouce à la formation initiale et continue des enseignants", dit-elle à l'AFP.

- Miroir aux alouettes? -

Ceci est d'autant plus urgent que le fossé se creuse entre les futurologues technophiles qui prévoient la révolution de l'enseignement à coup de stylo caméra, lunettes connectées, et réalité augmentée, et les enseignants de base qui craignent de disparaître sous l'avalanche.

"Il faudra toujours un bon enseignant" pour guider, donner du sens et de l'envie en s'appuyant sur la partie "mécanisable" du métier, c'est-à-dire des outils numériques ou des Mooc (cours en ligne), tranche Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction du magazine l'Etudiant, auteur du récent ouvrage "Le tsunami numérique" (Stock).

Mais l'équipement ne fait pas tout, loin de là, et peut même être un miroir aux alouettes, si la pédagogie n'est pas adaptée.

"Pourquoi tant de cadres de la Silicon Valley inscrivent-ils leurs enfants dans une école qui interdit les écrans jusqu'à l'âge de 13 ans -l'école Waldorf of Peninsula-? s'interroge M. Davidenkoff. Cette école est entièrement tournée "vers le déploiement de la créativité des enfants, et leur épanouissement par le travail en groupe". Histoire de bien former les esprits, et non de les formater.

En fait, la vraie question, pour lui, est la suivante: "Est-ce que le système éducatif aujourd'hui, de la maternelle à bac+8, donne aux jeunes suffisamment d'outils conceptuels pour être du côté des acteurs de la révolution, ceux qui la conçoivent, plutôt que de celui des utilisateurs, des esclaves?".

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