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"Roma": le film qui confirme les ambitions de Netflix dans le cinéma

Paris (AFP) Jeudi 13 Décembre 2018

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Alfonso Cuaron, le réalisateur de "Roma" et ses actrices Yalitza Aparicio et Marina de Tavira à la première du film "Roma" à Los Angeles le 10 décembre 2018 (GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives-Rachel Murray)

C'est une première: un film couronné dans un prestigieux festival qui ne sortira pas en salle en France. Avec "Roma", diffusé à partir de vendredi sur Netflix, le géant américain s'impose plus que jamais comme un acteur incontournable, chamboulant l'industrie du cinéma.

D'abord connue grâce à ses séries ("House of cards", "The Crown"...), la plateforme de vidéo aux 130 millions d'utilisateurs s'est imposée au fil des ans dans le 7e art, en achetant les droits de diffusion de films et en finançant des projets.

Au point d'attirer de grands noms, comme Alfonso Cuaron ("Gravity") avec "Roma", les frères Coen ("La ballade de Buster Scruggs") et surtout Martin Scorsese qui réunira Robert de Niro, Al Pacino et Joe Pesci dans "The Irishman", un film de gangsters prévu pour 2019.

À cela, manquait la reconnaissance critique. C'est désormais chose faite avec "Roma", récompensé d'un Lion d'or à Venise, en lice pour les Golden Globes et précédé d'une critique dithyrambique n'hésitant pas à parler de "chef d’œuvre".

"Les films doivent être montrés sur grand écran, en particulier +The Irishman+ (...) mais la contradiction c'est que l'argent que nous avons eu la chance de trouver vient" de Netflix, a affirmé l'acteur Robert de Niro début décembre au festival du film de Marrakech.

Une déclaration résumant le dilemme auquel sont confrontés les cinéphiles amoureux du grand écran et les réalisateurs comme Cuaron, dont le film a été pensé pour le grand écran.

"Il faut admettre qu'un changement de paradigme s'opère et se dire que c'est dans un juste milieu, entre une diffusion en salles et les plateformes de visionnage, que se situe l'avenir du cinéma", estimait le Mexicain, en marge du festival Lumière courant octobre, à Lyon.

Face à l'immense succès critique entourant son film, Netflix a accepté de faire une entorse à son modèle de diffusion, acceptant de le sortir en salles (environ 600 dans le monde), notamment aux États-Unis, pour qu'il puisse concourir aux Oscars.

- Législation française restrictive -

Rien de tel n'est envisageable en France où un long délai est prévu entre la diffusion d'un film en salles et sur une plateforme de streaming, pour protéger les exploitants. Netflix refusant de s'y plier, ses films ne peuvent être vus sur grand écran dans l'Hexagone.

Ce qui a également des conséquences pour leur sélection à Cannes.

Après l'édition 2017 où Netflix avait présenté deux films en compétition ("Okja" et "The Meyerowitz Stories"), Cannes a imposé l'obligation de sortir en salle pour être en compétition. En représailles, Netflix a boycotté le festival cette année et n'a pas présenté "Roma", qui aurait pu avoir les honneurs de la compétition.

"Ne pas pouvoir montrer ces films Netflix en compétition est pénalisant. (...) Pour 2019, je ne sais vraiment pas ce qu'on va faire de cette règle", concédait récemment le sélectionneur cannois Thierry Frémaux à l'hebdomadaire Le Point.

Si Netflix montre des signes d'inflexion, la France tente de son côté de s'adapter à la nouvelle donne, sans remettre en cause son modèle, défendant les différents métiers du 7e art (salles, distributeurs...).

Après des années d'impasse, un accord a été trouvé en novembre entre Canal+ et la filière cinéma, ouvrant la voie à une réforme de la "chronologie des médias", système qui régit le calendrier d'exploitation des films, avec un délai de diffusion raccourci pour les films, avant d’atterrir sur Netflix.

Cela risque de ne pas suffire, estime le consultant médias, Pascal Lechevallier. "Toutes ces réformes se font sans les consommateurs", déplore-t-il, pointant une "usine à gaz". "À quel usager allez-vous faire comprendre l'histoire des cinq fenêtres différentes (de diffusion, après la sortie en salles d'un film) ?

Quand la réforme entrera en vigueur, les plateformes de vidéos sur abonnement qui devaient jusqu'ici attendre 36 mois après la sortie en salle, pourront diffuser des films à partir de 17 mois (ou 15 mois en cas de dérogation), mais seulement si elles prennent des engagements d'investissement dans la production.

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