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May assure qu'elle peut faire passer l'accord de Brexit si l'UE fait un geste

Bruxelles (AFP) Jeudi 13 Décembre 2018

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La Première ministre britannique Theresa May passe derrière le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker au sommet européen de Bruxelles, où elle est venue chercher de l'aide pour faire passer l'accord de Brexit, le 13 décembre 2018 (AFP-EMMANUEL DUNAND)

Theresa May a assuré jeudi qu'elle pourrait obtenir la ratification de l'accord de Brexit par les députés britanniques, si l'UE offrait la garantie que ce texte n'allait pas "piéger" indéfiniment le Royaume-Uni dans une union douanière avec l'UE.

Lors d'un sommet à Bruxelles, la Première ministre britannique, rescapée d'un vote de défiance, a demandé un coup de pouce aux 27. Elle leur a notamment suggéré, selon une source diplomatique, qu'ils s'engagent à conclure un vaste accord commercial rapidement après la fin de la période de transition post-Brexit en décembre 2020.

Avant qu'elle ne s'exprime, les dirigeants européens s'étaient dits "prêts à l'aider" en apportant des "clarifications" sur le traité de divorce. Mais ils ont aussi martelé qu'ils excluaient toute solution revenant à renégocier un texte âprement discuté pendant 17 mois.

"Avec les bonnes assurances, cet accord peut être voté", leur a dit Mme May. Car "il y a une majorité dans mon parlement qui veut quitter l'UE avec un accord", a-t-elle ajouté lors d'une réunion à huis-clos, avant de laisser les 27 se concerter entre eux, selon un responsable britannique.

Un peu plus tôt, elle avait reconnu devant la presse qu'elle ne s'attendait pas à obtenir de "percée immédiate" lors du sommet, mais qu'elle espérait pouvoir "commencer à travailler aussi rapidement que possible sur les assurances nécessaires" avec les autres pays.

- La suggestion de May -

Les nouvelles garanties demandées par Mme May concernent le "backstop", cette solution imaginée dans l'accord de divorce pour éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, qui mettrait en péril les accords de paix sur l'île.

Ce "filet de sécurité" prévoit la création d'un "territoire douanier unique" englobant l'UE et le Royaume-Uni après la transition post-Brexit, qui n'aurait vocation à s'appliquer qu'en cas d'échec des négociations à venir sur les futures relations commerciales ambitieuses que souhaitent établir Londres et les 27.

Le problème, pour les "Brexiters", est qu'une telle solution risquerait de maintenir leur pays de manière indéfinie dans au sein d'une union douanière avec l'UE, empêchant Londres de retrouver sa liberté commerciale.

Donner par exemple la garantie d'une date pour la conclusion d'un vaste accord commercial entre Londres et Bruxelles après la fin de la période de transition post-Brexit pourrait éloigner la perspective d'un déclenchement du +backstop+, a suggéré jeudi Mme May aux 27, selon une source diplomatique.

"Nous devons changer le sentiment que le +backstop+ peut être un piège dont le Royaume-Uni ne pourra sortir. Tant que nous ne le faisons pas, l'accord - notre accord - est en péril", a dit jeudi Mme May, sans toutefois entrer dans le détail de la forme que pourrait prendre les garanties qu'elle demande aux 27.

Le maître de cérémonie du Conseil européen, Donald Tusk, avait assuré que les dirigeants européens voulaient "aider" Mme May, mais sans bien savoir comment.

Theresa May discute avec les dirigeants de l'UE à son arrivée au sommet de Bruxelles, le 13 décembre 2018 (AFP-EMMANUEL DUNAND)

"Nous allons entendre de sa bouche quelles sont ses idées", avait déclaré la chancelière allemande Angela Merkel avant d'entendre Mme May, mais "je pense que l'accord de retrait a été très bien négocié", avait-elle ajouté.

"Nous pouvons avoir une discussion politique ce soir mais le cadre juridique et l'accord ont été négociés et n'ont pas vocation à changer", avait renchéri le président français Emmanuel Macron.

Selon des sources diplomatiques, les Européens ont travailél toute la journée sur un texte à publier dans la soirée pour apaiser les inquiétudes britanniques. Ils pourraient y écrire que le "backstop" ne "serait mis en place que pour une courte période et seulement pour le strict temps nécessaire", selon une version provisoire qui circulait à Bruxelles.

"Il y a le mot +temporaire+", mais "rien de tout cela n'est nouveau. Il n'y a pas de date pour la fin du backstop", a commenté une source diplomatique.

"Nous sommes prêts à offrir des explications, des assurances, des clarifications, tout ce qui pourrait aider les députés britanniques à comprendre l'accord et, espérons-le, à le soutenir", a dit le Premier ministre irlandais Leo Varadkar. "Mais le +backstop+ n'est pas sur la table" de négociation, a-t-il ajouté.

Selon une source diplomatique, les Européens ont aussi débattu de la possibilité d'"examiner si de nouvelles assurances peuvent être fournies" ultérieurement, avec une valeur "juridiquement contraignante", mais toujours sans modifier l'accord de retrait.

La route vers le Brexit (AFP-Gillian HANDYSIDE)

L'idée serait que l'"on donne quelque chose à May aujourd'hui et en janvier peut-être plus", a expliqué cette même source pour décrire cette stratégie en deux temps.

Mais d'autres pays, comme la France, la Belgique et l'Irlande se sont montrés réticents face à une tel scénario. Le risque serait "de donner implicitement l'impression" qu'une renégociation n'est pas totalement impossible à terme, a dit une source diplomatique.

- Vote en janvier -

Le gouvernement britannique a annoncé jeudi que le vote parlementaire sur l'accord de Brexit conclu avec l'UE aurait lieu en janvier, alors que plusieurs députés demandaient qu'il soit organisé la semaine prochaine.

Face à la perspective d'un cuisant échec, Theresa May avait annoncé lundi, à la dernière minute, le report du vote sur l'accord prévu le lendemain devant la chambre des Communes, vent debout contre le texte.

La dirigeante conservatrice a ensuite survécu mercredi à un vote de défiance organisé par son propre parti, en majorité hostile à l'accord de divorce qu'elle a négocié avec l'UE.

Mais une bonne partie de ses collègues (plus d'un tiers) a voté contre elle, laissant présager des difficultés persistantes avec son parlement pour ratifier l'accord sur le retrait britannique, programmé le 29 mars 2019.

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